‹ Œuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines: précédées de notices (volume 5)Chapitre 14 sur 33 · IO · texte numérisé non relu

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savez qu'elle y prend quelque intérêt. Elle a fait chercher cette lettre; elle l'a fait demander à Chastelart; il a dit qu'il me l'avait donnée : on me l'est venu demander, sur le prétexte que c'était une jolie lettre, qui donnait de la curiosité à la reine. Je n'ai osé dire que vous • l'aviez ; j'ai cru qu'elle s'imaginerait que je vous l'avais mise entre les mains à cause du vidame votre oncle , et qu'il y aurait une grande intelligence entre lui et moi. 11 m'a déjà paru qu'elle souffrait avec peine qu'il me vit souvent; de sorte que j'ai dit que la lettre était dans les habits que j'avais hier, et que ceux qui en avaient la clef étaient sortis. Donnez-moi promptement cette lettre, ajouta-t-elle, afin que je la lui envoie , et que je la lise avant que de l'envoyer, pour voir si je n'en connaîtrai point l'écriture.

Madame de G lèves se trouva encore plus embarrassée qu'elle n'avait pensé. Je ne sais, madame , comment vous ferez , répondit-elle ; car M. de Clèves , à qui je l'avais donnée à lire , l'a rendue à M. de Nemours , qui est venu , dès ce matin, le prier de vous la redemander. M. de Clèves a eu l'imprudence de lui dire qu'il l'avait , et il a eu la faiblesse de céder aux prières que M. de Nemours lui a faites de la lui rendre. Vous me mettez dans le plus grand embarras où je

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puisse jamais être ,. repartit madame la daiiphine , et vous avez tort d'avoir rendu cette lettre à M, de Nemours : puisque c'était moi qui vous l'avais donnée, vous ne deviez point la rendre sans ma permission. Que voulez-vous que je dise à la reine, et que pourra-t-elle s'imaginer ? Elle croira , et avec apparence , que cette lettre me regarde , et qu'il y a quelque chose entre le vidame et moi. Jamais on ne lui persuadera que cette lettre soit à M. de Nemours. Je suis trés-affligée , répondit madame de Clèves, de l'embarras que je vous cause; je le crois aussi grand qu'il est ; mais c'est la faute de M. de Clèves , et non pas la mienne. C'est la vôtre , répliqua madame la dauphine , de lui avoir donné la lettre ; et il n'y a que vous de femme au monde qui fasse confidence à son mari de toutes les choses qu'elle sait. Je crois que j'ai tort , madame, répliqua madame de Clèves; mais songez à réparer ma faute , et non pas à l'examiner. Ne vous souvenez-vous point à peu près de ce qui est dans cette lettre ? dit alors la reine dauphine. Oui, madame, répondit-elle, je m'en souviens , et l'ai relue plus d'une fois. Si cela est , reprit madame la dauphine , il faut que vous alliez tout à l'heure la foire écrire d'une main inconnue ; je l'enverrai à la reine : elle ne la montrera pas à ceux qui l'ont vue;

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quand elle le ferait, je soutiendrai toujours que c'est celle que Ghastelart m'a donnée, et il n'oserait dire le contraire.

Madame de Glèves entra dans cet expédient ; et d'autant plus qu'elle pensa qu'elle enverrait quérir M. de Nemours pour ravoir la lettre même , afin de la faire copier mot à mot , et d'en faire à peu près imiter l'écriture ; et elle crut que la reine y serait infailliblement trompée. Sitôt qu'elle fut chez elle, elle conta à son mari l'embarras de madame la dauphine , et le pria d'envoyer chercher M. de Nemours. On le chercha; il vint en diligence. Madame de Clèves lui dit tout ce qu'elle avait déjà appris à son mari, et lui demanda la lettre; mais M. de Nemours répondit qu'il l'avait déjà rendue au vidame de Chartres, qui avait eu tant de joie de la ravoir, et de se trouver hors du péril qu'il avait couru, qu'il l'avait renvoyée à l'heure même à l'amie de madame de Thémines. Madame de Clèves se retrouva dans un nouvel embarras ; et enfin , après avoir bien consulté , ils résolurent de faire la lettre de mémoire. Ils s'enfermèrent pour y travailler : on donna ordre à la porte de ne laisser entrer personne, et on renvoya tous les gens de M. de Nemours. Cet air de mystère et de confidence n'était pas d'un médiocre charme pour ce prince et même

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pour madame de Glèves. La présence de son mari et les intérêts du vidame de Chartres la rassuraient en quelque sorte sur ses- scrupules : elle ne sentait que le plaisir de voir M. de Nemours; elle en avait une joie pure et sans mélange qu'elle n'avait jamais sentie : cette joie lui donnait une liberté et un enjouement dans l'esprit , que M. de Nemours ne lui avait jamais vus, et qui redoublaient son amour.

Comme il n'avait point eu encore de si agréables momens , sa vivacité en était augmentée ; et, quand madame de Cléves voulut commencer à se souvenir de la lettre et à l'écrire, ce prince, au lieu de lui aider sérieusement, ne faisait que l'interrompre et lui dire des choses plaisantes. Madame de Cléves entra dans le même esprit de gaieté , de sorte qu'il y avait déjà long- temps qu'ils étaient enfermés , et on était déjà venu deux fois de la part de la reine-dauphine pour dire à madame de Cléves de se dépêcher, qu'ils n'avaient pas encore fait la moitié de la lettre,

M. de Nemours était bien aise de faire durer un temps qui lui était si agréable , et oubliait les intérêts de son ami. Madame de Cléves ne s'ennuyait pas, et oubliait aussi les intérêts de son oncle. Enfin , à peine à quatre heures la lettre était-elle achevée, et elle était si mal , et

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Tëcriture dont on (a fit copier ressemblait si peu à celle que l'on avait eu dessein d'imiter , qu'il eût fallu que la reine n'eût guère pris soin d'éclaircir la vérité pour ne la pas connaître : aussi n'y fut-elle pas trompée. Quelque soin que l'on prît de lui persuader que cette lettre s'adressait à M. de Nemours, elle demeura convaincue, non-seulement qu'elle était au vidame de Chartres, mais elle crut que la reine-dauphine y avait part , et qu'il y avait quelque intelligence entre eux. Cette pensée augmenta tellement la haine qu'elle avait pour cette princesse ; qu'elle ne lui pardonna jamais , et qu'elle la persécuta jusqu'à ce qu'elle l'eût fait sortir de France.

Pour le vidame de Chartres , il fut ruiné auprès d'elle ; et , soit que le cardinal de Lorraine se fût déjà rendu maître de son esprit, ou que l'aventure de cette lettre , qui lui fît voir qu'elle était trompée, lui aidât à démêler les autres tromperies que le vidame lui avait déjà faites , il est certain qu'il ne put jamais se raccommoder sincèrement avec elle. Leur liaison se rompit ; et elle le perdit ensuite à la conjuration d'Amboise, où il se trouva embarrassé.

Après qu'on eut envoyé la lettre à madame la dauphine, M. de Clèves et M. de Nemours

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s'en allèrent. Madame de Glèves demeura seule, et, sitôt qu'elle ne fut plus soutenue par celte joie que donne la présence de ce que l'on aime , elle revint comme d'un songe; elle regarda avec étonnement la prodigieuse différence de l'état où elle était le soir , d'avec celui où elle se trouvait alors : elle se remit devant les yeux l'aigreur et la froideur qu'elle avait fait paraître à M. de Nemours, tant qu'elle avait cru que la lettre de madame de Thémines s'adressait à lui ; quel calme et quelle douceur avait succédé à cette aigreur, sitôt qu'il l'avait persuadée que cette lettre ne le regardait pas. Quand elle pensait qu'elle s'était reprochée comme un crime, le jour précédent, de lui avoir donné des marques de sensibilité que la seule compassion pouvait avoir fait naître , et que, par son aigreur, elle lui avait fait paraître des sentimens de jalousie qui étaient des preuves certaines de passion, elle ne se reconnaissait plus elle-même. Quand elle pensait encore que M. de Nemours voyait bien qu'elle connaissait son amour; qu'il voyait bien aussi que , malgré cette connaissance , elle ne l'en traitait pas plus mal en présence même de son mari ; qu'au contraire , elle ne l'avait jamais regardé si favorablement ; qu'elle était cause que M. de Clèves lavait envoyé quérir , et

qu'ils venaient de passer une aprés-dinée ensemble en particulier , elle trouvait qu'elle était d'intelligence avec M. de Nemours ; qu'elle trompait le mari du monde qui méritait le moins d'être trompé; et elle était honteuse de paraître si peu digne d'estime aux yeux mômes de son amant. Mais ce qu'elle pouvait moins supporter que tout le reste , était le souvenir de l'état où elle avait passé la nuit, et les cuisantes douleurs que lui avait causées la pensée que M. de Nemours aimait ailleurs, et qu'elle était trompée.

Elle avait ignoré jusqu'alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie; elle n'avait pensé qu'à se défendre d'aimer M. de Nemours, et elle n'avait point encore commencé à craindre qu'il en aimât une autre.

Quoique les soupçons que lui avaient donnés cette lettre fussent effacés , ils ne laissèrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d'être trompée, et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie quelle n'avait jamais eues. Elle fut étonnée de n'avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu'un homme comme M. de Nemours , qui avait toujours fait paraître tant de légèreté parmi les femmes, fut capable d'un attachement sincère et durable. Elle trouva qu'il était presque ina-

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possible qu'elle pût être contente de sa passion : mais, quand je le pourrais être, disait-elle, qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veuxje y répondre? Veux-je m'engager dans une galanterie? Veux-je manquer à M, de Clèves?

Veux-je me manquer à moi-même ? et veux-je enfin m'exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l'amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi : toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui, et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier : il faut m'arracher de la présence de M. de Nemours; il faut m'en aller à la campagne , quelque bizarre que puisse paraître mon voyage; et, si M. de Clèves s'opiniâtre à l'empêcher ou à vouloir en savoir les raisons , peut-être lui ferai-je le mal , et à moimême aussi, de les lui apprendre. Elle demeura dans cette résolution , et passa tout le soir chez elle, sans aller savoir de madame la dauphine ce qui était arrivé de la fausse lettre du vidame.

Quand M. de Clèves fut revenu , elle lui dit qu'elle voulait aller à la campagne, quelle se trouvait mal , et qu'elle avait besoin de prendre l'air. M. de Clèves , à qui elle paraissait d'une beauté qui ne lui persuadait pas

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que ses maux fussent considérables , se moqua d'abord de la proposition de ce voyage, et lui répondit qu'elle oubliait que les noces des princesses et le tournoi s'allaient faire, et qu'elle n'avait pas trop de temps pour se préparer à y paraître avec la même magnificence que. les autres femmes. Les raisons de son mari ne la firent pas changer de dessein; elle le pria de trouver bon que , pendant qu'il irait à Compiègne avec le roi , elle allât à Goulommiers , qui était une belle maison à une journée de Paris, qu'ils faisaient bâtir avec soin. M. de Clèves y consentit; elle y alla dans le dessein de n'en pas revenir sitôt, et le roi partit pour Compiégne, où il ne devait être que peu de jours.

M. de Nemours avait eu bien de la douleur de n'avoir point revu madame de Clèves depuis cette après-dinée qu'il avait passée avec elle si agréablement , et qui avait augmenté ses espérances. Il avait une impatience de la revoir qui ne lui donnait point de repos , de sorte que, quand le roi revint à Paris, il résolut d'aller chez sa sœur, la duchesse de Mercœur, qui était à la campagne, assez près de Coulommiers. Il proposa au vidame d'y aller avec lui ; il accepta aisément cette proposition , et M. de Nemours la fit dans l'espérance de voir madame

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de Clèves , et d'aller chez elle avec le vidame. Madame de Mercœur les reçut avec beau-' coup de joie , et ne pensa qu'à les divertir et à leur donner tous les plaisirs de la campagne* Comme ils étaient à la chasse à courir le cerf, M. de Nemours s'égara dans la forêt. En s'enquérant du chemin qu'il devait tenir pour s'en retourner , il sut qu'il était proche de Coulommiers. A ce mot de Coulommiers, sans faire aucune réflexion, et sans savoir quel était son dessein , il alla à toute bride du côté qu'on le lui montrait. Il arriva dans la forêt, et se laissa conduire au hasard par des routes faites avec soin , qu'il jugea bien qui conduisaient vers le château. Il trouva , au bout de ces routes , un pavillon dont le dessous était un grand salon accompagné de deux cabinets, dont l'un était ouvert sur un jardin de fleurs qui n'était séparé de la forêt que par des palissades, et le second donnait sur une grande allée du parc. Il entra dans le pavillon; et il se serait arrêté à en regarder la beauté , sans qu'il vit venir par cette allée du parc, monsieur et madame de Clèves , accompagnés d'un grand nombre de domestiques. Comme il ne s'était pas attendu à trouver M. de Clèves, qu'il avait laissé auprès du roi, son premier mouvement le porta à se cacher : il entra dans le cabinet qui donnait

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sur le jardin de fleurs, dans la pensée d'en ressortir par une porte qui était ouverte sur la forêt; mais, voyant que madame de Clèveset son mari s'étaient assis sous le pavillon , que leurs domestiques demeuraient dans le parc, et qu'ils ne pouvaient venir à lui sans passer dans le lieu où étaient monsieur et madame de Clèves, il ne put se refuser le plaisir de voir cette princesse , ni résister à la curiosité d'écouter sa conversation avec un mari qui lui donnait plus de jalousie qu'aucun de ses rivaux.

Il entendit que M. de Clèves disait à sa femme : Mais pourquoi ne voulez-vous point revenir à Paris? Qui vous peut retenir à la campagne? Vous avez depuis quelque temps un goût pour la solitude, qui m'étonne et qui m'afflige, parce qu'il nous sépare. Je vous trouve même plus triste que de coutume, et je crains que vous n'ayez quelque sujet d'affliction. Je n'ai rien de fâcheux dans l'esprit, répondit-elle avec un air embarrassé; mais le tumulte de la cour est si grand , et il y a toujours un si grand monde chez vous , qu'il est impossible que le corps et l'esprit ne se lassent, et que l'on ne cherche du repos. Le repos, répliqua-t-il , n'est guère propre pour une personne de votre âge.

Vous êtes, chez vous et dans la cour, d'une sorte à ne vous pas donner de lassitude, et je crain-

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cirais plutôt que vous ne fussiez bien aise d'être séparée de moi. Vous me feriez une grande injustice d'avoir cette pensée , reprit-elle avec un embarras qui augmentait toujours; mais je vous supplie de me laisser ici. Si vous pouviez y demeurer, j'en aurais beaucoup de joie, pourvu que vous y demeurassiez seul , et que vous voulussiez bien n'y avoir point ce nombre infini de gens qui ne vous quittent quasi jamais. Ah!

madame, s'écria M. de Cléves, votre air et vos paroles me font voir que vous avez des raisons pour souhaiter d'être seule , que je ne sais point, et je vous conjure de me les dire. Il la pressa long-temps de les lui apprendre sans pouvoir l'y obliger ; et , après qu'elle se fut défendue d'une . manière qui augmentait toujours la curiosité de son mari, elle demeura dans un profond silence, les yeux baissés; puis, tout d'un coup, prenant la parole et le regardant : Ne me contraignez point, lui dit-elle, à vous avouer une chose que je n'ai pas la force de vous avouer, quoique j'en aye eu plusieurs fois le dessein. Songez seulement que la prudence ne veut pas qu'une femme de mon âge, et maîtresse de sa conduite, demeure exposée au milieu de la cour. Que me faites-vous envisager, madame!

s'écria M. de Cléves; je n'oserais vous le dire de peur de vous offenser. Madame de Cléves ne

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répondit point; et son silence achevant de confirmer son mari dans ce qu'il avait pensé : Vous ne me dites rien, reprit-il, et c'est me dire que je ne me trompe pas. Eh bien! monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux , je vais vous faire un aveu que Ton n'a jamais fait à son mari; mais l'innocence de ma conduite et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons de m'éloigner de la cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n'ai jamais donné nulle marque de faiblesse, et je ne craindrais pas d'en laisser paraître 2 si vous me laissiez la liberté de me retirer de la cour, ou si j'avais encore madame de Chartres pour aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti que je prends , je le prends avec joie pour me conserver digne d'être à vous. Je vous demande mille pardons , si j'ai des sentimens qui vous déplaisent, du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions. Songez que, pour faire ce que je fais , il faut avoir plus d'amitié et plus d'estime pour un mari que l'on n'en a jamais eu. Çonduisez-moi , ayez pitié de moi , et aimezmoi encore si vous pouvez.

M. de Clèves était demeuré , pendant tout ce discours, la tête appuyée sur ses mains, hors de lui-même, et il n'avait pas songé à faire re^

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lever sa femme. Quand elle eut cessé de parler, qu'il jeta les yeux sur elle, qu'il la fit à ses genoux, le visage couvert de larmes, et d'une beauté si admirable, il pensa mourir de douleur, et l'embrassant en la relevant : Ayez pitié de moi, vous-même, madame, lui dit-il, j'en suis digne , et pardonnez si , dans les premiers momens d'une affliction aussi violente qu'est la mienne , je ne réponds pas comme je dois à un procédé comme le vôtre. Vous me paraissez plus digne d'estime et d'admiration que tout ce qu'il y a jamais eu de femmes au monde; mais aussi je me trouve le plus malheureux homme qui ait jamais été. Vous m'avez donné de la passion dés le premier moment que je vous ai vue ; vos rigueurs et votre possession n'ont pu l'éteindre; elle dure encore : je n'ai jamais pu vous donner de l'amour , et je vois que vous craignez d'en avoir pour un autre. Et qui est-il , madame , cet homme heureux qui vous donne cette crainte?

depuis quand vous plaît-il ? qu'a-t-il fait pour vous plaire ? quel chemin a-t-il trouvé pour aller à votre cœur ? Je m'étais consolé en quelque sorte de ne l'avoir pas touché, par la pensée qu'il était incapable de l'être ; cependant un autre fait ce que je n'ai pu faire ; j'ai tout ensemble la jalousie d'un mari et celle d'un amant; mais il est impossible d'avoir celle d'un mari après un pro-

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