‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 165 sur 191 · SUR LA CONFESSION · texte numérisé non relu

SUR LA CONFESSION

uina.

Division. — Trois défauts qui rendent la plupart des coufessions inutiles , ponr ne pas dire criminelles : 1» Un défaut de An mière dans l'examen ; 2° un défaut de sincérité dans la manifestation ; 3° un défuw de douleur dans h repentir.

PitEMIEBE partie. — L'aveuglement est de touies les peines du péché la plus universelle. L'oeil de la foi peut seul le dissiper; mais, comme rien n'est moins commun que l'usage de la foi, rien n'est plus rare que de se connal re. Or, ce défaut de connaissance de soi-même, qui met un obstacle si essentiel à l'utilité de nos confessions, vient de trois sources.

I* On ne s'examine pas avec assez de loisir. Toute la vie du chrétien doit être un examen continuel et nne censure secrète de ses actions, de ses désirs, de ses pensées. Comme chaque instant voit naiire en nous de nouvelles impressions, si nous nous perdons un moment de vue, nous ne nous connaissons plus, et notre cœur devient un abîme que nous ne pouvons plus approfondir, et dont nous ne voyons jamais que la suiface. C\st donc un abus de croire que pour porter au tiibunal une connaissance exacte de soi-même, il suffise de donner quelques moments seulement à la révision de sa conscience ; la vigdance continuelle peut seule nous disposer à la confession de nos fautes. Aussi que voit-on tous les jours au tribunal 1 des aveugies qui ne se connaissent pas, qui racontent l'hisioire de leur vie et de leurs désordres, et qui ignorent cel'e de leur cœur.

2° Le second défaut des examens, c'est qu'on ne s'examine que dans ses propres préjugés. S'examiner, c'est mettre d'un côté les maximes de Jésus-Christ, et de l'autre cette partie de notre vie que nous voulons connaître; voir sur chaque action ce que l'Evangile permet ou défend. Or, à celte règle, chacun, dans la discussion de sa conscience, sub-titue les préjugé» de son amourpropre. Premièrement, sur la naissance : la règle c'est que l'Evangile, n'ayant que les mêmes devoirs à proposer aux grands et au peuple, l'élévation de la naissance, loin d'être un piivi'éee, est plutôt un obstacle et p.r conséquent un malheur par rapport au salut; le préjugé c'est que plus la naissance est élevée, plus elle devient une prérogative qui dispense des devoirs. Secondement, sur les dignités : la règle c'est qu'elles ne sont établies que pour la défense et l'utilité des peuples; le préjugé c'est qu'on mesure te devoir de ses charges sur l'usage et non sur leur institution, et qu'on regarde l'abus qn'on en a toujours fait, comme des droits incontestablement attachés à ces charges. Troisièmement , sur l'ambition : la règle c'est qu'étant obligés de vivre comme étrangers sur la terre, de n'aimer ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde , nous devons craindre tout ce qui peut rendre notre exil trop aimable ; le préjugé c'est que l'ambition n'est qu'une émulation que la naissance donne, une

PREMIER VENDREDI : SUR LA CONFESSION. ,11

Inclination sage , sérieuse et digne de la raison. Quatrièmement t sur les biens : la règle, c'est que les riches ne sont pas, lts maîtres absolus de leurs bieni ; le préjugé, c'est que les profusions que le revenu peut supporter, on ne les croit jamais excessives , un que celles qui le sont, peuvent bien altérer nos affaires , mais ne touchent point la conscience. Cinquièmement enfin sur les ceuluuies : la règle, c'est que nous serons jugés sur les préceptes de Jésus-Christ, et non sur les mœurs de notre siècle ; le pr j'gé, c'est que tout ce que l'eiemple public autorise ne peut être un crime. 3« l.e dernier défaut de nos examens , c'est qu'on ne s'examine jamais sur tous les d/voirs de père de famille , de personne

publique, oe uieoibre du corps des lidèles On ue connail de soi que ses défauts personnels. Onevtit-oi claque jour dans les tribunaux ? des personnes livrées à toutes les passions, et qui sont en peine de trouver des sujet d'accusation, tandis qu'une âme juste repasse dans l'amertume de son cœur les imperfections les plus légères que sa piété lui urossit, ei craint toujours de ue se pas faire assez connaître. D'où vient cette différence ? c'est que l'un veille à la garde de son cœur, et t'fliiminn i ta lumière de la foi; et que l'autre, plein des préjuges ue son amour-propre , ne s'examine que sur quelques obligations plu? pal| ailles, dont il ignore nèuie l'étendue. Deuxième partie. — Rien ne coûte plus à l'homme que de s'avouer coupable ; et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que notre orgueil entre dans nos humiliations mêmes, et que l'aveu ue nos crimes n'est souvent qu'un artifice coupable qui les déguise. J'avoue qu'il est rare de trouver de ces âmes noires et maudites de Dieu, qui de propos délibéré v.cnneut mentir au ijaiut-Lspnt et cacher au prêtre les horreurs de leurs consciences; mais il est des déguisements d'une autre natuie sur h squels on se 'ait une sorte de conscience, qui ne laissent voir qu'à demi ce que l'on est, et qui, découvrant le péché, cachent pour ainsi dire le pécheur. Ce défaut de druituie et de sincérité dans le tribunal se trouve : l* Dans les ei-pressions qu'on adoucit et qu'on embarrasse. Le premier soin de la plupart des pécheurs n'est pis de connaître leurs fautes, c'est de méditer en quels termes ils pourront les faire connaître au ministre qui dot les entendre ; l'arrangement des expressions fait toute leur étude. Ou passe rapidement sur les pUies les plus honteuses, on tait les circonstances souvent plus houleuses encore que le cru.e même, ou substitue à un détail qui manifesterait tiop ce que l'un est, des expressions vagues qui ne inonlreui jamais le fond du cœur. On t'accuse avec complaisance de ceriaius défauts qui sont glorieux daus le monde. Enhn, pour ne pas découvrir toute la honte d'une longue et anc enne habitude, a chaque confession on cherche un nouveau témoin de ses faiblesses ; ou les raconte comme des chutes nouvelles et arrivées depuis la dernière pénitence, et on ensevelit le passé dans un silence de dissimulation qui réussit a se faire inéconuaitie. Or, outre que se confesser avec ces adoucissements et ces relicences, c'est confesser seulement qu'on ne s'en repent pas, outre cela, n'est-ce pas oublier que c'est à Jésus-Christ même que l'on parle, à Jésus-Cbnst témoin invisible de toute l'histoire secrète de noire vie, et qui, dans le temps même que nous tâchons par tous nos déguisements de nous dérober à ses yeux, nous dit, comme autrefois un prophète à cette reine d'Israël, qui, déguisée tous des habits empruntés, avait cru pouvoir être méconnue de l'homme de Dieu, et tromper la luiriicre du ministère prophétique : Quitte alvtm te esse simulas ? 2* Dans les motifs et les prneipes des actions auxquelles on ne remonte presque jamais. Comme c'est la disposition du cœur qui décide de nos œuvres, c'est là qu'il faut remonter pour en connaître le mérite ou le défaut. Il importe donc de .amener tout ce que nous faisons au motif qui l'a produit. C'est le cœur qui décile de tout l'homme ; or, c'est le cour qu'on ne manifeste jamais au tribunal : on expose les actions sans entrer daus les motifs, on raconte ses péchés, on ne découvre pas sa conscience. Aussi, la confession de vos fautes achevée, votre confesseur ne vous connaît pas, et il faut qu'il devine l'état de votre âme. 3° Enfin dans les actions douteuses qu'on ex/jise à son avantage. Ne voulant pas rompre avec les passions, on ne cherche qu'à les exposer dans un jour si favorable que le ministre de Jésus-Christ n'ose plus les condamner. Aussi, au sortir du tribunal, sentez-vous cette paix de conscience qui est le fruit d'une confession sincère 1 Quelle folie de souffrir toute la honte d'un aveu et de vous priver des consolations d'un aveu sincère ; de venir vous déclarer pécheur et de faire d'une déclaration si désagréable à la nature le plus grand de tous vos crimes ? Troisième partie. — Toutes les autres dispositions dont on vient de parler ne sont que les préparations extérieures de la pénitence : la douleur en est l'ime et la vérité. Or : 1° Cette douleur est un mouvement de la grâce et non de la nature ; il faut que le trouble, qui naît de l'horreur de nos crimes, suit une opération invisible de l'bspnt de Dieu qui nous porte à détester tout ce qui a pu lui déplaire , et qu'il soit un cornu encement de nouvel amour qui nous rende le crime odieux. Le trouble de la plupart des pécheurs est un trouble d'amour-propre et auquel l'Esprit de Dieu n'a point de part. Ce n'est pas que la même grâce qui opère le repentir n'opère auss: uue confusion salutaire, et qu'il n'y ait une home qui conduit au salut ; mais cette honte, lormée par la douleur, ne trouve sou motif que dans la douleur même ; ce n'est ni le jugement du ministre de la confession, ni le mépris des hommes qui la forme dans notre âme, mais l'œil de Dieu qui la voit et qui connaît toute l'ignominie de son état. 2° Il en est d'autres qui prennent la douleur qui forme le repentir pour ce trouble qui naît de la crainte toute seule des peines de l'enfer. Je sais que la crainte de ces abinies de feu et de ces ténèbres éternelles est un moyen de salut et un motif de componction que Jéius-Chrirt propose aux pécheurs, et que l'Eglise leur recommande; ce n'est donc pas la crainte des tourments destinés à l'impie que je veux exclure de la véritable pénitence : elle en est 11 préparation, quoiqu'elle n'en soit pas l'âme et le fond ; mais c'est cette disposition criminelle où se trouvent la plupart des pécheurs qui approchent du tribunal, lesquels, sans un enfer et ses tourments, vivraient comme des athées, sans foi, sans conscience, sans sacrements, et qui, dans le fond de leur cœur, sont faciles1 que Dieu soit juste et qu'il ait attaché aux plaisirs les plus honteux des flammes éternelles. Mais, comme la méprise est ici aisée, si vous me demandez à quelles marques on peut discerner les vrais pénitenls, je d's que la douleur des péchés renferme une résolution réelle et sincère de linir les désordres et de commencer une vie sainte et chrétienne ; c'est ce qui est ûguré dans la guérison de notre paraljtique. Souhaitez-vous d'être guéri l lui demande Jésus-Christ : Vis sanut fien ? Or, lorsque vous venez aux pieds du prêtre, èles-vous de bonne foi dans celte résolution 1 Pouvez-vous vous rendre ce témoignage que vous voulez rompre tous les liens qui vous attachent au monde et à ses plaisirs criminels ? On ne vous demande pas si vous formez de ces propos vagues qui n'ont jamais de suite, mais si vous voulez vous convertir d'une volonté forte, pleine, sincère, qui produit déjà des larmes de p niteuce et ces préludes d'une conveision sincère, des combats, des agitations, des vues nouvelles, des démarches sérieuses et pénibles. Rappelez-vous les conversions des pécheresses, des Saul, des Augustin, bt ne dites pas que cette douleur, cachée au fond de l'âme, n'est pas toujours sensible au cœur pénitent. Un changement sincère prend sa source dans un amour si vif qu'il ue peut être dans le cœur à l'insu de notre cœur même. 3» Enfin, non-seulement la douleur de la pénitence est une résolution sincère de changer de vie, mais encore une attention actuelle qui prend d'abord des mesures solides de changement. Or, la principale est le choix d'un ministre fidèle qui coopère avec Jésus- Christ à la guérison de votre âme ; c'est la suite de notre Evangile qui me fournit cette dernière réflexion : Domine, hominem non liabeo. Avant de vous présenter à la péniteuce, vous adressez-vous à Jésus-Christ aliu qu'il vous suscite ce guide lidèle pour vous conduire dans la voie du salut : un ministre plein de piété, d'expérience, de désintéressement, de zèle, de chanté ? Est ce ce guide que vous cherchez 1 Les plus inconnus, ceux que le hasard vous offre, vous leur ouvrez indiscrètement les plaies de votre coeur. Voilà les sources les plus ordiaai.'ss de l'inutilité du sacrement de pénitence.

Mass. — Tout 1. 30

GRAND-CARÊME

In h!i Jaeebat multltudo magna lansuentlum, cacorum, claudorum, aridorum, ezpectantinm aquœ motum.

Sous les galeries de la piscine étaient couchés par terre un grand nombre de malades, d'avemjles, de boiteux, de ceux gui avaient les membres secs, gui tous attendaient que l'eau fàt remuée. Jean, v, 3.

Quelle est celte piscine, mes Frères, située près la porte des victimes? Quels sont ces nia- Indes que je vois à l'entour, et qui la plupart attendent en vain la guérison ? D'où vient qu'un paralytique de trente-huit ans, tout seul, recouvre une santé parfaite, et que, dans cetle foule de malades, Jésus-Christ va choisir le plus désespéré, tandis qu'il se refuse à des infirmités plus communes et moins invétérées?

On vous l'a dit souvent, mes Frères, cette piscine mystérieuse, teinte du sangdrs victimes, c'est le bain sacré de la pénitence, teint du sang de l'Agneau, qui purifie nos consciences et qui guérit toutes nos langueurs; ces malades de toutes les sortes, qui attendent sous les galeries, et parmi lesquels à peine s'en trouve-t-il un seul qui mérite d'être guéri, nous représentent cette multitude de fidèles qui, tous les jours, approchent de ce sacrement avec si peu de fruit ; dans le paralytique guéri, vous voyez l'image d'un pécheur invétéré, lequel, touché du malheur de son état, s'attire des regards de miséricorde de la part de Jésus-Christ, et obtient la grâce d'une parfaite délivrance.

Or, d'où vient, mes Frères, l'inutilité de ce remède divin à l'égard de tant de pécheurs qui en approchent? Les grâces de nos sacrements ont-elles perdu quelque chose de leur première vertu par la suite des temps et par la durée des siècles? Les prémices du sang de Jésus- Christ, fraîchement répandu, étaient - elles plus puissantes pour la conversion des pécheurs, à la naissance de la foi, qu'elles ne le sont en ces derniers temps '. Et en est-il de la vertu de Dieu comme des choses humaines, lesquelles, parfaites dans leur commencement, soutirent toujours quelque chose de la loi fatale des temps, et s'affaiblissent avec les années? D'où vient qu'on ne vit jamais tant de pécheurs autour de nos tribunaux, et que jamais on n'en vit sortir moins de pénitents? D'où vient que dans un siècle où la décadence des mœurs a rendu ce remède si nécessaire, où l'indulgence des ministres et les adoueisse-

1 Les prémices du sang de Jésus-Christ fraîchement rép'ndu étaient elles plus puissantes que ne l'est maintenant l'accroissement de tes mérites? Ed. de 1105.

ments de la discipline l'ont rendu si facile et si familier, peu s'en faut qu'il ne soit devenu inutile? D'où vient enfin que, dans ces temps heureux, où, sous les portiques de nos temples, les pénitents prosternés attendaient si longtemps la grâce de la réconciliation, nul presque ne descendait dans la piscine qu'il n'y retrouvât une seconde innocence ; et qu'aujourd'hui, où personne n'attend plus sur les bords de ce bain sacré, où les anges de l'Eglise ne connaissent presque plus de délai, et accordent aux premiers vœux des pécheurs la vertu de leur ministère; d'où vient que le remède luimême semble prolonger nos maux, loin de les guérir?

J'en trouve trois raisons figurées par ces trois sortes de malades dont l'Evangile fait aujourd hui mention. Les premiers étaient des aveugles, cœcorum; et ce sont ces pécheurs qui, en venant se découvrir au tribunal, ne se connaissent pas eux-mêmes. Les seconds étaient des boiteux, claudorum; et ce sont ces pécheurs qui manquent de droiture et de sincérité dans la confession de leurs fautes. Enfin, les derniers étaient ceux qui avaient les membres secs, aridorum; et ce sont ces pécheurs insensibles, qui ne portent au tribunal aucun sentiment de douleur véritable.

Et voilà les trois défauts qui rendent la plupart des confessions inutiles, pour ne pas dire criminelles : un défaut de lumière dans l'examen, cœcorum , un défaut de sincérité dans la manifestation, claudorum , un défaut de douleur dans le repentir, aridorum '. Suivons ce plan fondé sur notre Evangile, et qui va nous fournir des instructions impôt tantes sur une matière d'un si grand usage pour les fidèles. Implorons, elc. Ave, Maria.

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