‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 27 sur 191 · SUR LE RESPECT QUE LES GRANDS DOIVENT A LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LE RESPECT QUE LES GRANDS DOIVENT A LA RELIGION

KOTICB BISTOaiQtX

Ce discours a été prononcé le 13 mais. S'élevanl à une grande hauteur morale, Massillon montre avec mesure, quoique avec fermeté, la mai» de Lien suspeuJue sur une cour qui oublie les lob religieuses.

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Exorde et pnorosiTioN. — Moïse et F.lie, précurseurs de Jésus-Christ, viennent dans l'évangile de ce dimanche rendre hommage à sa gloire et à sa grandeur. A leur exemple, les grands doivent honorer la religiou.

Division. — 11* lui doiveut : 1° in respect de fidélité, liguié par Moïse, qui leur en fasse observer les maiiiaes; — 2° un respect de zèle, représenté dans Elie, qui les lende protecteurs de sa doctrine et de sa vérité.

Première partie. — Hesiiect de fidélité. — l.a religion exige des grands la lidélité : 1° Au nom de 'a reconnaissance, car Dieu les a comblés de dons particuliers ; — 2° au nom de la justice, Dieu leur a plus donné ; il exigera plus d'eux ; il faut donc aux grands de grandes vertus ; — 3° au uom de leur propre intérêt ; n'est-ce pas la sagesse et la crainte de Dieu qui peuvent rendi e seules les princes et les grands plus aimables aux peuples'.' — 4° enfin au nom même de leur naissance; ils ont en effet ri ça par le sang, par l'éducation, par l'histoire des ancêtres, dis semences et comme une tradition naturelle de vertu.

Deuxième partie. — Respect de zèle. — Les grands doiveut défendre la religion et lui donner une sure protection. A eux, en effet, de protéger : 1° l.a majesté du culte, en opposant leurs hommages publics dans le temple saint aux irrévérences publiques, car le culte s'aviiit quand les grands le négligent; — 2° la sainteté des maximes chrétiennes, en honorant les gens de bien, en favorisant les talents uliles a l'Eglise et eu fondant de pieux établissements ; — 3° le dépôt de la vérité, en vengeant l'honneur de Dieu et en réprimant l'impiété.

Péroraison. — Uue les grands soient donc pleins de respect pour la religion! Que la foi du jeune prince soit animée par leurs exemples! Que ce nouveau ligne soit le règne ue la paix et de la vérité !

PETIT-CAREME.

Et «ce apparuerunt Ulia Moyses et Elias cum Jesu loquentes. En même temps ils virent paraître Moïse et Elie, qui s'entretenaient avec Jésus.

Matth., XVII, 3.

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Ce sont les deux plus grands hommes qui eussent encore paru sur la terre, qui viennent aujourd'hui sur la montagne sainte ' rendre hommage à la gloire et à la grandeur de Jésus- Christ.

Moïse, ce dieu de Pharaon, ce législateur des peuples, ce vainqueur des rois, ce maître de la nature , et plus grand encore par le titre de serviteur fidèle de la maison du Seigneur.

Elie, cet homme miraculeux , la terreur des princes impies, qui pouvait faire descendre le feu du ciel ou s'y élever lui-même sur un char de gloire et de lumière, et plus célèbre encore par le zèle saint qui le dévorait que par toutes les merveilles qui accompagnèrent sa vie.

Cependant l'un et l'autre n'avaient été grands que parce qu'ils avaient été les images de Jésus- Christ. Ils viennent donc adorer Celui qu'ils avaient figuré, et rendre à ce divin original la puissance et la gloire qui appartiennent à lui seul % et dont ils n'avaient été eux-mêmes que comme les précurseurs et les dépositaires.

Telle est, Sire, la destinée des princes et des grands de la terre. Ils ne sont grands que parce qu'ils sont les images de la gloire du Seigneur et les dépositaires de sa puissance. Ils doivent donc soutenir les intérêts de Dieu dont ils représentent la majesté , et respecter la religion qui seule les rend eux-mêmes respectables.

Je dis la respecter : elle exige d'eux un respect de fidélité, figuré par Moïse, qui leur en fasse observer les maximes, et un respect de zèle, représenté dans Elie, qui les rende protecteurs de sa doctrine et de sa vérité.

Fidèles dans l'observance de ses maximes ; zélés dans la défense de sa doctrine et de sa vérité. Ave, Maria.

1 Le Thabor, montagne de Galilée. Un écrivain du vne siècle (Adamnaraus, lib. n de locis sanctix), en parlait en ces termes : lions Thabor in Galila?a tribus millibus e lacu Chenezeth distat, mira rotundilate ex omni parte collcctus, a parte boreali respiciens supradictiim stagnum , herbosus valde et lloridus. In cujus amœna summitalcamplaplauitics, silva prœgrandi circumemeta, habetur, cujus in medio campo monacliorum inest grande monasterium et plurimœ eorum cellulœ, nam illius montis campestris vertex non in angustum coarclatus cacumen, sed in latitudinem dilatatur stadiorum viginti quatuor, altitudo autem ejus triginta stadiis sublimatur.

* Celui qui règne dans les deux et à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance. Bossuet, Oraison funèbre ie Henriette de France.

Sire, être né grand et vivre en chrétien n'ont rien d'incompatible, ni dans les fonctions de l'autorité, ni dans les devoirs de la religion. Ce serait dégrader l'Evangile et adopter les anciens blasphèmes de ses ennemis ', de le regarder comme la religion du peuple et une secte de gens obscurs.

Il est vrai que les Césars et les puissants selon le siècle ne crurent pas d'abord en Jésus- Christ. Mais ce n'est pas que sa doctrine réprouvât leur état; elle ne réprouvait que leurs vices ; il fallait même montrer au monde que la puissance de Dieu n'avait pas besoin de celle des hommes, que le crédit et l'autorité du siècle était inutile à une doctrine descendue du ciel, qu'elle se suffisait à elle-même pour s'établir dans l'univers, que toutes les puissances du siècle , en se déclarant contre elle et en la persécutant, devaient l'affermir, et que, si elle n'eût pas eu d'abord les grands pour ennemis, elle eût manqué du principal caractère qui les rendit ensuite ses disciples *.

La loi de l'Evangile est donc la loi de tous les états. Plus même la naissance nous élève au-dessus des autres hommes, plus la religion nous fournit des motifs de fidélité envers Dieu. Je dis des motifs de reconnaissance et de justice.

Oui, mes frères, ce n'est pas le hasard qui vous a fait naître grands et puissants. Dieu, dès le commencement des siècles, vous avait destiné cette gloire temporelle, marqués du sceau de sa grandeur, et séparés de la foule par l'éclat des titres et des distinctions humaines. Que lui aviez-vous fait, pour être ainsi préférés au reste des hommes, et à tant d'infortunés surtout qui ne se nourrissent que d'un pain de larmes et d'amertume? Ne sont-ils pas comme vous l'ouvrage de ses mains et rachetés du même prix? N'êtes-vous pas sortis de la même boue? N'êtes-vous pas peut-être chargés de plus de crimes ? Le sang dont vous êtes issus, quoique plus illustre aux yeux des hommes, ne coule-t-il pas de la même source empoisonnée quiainfecté tout le genre humain? Vous

1 Tacite, Lucien, Pline le Jeune, Celse, Julien l'Apostat, etc.

2 Cette pensée , venue des Pères de l'Eglise, et particulièrement de saint Augustin, a été aussi présentée par l'éloquence de Bossuet dans le Sermon sur l'unité de l'Eglise : «Quand après trois cents ans de persécution , parfaitement établie et parfaitement gouvernée durant tant de siècles, il paraîtra clairement qu'elle ne tient rien de l'homme : Venez maintenant, ô Césars I il est temps ; et nunc intelligite. »

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