‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 22 sur 37 · SECOND EXTRAIT · texte numérisé non relu

SECOND EXTRAIT

Composé de phrases où il ri y a point de sens , et que bien des gens de la cour mettent dans leurs discours. c '

Je vous assure, monseigneur, qu'on est bien chagrin de ne pouvoir faire son devoir, et il est fort honnête de le pardonner. Je vous écris cette missive pour vous donner des nouvelles de M. Domatel : j'espère qu'il sera bientôt hors d'affaire, et que sa maladie ne sera pas longue. Je me suis trouvé depuis peu à un grand repas où on a mangé une bonne soupe et où vous avez

été bien célébré. Vous savez, monseigneur, que vous inspirez la joie, l'on fit mille plaisanteries; vous me ferez bien la justice de croire que Ton a eu le dernier déplaisir de ne vous y avoir pas. J'ai bien envie d'avoir l'honneur de vous voir pour vous entretenir sur mon gazon. Mes fermiers sont cause que je ne puis m'aller rabattre chez Fredole; mais je vas souvent en un lieu où l'on aime à se réjouir, et où l'on met les plats en bataille. Il y a une personne qui désire fort le téte-à-téte avec vous, vous connaîtrez dans son dialogue qu'elle a du savoir-faire, et que l'on vous trouve furieusement aimable ; je vous dis tout ceci , parce que je suis engoué de vous, car votre caractère me réjouit; et, de bonne foi, il est vrai que je me suis conduit de mon pied en un lieu où j'ai vu de beaux esprits qui ne se peuvent plaindre de vous à cause de votre génie. ^e m'étonne que vous ne veniez pas dialoguer avec les demoiselles ; c'est à coup sûr que vous les réjouissez quand elles vous voient ; car, assurément, vous êtes du bel air, et vous distinguez bien dans le beau monde où l'on vous rend justice. Il est vrai que je m'en allai hier au bal dans un grand embarras, dont j'eus bien de la peine à me tirer; il est vrai que je m'en allai après à une campagne ; il est vrai que je n'y

demeurai pas long-temps, j'ouïs la bonne femme qui me parla bien de vous, qui me dit que vous faisiez figure. Elle vous aime autant que les demoiselles ; sûrement vous êtes aujourd'hui la coqueluche de tout le monde; il est vrai que votre mérite n'est pas postiche. Les demoiselles en rendent sûrement de bons témoignages.

Page 1