‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 34 sur 62 · ODE SUR LA CH.... P · texte numérisé non relu

ODE SUR LA CH.... P

infume bastard de Gjdiere, Fils ingrat à^une ingi^te mère^ :\ \ Ayorton, traîstre et désguisé^ ^ >Si je t*aj seryy dès renfanGe,

De quelle ingrate recompense

As^tu mon service abuse I >

Mon cas , fier de mainte conqtieste ^ En Espagnol portoit la teste , Triomphant, superbe et vainqueur , Que nul efibrt h*eust sceu rabattre :

Maintenant lasche , et sans combattre.

Fait la cane et n'a plus de cœur.

De tes autels une prestresse L*a réduit en telle détresse , Le voyant au cboc obstiné , Qu^entouré d^ongnent et de linge , 11 m*est advis de voir un singe Comme un enfant embeguiné.

De façon robuste et raillarde Pend Toreille et n^estplus gaillarde ; Son teint vermeil n*a point d^esdat ; De pleurs il se noyé la face , Et lait aussi laide grimace Qu'un boudin crevé dans un plat.

DITERSES. $29

Aussi penaut qaSin chàtqa^ôn dîâstre , Il demeure dans son emplastre , \ Comme en sa cocque un limaçon. ^ En vain d'arrasser il essaye ; Encordé comme une lamprr^c.

Il obéit au càveçoh.

Une salive mordicante De sa narine distillante L'ulcère si fort pai^ dedans i Que , cradiant Fhumeur qui le picque , Il bave comme un pulmonique Qui tient la mort entre ses dents.

Ha ! que cette humeiir languissjinté Du temps jadis est difféi^ènie , Quand braye , courageux et thdvA ^ Tout passoit au fil de sa rage , ~

N^estant si jeune pucelage Qu'il n'enmast de prime assaut ! .

Âppollon , dès mon asgè tendte , ' Pousse du courage d^appréndre Auprès du ruisseau parQassin , '.

Si je t'invoquay pour jpoete^ • .. ' ' Ores , en ma. douleur secretté , Je t'invoque pour médecm.

Severeroy des destinée»^ -^ Mesureur des vîtes aiinâss , - '. * Cœur du mondé , œil dû £rmament , Toy qui présides à la vîe^ .

Guery mon cas , j.e te suppUè ', ' Et le conduiis à sauvement.

33o POÉSIES

Pour récompense , dans ton temple Servant de mémorable exemple Aux jousteurs qui viendront après , J*appendraj la mesme figure De mon cas malade en peinture , Ombragé d^aehe et de cyprès.

DISCOURS d'une vieille màquerellb

hilon , en f ayant irrité , Je m'en suis allé despité , Voire aussi remply de colère Qu'un voleur qu'on mené en galère,

Dans un lieu de mauvais renom ,

Où jamais femme n'a dit non:

Et là je ne vis que Tbostesse ;

Ce qui redoubla ma tristesse ,

Mon amy , car j'avois pour lors

Beaucoup de graine dans le corps.

Ceste vielle, branlant la teste ,

Me dit : Excusez , c'est la feste

Qui fait que l'on ne trouve lien ;

Car tout le monde est gens de bien :

Et si j'ay promis en mon ame

Qu'à ce jour , pour n'entrer en blasme>

Ce péché ne seroitconunis-; ...

Mais vous estes de nos amis

Parmanenda je le vous jure :

Il &ut, pour ne vous faire injure , .

DIVERSES. 33l

Après mesme avoir eu le soin

De venir chez nous de si loin.

Que ma chambrière j^envoye

Jusques à FEscu de Savoye :

Là , mon amy , tout d'un plein saut ,

On trouvera ce qu'il vous faut.

Que j'ayme les hommes de plume !

Quand je les vois mon cœur s'allume»

Autrefois je parlois latin.

Discourons un peu du destin : . '

Peut-il forcer les prophéties ?

Les pourceaux ont-ils deux vessies ?

Dites-nous quel auteur escrist

La naissance de l'Antéchrist.

0 le grand homme que Virgile !

11 me souvient de l'évangile

Que le prestre a dit aujourd'huy .

Mais vous prenez beaucoup d'ennuy.

Ma servante est un peu tardive ;

Si faut-il vrayment qu'elle arrive

Dans un bon quart «l'heure d'icy :

Elle me sert tousjours ainsi.

En attendant prenez un siège

Vos escarpins n'ont point de liège !

Vostre collet fait un beau tour !

A la guerre de Montcontour

On ne portoit point de rotonde.

Vous ne voulez pas qu'on vous tonde ?

Les choses longs sont de saison.

Je fus autrefois de maison ,

Docte , bien parlante et habile y

Autant que fille de la ville :

Je me faisois bien decroter ;

Et nul ne mVntendoit peter .

33s POÉSIES

Que ce ne fiut dedans ma cbamlire.

J^avois toujours un collier d^ambre ,

Des gands neufs, des souliers noircis :

J'eusse peu captiver Narcis.

Mais hélas ! estant ainsi belle.

Je ne fus pas longtemps pncelle.

Un chevalier d'autorité

Acheta ma virginité ;

Kt depuis, avecq' une drogne ,

Ma mère , qui faisoit la rogue

Quand on me parloit de cela ,

En trois jours me rempucela.

J'estois faite i son badinage

Après, pour servir au ménage.

Un prélat me voulut avoir :

Son argent me mit en devoir

De le seiTir et de luy plaire:

Toute peine requiert salaire.

Puis après voyant en effet

Mon pucelage tout refait.

Ma mcre, en son mestier sçavante ,

Me mit une autre fois en vente ;

Si bien qu'un jeune trésorier

Fut le troisième aventurier

Qui fit bouillir nostre marmite.

J'appris autrefois d'un hermite

Tenu pour un sçavant parleur ,

Qu'on peut desrober un voleur

Sans se charger la conscience.

Dieu m'a donné ccstc science.

Cet homme , aussi riche que laid ,

Me fit espouser stm valet ,

Un bon sot qui se nommoit Biaise.

Je ne fus oncq* tant imon aise,

Qu^à llKBilçf <pie: ce gros manant

Alloit les.^]^^ batinant ,

Non pas seulement de son maistre , \ . »

Mais du cheyalier et du prestre.

De ce costé j'eus mille francs ;

Et j*aYois ]à ., depuis, (leuxr ans »

Avecq* ma petite pratiqi^e ,

Gagne de quoy lei^er Koutiiqi^e , >.

De cabaret àMontlérjr

Où nasqnit mon pauvre mary.

Hélas ! que c'estoit un bonhomme !

Il avoit esté jusqu'à Rome ;

Il cbantoit comme un rossignol ;

Il sçavoit parler espagnol « .

Il ne receyoit point d'esopri^es ; : . .

Car il ne portpit pas les co^mies

Depuis qu ayec<nies lui je fus;

Il ayoit les membares teufius : . ; ,

Le poil est un signe d^ force i,

Et ce signe a beaucoup d'amorce

Parmy les femmes du inestiier. >■

Il estoit bon arbalestier : ;.

Sa cuisse estoit de belli^ n^^irge;:. - i

Il avoit Fespaidcibien largf,; ^

Il estoit ferme de roignons > ,.

Non comme ces petits mignons : '

Qui font de la samcte Nitpuch^.;;.

Âussi-tost qu€ \&i^ fioigt yqus ^ouch^ f

Ils n'osent poussferqtt'jidfiniy.v;ji >'

Celui-là poussoit en amy.

Et n'ayoït ny muscle ny vône >

Qui ne poussast sans prendre baleine ;,

Mais tant et, tant il apoussé \

Qu'en poussant il est tre^^ASsé#,i .

Soudain que son corps fut en tetre , - L*enfant Amour me fit la guerre ; De façon que , pour mon amant , Je pris un basteleur Normant, Lequel me donna la yerole ; Puis luy prestay , sur sa parole, Ayant que je cognusse rien A son mal , presque tout mon bien.

Maintenant nul de moy n*a cure :

Je fleschis aux loix de nature ; Je suis aussi sèche qu'un os; Je ferois peur aux huguenots En me voyant ainsi ndée Sans dents , et la gorge bridée , S*ils ne mettoient nos visions Au rang de leurs dérisions.

Je suis vendeuse de chandelles :

Il ne s*en voit point de fidelles En leur estât , comme je suis ; Je cognois bien ce que je puis.

Je ne puis aymer la jeunesse Qui veut avoir trop de finesse ; Car les plus-fines de la cour Ne me cachent point leur amour.

Telle va souvent à Téglise , De qui je cognois la feintise ; Telle qui veut son £ait nier Dit que c*est pour communier ; Mais la chose m*est indiquée :

C*est pour estre commumquée A ses amys par mon moyen , Gomme Hélène fit au Troyen.

Quand la vieille , sans nulle honte , M*eut achevé son petit conte ,

DlYERSES. 335

Un commissaire illec pa3sa, Un sergent la porte poussa^ Sans attendre la chambrière , Je sortis par lliuis de derrière , Et m^en allay chez le voisin , Moitié figue i, moitié raisiti, N'ayant ny tristesse ny jôye ' De n'avoir point trouvé lâ proyc.

ËPIGRAMMES.

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