‹ Œuvres complètes de Michel-Ange, et choix de Baccio Bandinelli et de Daniel de VolterreChapitre 6 sur 12 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

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Baccio Bandinelli naquit à Florence en i4^7- I-e dessin était alors cultivé dans celte ville avec autant d'assiduité que de succès; et, quoique le père de Bandinelli n'eût intention que de lui faire embrasser la profession d'orfèvre, qu'il exerçait lui-même, le jeune artiste ne tarda pas à devenir habile dessinateur. Alors, manifestant pour la sculpture un penchant auquel il lui fut permis de se livrer, il entra dans l'école de Jean-François Rustici, sculpteur estimé et ami de Léonard de Vinci. Il se fortifia dans son art, en étudiant tout à la fois la nature et les productions de son maître, ainsi que celles de Donato, dit le Donatello, et d'André Verrochio.

De petits modèles qu'il fit chez Ruslici lui valurent aussi des éloges, et, naturellement vain, il se crut dès lors l'égal des maîtres les plus renommés. Quand le célèbre carton que Michel-Ange fit en concurrence avec Léonard de Vinci fut exposé publiquement à Florence, la plupart des artistes qui jouissaient déjà d'une grande réputation crurent qu'ils pourraient encore apprendre beaucoup en le copiant. Bandinelli les imita, et la préférence que son travail obtint sur celui de tous les autres augmenta encore la haute opinion qu'il avait déjà de lui-même. Un tort infiniment plus grave, s'il était certain qu'on pût le lui reprocher, serait d'avoir mis en pièces le carton de Michel-Ange, comme on l'a dit dans la vie de ce grand artiste. Au reste, ceux qui crurent Bandinelli coupable d'une action si vile et si affligeante pour les arts assurèrent qu'il prolita, pour la commettre, des troubles de Florence, et qu'au moyen d'une fausse clef, il entra dans le lieu où le carton était précieusement conservé.

Le succès qu'il avait eu en copiant Michel-Ange lui persuada qu'il ne lui serait pas difficile de devenir son émule et même son vainqueur : en conséquence il se mit à peindre tant à l'huile qu'à fresque; mais bientôt il s'aperçut de l'inutilité de ses efforts. Son coloris était si défectueux que ses tableaux ne purent jamais plaire; car il n'avait pas, comme Michel-Ange, un génie qui pût faire oublier ce qui lui manquait dans cette partie aussi essentielle que séduisante. 11 eut du moins le bon esprit de ne pas s'obstiner à exercer un art dans lequel il ne pouvait s'illustrer, et il ne fit qu'un très-petit nombre de tableaux, dont le plus connu représentait Noé dans l'étui cFivresse.

Un Mercure tenant une flûte, qu'il sculpta, fut acheté par François 1", comme un

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morceau de grand prix. Lu Saint Jérôme , en cire, qu'il fil pour le cardinal do .Médicis, une Clcopdtre , et quelques éludes qui furent gravées par Augustin Vénitien, contribuèrent à étendre sa réputation ; mais celle de ses productions qu'alors on admira le plus généralement fut son fameux dessin du Massacre des Innocenls, i\ue Marc-Antoine grava, et dans lequel il avait surtout eu en vue de faire voir sa profonde connaissance de l'aiialomie.

Quand Léon X eut été placé sur le trône pontifical, Baccio Bandinelli se rendit à Rome, et présenta au pontife le modèle d'un groupe de David et Goliath. Léon, juge très-éclairé des productions de l'art, l'envoya aussitôt à Lorette , où il avait cliargé André Contucci de décorer de statues la chapelle de la Vierge. Contucci ayant reçu ordre de confier à Bandinelli un des bas-reliefs de cette chapelle, celui-ci exécuta le modèle de la Navité de la Vierge. Il critiqua sans ménagement les ouvrages des autres sculpteurs, et ceux de Contucci lui-même, qui, par sa qualité de chef de l'entreprise et la confiance dont le pape l'honorait, méritait plus d'égards. Les esprits s'aigrirent tellement, qu'un jour Contucci fut près d'ôter la vie à Bandinelli, qui piit le parti de se retirer d'abord à Ancône , puis à Rome. Léon X, à sa prière, l'envoya travailler à Florence, dans le palais Médicis. Il y sculpta en marbre un Orphée adoucissant Cerbère par les sons mélodieux de sa Ijre.

François 1" ne pouvant posséder les chefs-d'œuvre les plus remarquables de la sculpture antique, désira s'en procurer de bonnes copies; et le cardinal de Médicis voulut savoir de Bandinelli s'il ne pourrait pas exécuter celle du Lnocoon. Quoiipie l'on connaisse déjà l'opinion que cet artiste avait de lui-même et des autres, sa réponse n'en sera pas moins capable d'étonner. « Non-seulement, dit-il , je peux faire un aussi beau groupe, « mais j'espère bien que ma copie surpassera l'ouvrage original. » Après avoir parlé ainsi, il fallait, pour ne pas être accusé du plus extravagant orgueil, se montrer sculpteur excellent; c'est ce que fit Bandinelli. D'abord il modela en cire le groupe entier, puis en stuc un des enfants, et son travail fut généralement applaudi; ensuite il exécuta en marbre l'aîné des deux enfants; et Léon X, sa cour, ainsi ([ue les connaisseurs les [)lus distingués, ne trouvèrent, dit-on, aucune différence entre la copie et l'original. Ces travaux, interrompus à la mort de Léon X, furent repris sous Clément VII, et alors Bandinelli acheva le groupe entier. Le pape, charmé des beautés d'une copie si parfaite, ne put consentir à s'en priver; il fit placer dans le palais de Florence le Laocooii de Baccio Bandinelli, et envoya au Roi de France des statues antiques en remplacement de ce morceau précieux. Cette étonnante copie d'un chef-d'œuvre fut détruite dans l'incendie de la galerie de Florence en 1762.

Plus confiant que jamais dcuis ses forces, et ayant sans doute raison de l'être, puisqu'il était sorti avec tant de gloire d'une telle épreuve, Baccio Bandinelli, tandis i|ueMicliel-Ange travaillait aux tombeaux des Médicis, eut assez peu de délicatesse pour denuuider (|u'ou lui accordât un bloc de marbre donné autrefois par Léon X à l'artiste dont la renommée excitait sa jalousie. Son dessein était d'en faire un groupe (ï Hercule terrassant Cacus, (|ui devait être exposé sur la place de Florence, j)rès d'un /^c/c/V/ sculpté par Michel-Ange. Il ne put parxenir que dans la suite à établir cette lulle de talents continue et publicpie.

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Micliel-Ange, il est vrai, ne s'opposa pointa ses vues; mais les nombreux admirateurs de ce grand artiste et les ennemis non moins nombreux (|ue Bandinelli s'était faits eurent longtemps le crédit d'empéclier (|ue son groupe ne fût mis à la place ([u'il lui avait destinée. Il fit intervenir l'autorité du pape; enfin, en i534, il eut la satisfaction de voir son Hercule T^rès du David àe Michel- Ange; et la beauté de son ouvrage justifia l'audace de ses prétentions.

Il présenta à Cosme de Médicis le projet d'une salle d'audience, oîi devaient être placées les statues des grands hommes de celte famille; mais, après avoir ébauché quelquesunes de ces figures et reçu de fortes avances, il ne termina rien.

Il fut plus heureux et plus actif quand il entreprit le chœur octogone de l'église de Sainle-Marie-des-Fleurs , pour l'exécution duc|uel il se servit, à la vérité, d'un plan de Brunelleschi. Parmi les figures qu'il plaça près de l'autel, et qui dans la suite furent transportées ailleurs, ou remarquait suitout celles (ÏAdmneX (ÏÈve. Elles sont au rang de ses meilleures productions, quoiqu'on y ait remarcpié plusieurs défauts, dont le principal est de n'être pas assez gracieuses.

Bandinelli éprouva enfin que la longanimité de son protecteur pouvait être lassée. Le duc manda de Rome Vasari et Ammanali, pour terminer plusieurs travaux dont il l'avait chargé. L'humeur de Bandinelli n'en devint (|ue plus farouche; cependant moins sensible à l'affront mérité qu'd venait de recevoir qu'excité par l'amour du gain, il présenta au duc le modèle d'une statue colossale, qui devait s'élever au milieu d'un superbe bassin sur la grande place de Florence. Ammaiiati et Benvenuto Cellini demandèrent au duc la permission de concourir avec Bandinelli, et Cosme la leur accorda dans l'espoir ([ue ce dernier mériterait de recouvrer sa faveur, en montrant combien il était supérieur à ses antagonistes. Mais son orgueil fut blessé à la seule pensée de ce concours ; il obtint la permission de se rendi-e à Carrare, et n'en profita que pour faire scier les marbres de manière qu'on n'en pût tirer aucune statue d'une certaine grandeur. La duchesse parvint à le préserver du juste ressentiment de Cosme de Médicis, mais la honte d'une action si méchante n'en doit pas moins peser sur la mémoire de Bandinelli.

Celte princesse lui ayant obtenu une chapelle pour sa sépulture, il y fit transporter le corps de son père, en iSSg; mais la fatigue qu'alors il éprouva le fit mourir, après une courte maladie, à l'âge de 72 ans.

Le caractère de Baccio Bandinelli ne permit pas toujours que ses contemporains rendissent une justice complète à ses talents; mais la postérité reconnaît que, sans être l'égal de Michel-Ange, comme sa vanité le lui persuadait, il est du moins un des sculpteurs qui ont le mieux saisi sa manière fière et savante.

Le Musée possède un très-beau portrait de Baccio Bandinelli, peint dans sa jeunesse par Sébastien del Piombo.

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