‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 26 sur 62 · FAITE PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

FAITE PAR LUI-MÊME

*ay vescu sans nul pensement, Me laissant aller doucement A la bonne loy naturelle; Et je m^estonne fort pourqudy La mort osa songer à moy, Qui ne songeay jamais en elle.

** Le P. Garasse , jésuite , qui rapporte ces six vert ses Hechereket des rtekerckety p. 648, dit que Resntor « m bfttit jadis cette épitaphe k soi-même en sa jeoBetse dibeachée, ayant désespéré de sa santé , et estant , comae II pensoit , sur le point de rendre Tâme. »

MT^RSEB. }ll

STANCES"

uand sur inoj je jette les yeux ^« 1 A trente ans me to jant Ufu^ TÎeiEL, Mon cœur de firajenr dimiiioè' ; Estanf YiâïH dans tin momeiit v

Je ne pois dire seulement

Que ma Jeunesse est deveniie.

Duberceaa courant au cercueil , Le jour se dérobe k mon œil , Mes sens troublez s'éranouissent., Les hommes sont comme des fleurs , Qui naissent et virent en pleurs.

Et dlieure en heure se Canissent.

Leur âge à Tinstant écoulé , Comme un trait qui s*est envolé , , / ,. Ne laisse après soj nulle marque; . .

bkiir nom si fameux ici Y ';

Si-loft qu'ils sont morts, meurt aussi.

Du pauvre antant q«e du monarque* ;

N'agueres^Vefd, sain etpqisfaat,^ Comme un 4ud)éspm florissant , Mon printeiqps. «stoît délectable . .

*> Toutes les pièces SHlYaotesHioreBl insérées dtasTédl* tiou de i659.

'3 L*autear déplore U pêHI êêwêèêtOé, SI fMiil à Dkii par des sentiments de péSUtenee. . -

3i4 POÉSIES

Les plaisirs logeoient en mon sein ; Et lors estoit tout mon dessein Du jeu d'amour, et de la table.

Mais las ! mon sort est bien tourné ; Mon âge en un rien s^est borné, Foible languit mon espérance :

En une nuit, à mon malheur, De la joye et de la douleur J*ay bien appris la différence !

La douleur aux traits vénéneux , Comme d'un habit épineux Me ceint d'une horrinle torture.

Mes beaux jours sont changés en nuits ; Et mon cœur tout flétri d'ennuis , N'attend plus que la sépulture.

Enyvré de cent maux divers , Je chancelle et vay de travers.

Tant mon âme en regorge pleine :

J^en ay l'esprit tout hébété , Et si peu oui m'en est resté , Encor me ndt-il de la peine.

La mémoire du temps passé , Que j'ay folement dépencé , Espand du 6el en mes ulcères :

Si peu que j'ay de jugement, Semble animer mon seutimoit , Me rendant plus vif aux misères.

Ha! pitoyable souvenir!

Enfin , que dois-je devenir ?

IHVERSES. 3l5

Oh se réduira ma constance? Estant ja défailly de cœur.

Qui me donra de la vigueur.

Pour durer en la pénitence ?

Qu'est-ce de moj ! foible est ma main , Mon coura^ , hélas ! est humain , Je ne suis oe fer ny de pierre.

En mes maux mbntre-toy plus doux ; Seigneur, aux traits de ton couroux , Je suis plus fragile que yerre.

Je ne suis k tes .yeux , sinon Qu'un festu sans force, et sans nom.

Qu'un hibou qui n'ose paroistre ; Qu'un fantosme icy bas errant , Qu'une orde escume de torrent.

Qui semble fondre avant que naistre.

Où toy , tu peux faire trembler L'univers , et desassembler Du firmament le riche ouvrage ; Tarir les flots audacieux , Ou , lés élevant jusqu'aux cîeux « Faire de la terre un naufrage.

Le soleil fléchit devant toy.

De toy les astres prennent loy.

Tout ml iong dessous ta pardle ': '"^ Et cependant tu vas dardant Dessus moy ton ooniroux ardent.

Qui ne suis qu'on bourrin ^* qui vole.

^ Bwfrier. Ordures, brins de pillle, gnuBs de poossièrt |ue le Ttnt sonlèTe facilement.

3l6 POÉSIES

Mais qnoy ! si je suis imparlait, Pour me défaire m*as-tu fait?

Ne sois aux pécheurs si severe.

Je suis homme , et toi Dieu clément :

Sois donc plus doux au châtiment, Et punis les tiens comme père.

J'ay Toeil scellé d*un sceau de fin*; Et delà les portes d^enfer Semblent s^entr^ouvrir pour me prendre : Mais encore, par ta bonté , Si tu m^as osté la santé , 0 seigneur ! tu me la peux rendre.

Le tronc de branches dérétu , Par une secrette Yertu Se rendant fertile en sa perte , De rejettons espère un jour Ombrager les heux d^alentour, Reprenant sa perruque verte.

Où , lliomme , en la fosse couché , Après que la mort Ta touché , Le cœur est mort connue réeorce :

Encor Teau reverdit le bois ; Mais lliomme estant mort une fois.

Les pleurs pour luy nWt plus de force.

DITERSBS. 3t7

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