‹ Œuvres complètes de Mme Cottin (volume 4)Chapitre 13 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« (/est à Damas , dans la cour de l'Atabek Noureddin , que Saladiu et Malek Adhel furent élevés sous les jeux de leur père Ayoub. Celui-ci était loin de prévoir et de désirer la future grandeur de sa maison : fidèle à son souverain dont il était chéri et honoré, tantôt l'épée à la main , il lui conquérait cle nouveaux états, ou retiré dans son gouvernement de Damas, il s'occupait à lui former, dans sesenfans, deux serviteurs aussi fidèles, aussi dévoués qu'il l'avait toujours été lui-même.

» Saladin n'annonçait pas dans son.

enfance ce qu'il devait être un jour; on ne distinguait en lui qu'une humeur indolente et des vertus paisibles ; landi*

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que Malek Adhel^ plein d'une ardeur guerrière , semblait, avec la vie respirer les conjbats. Saladin, grave, froid, austère , réfléchissait beaucoup , parlait peu, repoussait tous les plaisirs, dédaignait l'amour et ne voyait arriver qu'avec peine le moment où son âge le forcerait à prendre les armes. Malek Âdliel , impétueux, intrépide, franc jusqu'à l'indiscrétion, se livrant avec excès à toutes les voluptés de la jeunesse, obtint, par ses prières, de verser son sang pour la pairie avant l'âge où la loi le permet aux Musulmans.

« C'est ainsi que le génie de Saladin, qui n'était né que pour commander, demeura muet tant qu'il fut contraint d'obéir ; tandis que Malek Adhel se montra de bonne heure ce qu'il devait être toute sa vie, guerrier intrépide , ami sincère et serviteur dévoué. Mais autant le caractère de ces deux frères était opposé, autant leurs coeurs étaient étroitement unis; ils ne se quittaient point sans regret , et ne se retrouvaient point sans joie. Cetle amitié , cimentée par un même respect pour la loi de Mahomet ,

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par une haine irréconciliable pour les chrétiens , par des services mutuels . et surtout par le temps ; celteamitié vive, profonde, qui serait l'objet de notre admiration , si ses effets ne nous avaient pas été si funestes, ne s'est point démentie jusqu'à présent, et paraît même augmenter de force en augmentant de durée.

» Ce fut en Egypte qu'ils firent leurs premières armes, sous les ordres de leur oncle Shirkouh : celui-ci y avait été envoyé par l'Atabek Noureddin , pour chasser le calife Falimitequi régnait au Caire , et faire substituer à son autorité celle du calife de Bagdad. Shirkouh entra facilement dans un pays mal gardé , mal défendu, dont le nonchalant souverain avait abandonné le gouvernement à des tjTans subalternes. Cepen— dantàl'approche du général del'Atabek, Ledin Allah se réveilla de son assoupissement; mais n'ayant aucun moyen de repousser un si formidable ennemi, il employa ses trésors pour le séduire , et lui fit offrir , pour prix de sa trahison , avec la moitié de ses richesses, la place

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<ïe grand-visir, qui, par l'étendue du pouvoir, était au-dessus de celle du calife lui-même.

» Shirkouh fut ébloui par la magnificence de ers promesses, et son ambition l'emportant sur sa fidélité , il promit de soutenir les droits de Ledin Allah , et d'abandonner ses anciens mai- Ires. A cette nouvelle, l'àme de Malek Adhel se révolta- il osa reprochera son oncle la trahison dont il se rendait coupable. Shirkouh , offensé d'une telle audace , l'en eût puni sans doute , si Saladin n'eût intercédé pour son frère, et n'eût même obtenu de lui d'accompagner lenr oncle le lendemain à l'audience du calife.

» La pompe éclatante de cette cour étonna les fils d'Ayoub, accoutumés à la simplicité de celle de Nouvreddin ; mais ils la regardèrent avec des yeux bien différens. Tandis que la'perfidie de Shirkouh remplissait d'indignation 1< cœur fier et généreux de Malek Adhel, Saladin sentait naître dans le sien des monvemens d'ambition qu'il avait ignorés jusqu'alors : ce n'était point qu'il

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enviât la grandeur de Shirkouh ; la seconde place d'un empire n'était pas capable de l'arracher à sa paresse ; mais il sentait en même tems que l'espoir de ne voir rien au-dessus de sa puissance , pourrait faire de lui un autre homme ( 1).

» Ces sentimens ne tardèrent pas à se développer; il ne fallait qu'une occasion pour déterminer Saladin : elle arriva. Shirkouh mourut , et Ledin Allah se voyant sans défenseur , et espérant en trouver un autre dans l'aîné des fils d'Ayoub , se hâta de lui offrir la place de son oncle. L'ambitieux Saladin qui en voulait un autre , feignit pourtant de se contenter de celle-là, et s'excusa auprès de Malek Adhel de l'avoir I acceptée, en l'assurant que son inteu- I tion était de n'en user que pour con- jl courir aux vues , et de se, conformer j aux ordres de leur maître l'Atabeck. I Malek Adhel le crut : Mais tandis qu'il j

(1) Tous ces .détails sxir le caractère rie Saladin, sont vrais et transcrits fidèlement de l'histoire de oa vie.

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•'éloigne du Caire, qu'il combat les chrétiens , il apprend que Ledin Allah a perdu la vie, que Saladin est monté sur son trône et exerce la suprême puissance: il ne peut croire que son frère trahisse ainsi la foi qu'il doit à Noureddin ; il ne peut croire surtout que son frère l'ait trompé : 11 quitte l'armée au milieu de ses victoires; il accourt au Caire, et se présente devant Saladin :

les larmes aux yeux , il lui peint , sous les plus vives couleurs, la honte qu'une pareille usurpation va faire rejaillir sur leur famille , le désespoir de leur vieux père Ayoub ; il rappelle que c'est au maître qu'il veut trahir., qu'il doit jusques à la grandeur où il est parvenu. Saladin n'avait point oublié les bienlaits del'Atabefc; il respectait les cheveux blancs de son père , et aimait Malek Adhel comme jamais frère n'avait aimé un frère: cependant inébranlable sur son trône , sentant que c'était là que le destin avait marqué sa place , les pi'ières de son frère ne purent la lui faire abandonner; et Malelc Adhel ne voulant ni combattre contre lui , ni 1*

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défendre contre Nouredtlin , ni demeurer spectateur oisif de la guerre , tourna ses armes contre les chrétiens , et les fit trembler jusque dans Jérusalem.

» C'est ainsi , continua l'archevêque, que Malek Adhel , en refusant de prendre part à la grande querelle deSaladin avec l'Àtabek , nous rendit victimes de son amitié pour son frère , et de sa fidélité pour son souverain. Je ne vous peindrai point les affreux ravages que son bras a exercés dans la Terre-Sainte. Nous n'avons point eu de villes , nous n'avons point eu d'armées capables de résister à ce guerrier , surnommé , à trop juste titre , le lion des combats et le foudre des batailles. Mais Rama et Tibériade rasées , Tripoli et Bethléem changés en un monceau de pierres Ploléinaïs conquise , et Jérusalem enfin perdue pour la chrétienté , vous en disent plus que toutes mes paroles , et que les larmes que je ne puis m'empêcher de verser au souvenir de pareils malheurs »

L'archevêque s'interrompit une agi conde fois en cet endroit , pour donnejji

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un libre cours à ses pleurs. Mathildê y mêla les siens , et aurait haï sans doute le cruel auteur de tant de calamités , si le ciel lui eût donné un cœur capable de haïr. « Mon père , dit-elle d'une voix timide à l'archevêque , il y a dans votre récit des choses qui confondent mon intelligence : comment accordez-vous des sentimens nobles et généreux au prince impie qui a renversé la cité sainte ? Se peut-il que les infidèles aient quelques vertus ? — Pour le malheur du monde et de la foi , ils en ont, ma fille , répondit Guillaume ; vous rencontrerez dans plusieurs Sarrazins ,et sur tout dans Malek Adhel, la sincérité , le désintéressement et la grandeur d'àme ; mais toutes ces vertus ne sont qu'une écorce brillante , renfermant en elle une source de corruption , semblables à ces fruits dont nous parle l'écriture, qui charment l'œil par leur beauté , et ne laissent dans la bouche qu'une cendre amère et empoisonnée. » Mathildê , à ces mots , leva les yeux au ciel comme pour recommander à sa miséricorde ces malheureux Musulî.

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mans; et la reine s'écria : et Mais, mon père, dites-moi comment Maie k Adhel, qui avait quitté l'Egypte pour ne pas favoriser l'usurpation de son frère , se trouve-t-il maintenant gouverneur de Damiette ? C'est ce qui me reste à vous apprendre, répondit l'archevêque -, mais votre majesté permettra que je remette mon récit à un autre jour : en ce moment, le souvenir des maux de mes frères a fait saigner toutes mes plaies. Hélas! quel est celui qui les guérira ? La couronne de tiotre tête est tombée ; nos jours sont accomplis ; notre fin est venue ; et tout l'honneur de la fille de Sion s'est retiré d'elle: regarde, ô Eternel 1 noire affliction ; vois s'il y a une douleur comme notre douleur, et ne ferme point ton oreille à nos cris , afin que nous n'expirions pas dans la détresse (i), »

Durant les [ours suivans , l'archeque n'eût pas le tems de se trouver avec les princesses qu'à l'heure de la prière : plusieurs de ses momens étaient pris

(i) Lamentations de Jércmiç,

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par Malck Adhel, qui l'interrogeait sur l'état de l'Europe , et le caractère des rois qui la gouvernaient : il consacrait le reste de sa journée à visiter les blessés et consoler les mourans ; il s'arrêta^ surtout auprès du lit de Montmorency; mais c'était moins pour affermir que pour admirer son courage : car ce jeune liéros était soumis à Dieu, à un tel point , qu'il aurait vu approcher la mort sans oser seulement regretter la gloire : cependant il y fut rendu , à cette gloire pour laquelle il était né. Ses blessures se fermèrent, et Malek Adhel, en le sachant hors de danger par l'effet des soins qu'il lui avait fait prodiguer , Malek Adhel , noble et généreux , ne pensa point qu'il avait conservé un ennemi, mais qu'il avait sauvé un héros.

Enfin , quand l'archevêque fut libre de se retrouver auprès de la reine, elle le conjura de vouloir bien continuer l'histoire des conquêtes de Saladin. Ils se réunirent avec Mathilde dans l'oratoire des princesses, et Guillaume commença ainsi :

« Pendant que Malek Adhel -ruinait

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nos villes et nos campagnes, Noured- <lin se préparait à châtier son infidèle émir; il venait de rassembler une nombreuse armée, et s'avançait à grands pas vers l'Egypte, lorsque la mort le frappa, et détruisit ainsi la seule force qui pouvait mettre obstacle à l'ambition de Saladin : celui-ci , en habile politique , se hâta d'époviser la veuve de l'Atabek , et ce mariage légitimant en partie son usurpation , Malek Adhel n'hésita plus à se ranger du parti de son frère-, et dès- lors soutenu par ce bras invincible , le trône du nouveau sultan pnt défier toutes les puissances de l'Orient réunies.

» Les deux frères célébrèrent leur réunion par de nouvelles conquêtes. Mouï)oul , Damas , Alep , tombèrent sous leurs coups : Jérusalem seule résistait encore ; mais les guerres intestines qui la déchiraient, faisaient trembler tous les chrétiens sur le sort qui lui était réservé.

)) Amaury n'existait plus -, l'infortuné Baudouin V lui avait peu sur-, vécu, et Sibylle, sa sœur aînée , héri-

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tière du royaume de Jérusalem , eu avait fait couronner roi Lusignan sou époux : mais les droits de celui-ci n'étaient pas généralement reconnus. Plusieurs princes , ses tributaires , refusaient de lui prêter serment , et Conrad , marquis de Montferrat, lui disputait ses? droits au trône. Ce concurrent, soutenu par Raimond , comte de Tripoli , était un ennemi redoutable, et peut-être l'eûtil emporté , s'il n'eût aliéné tous les esprits par son caractère dur, hautain et inflexible ; au lieu que Lusignan, en cachant une ambition aussi démesurée sous un extérieur populaire et affable, se faisait beaucoup plus de partisans : d'ailleurs , profond dans ses projets et constant dans ses entreprises ; impétueux dans ses désirs, mais toujours maître de sesmouvemens; faux, perfide peut-être, n'examinant jamais si tin parti était injuste, mais s'il pouvait réussir , et cependant ayant l'art de persuader que ses propres intérêts n'étaient rien pour lui devant ceux de l'état, il avait obtenu de grands avantages sur un rival qui osait menacer les chrétiens de les aban-,

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«Tonner pour s'allier à Saladin, s'ils ne forçaient pas Lusignan à lui céder la couronne.

■» Ce fut dans ces circonstances que le roi de Jérusalem me fit appeler un jour dans son conseil, et me dit: — Mon père , si nous étions encore aux tems de la première croisade , à ces tems heureux où les chrétiens, soumis à un seul chef, sacrifiant avec joie leur bien particulier au bien général , étaient dignes de la céleste cause qu'ils étaient appelés à défendre, malgré la valeur et le nombre de nos ennemis , je ne les craindrais pas, et je ne me verrais pas réduit à l'humiliante nécessité de leur demander la paix; mais , mon père, depuis que les richesses de l'Asie on corrompu les chrétiens, qu'ils ont préféré l'oi^les parfums et les voluptés de l'Orient, à cette pauvreté, à cette austérité de mœurs qui distinguaient jadis les vengeurs du fils de Marie, depuis que la Palestine enfin a vu naître successivement des princes de Sidon, des marquis de Tyr, des comtes <Ik Joppé , des barons de Ramla , et tant d'autres seigneurs qui ont voulu se ren-

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die indrpendans du roi de Jérusalem , L'empire, en divisant ainsi ses forces, les a perdues sans retour; et si nous n'obtenons de Saladin wne trêve qui nous donne le teins de demander et de recevoir des secours de l'Europe , je vois en frémissant, le trône de Godefroi de Bouillon prêt à s'écrouler, et le tombeau du Christ , conquis par tant de sang et de sacrifices , retomber pour jamais sous la puissance de nos impies oppresseurs. Dans cette affreuse situation , c'est à vos lumières , c'est à votre sagesse que j'ai recours, mon père. Révéré des chrétiens , estimé même par nos ennemis , vous êtes le seul qui puissiez soutenir notre cause avec succès :

partez donc, mon père, rendez-vous à la cour de Saladin , parlez-lui , parlçz surtout à Malek Adhel : il a un grand ascendant sur l'esprit de son frère ; et , quoiqu'il nous ait fait plus de mal que personne , si j'en crois ce que la renommée publie à sa louange , il sera plus que personne touché de nos malheurs.

Quant aux conditions de la trêve, mon père , je m'en repose entièremeut sur

vous; car je sais trop combien la gloire des chrétiens vous est chère, pour craindre de la voir se ternir entre vos mains. » En consentant à me charger de cette honorable et difficile ambassade, je me rangeais, aux yeux de toute la la chrétienté , du parti de Lusignan -, mais quoique je n'estimasse pas son caractère, il me paraissait plus propre que celui de Conrad à ramener la paix dans l'empire : d'ailleurs ses droits étaient bien plus justes j ils étaient même sacrés, puisqu'il avait reçu le serment d'obéissance de tous ses sujets : l'honneur, la religion , me faisaient un devoir de le reconnaître pour mon souverain : en conséquence, je n'hésitai pas à me rendre, d'après ses ordres, à la cour de Damas, où Saladin résidait alors.

» Je puis dire que jamais ambassadeur ne reçut un accueil plus distingué que celui que j'obtins à Damas. Dès le jour même de mon arrivée, je fus admis à l'audience du Sultan -, il me reçut dans sa tente, dont le luxe et le faste étaient sévèrement bannis , et où il ne se distinguait lui-même du reste de ses sujets >

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que par une plus grande simplicité dan3 ses habits. En ni'apercevant , il m'honora d'un gracieux sourire ; et le prince sonfrèrcs'avançant vers moi avec cet air de dignité et de franchise qui lui gagne tous les cœurs, me prit par la main et me dit: — Vénérable pontife, en vous envoyant vers nous, les chrétiens nous annoncent enfin qu'ils veulent agir de bonne foi, et que nous pouvons prendre confiance en leurs promesses : mon frère est prêt à écouter vos propositions , et moi à les soutenir auprès de lui. Quoique nous sachions bien que, par votre exemple et votre éloquence, vous attiriez à votre foi presque tous les prisonniers Sarrazins, nous n'ignorons pas non plus que ceux qui demeurent fidèles «à Mahomet n'en 'sont pas moins protégés par vous, et que votre charité s'étend sur tous les malheureux ; aussi recevez-vous dans cette cour les mêmes respects, les mêmes hommages qu'on vous rend sans doute à celle Jérusalem : quiconque sème partout les bienfaits , doit recueillir partout la reconnaissance ; un homme tel que vous

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ne peut avoir que des amis, et je jure , en dépit de la croyance qui nous divise, qu'il n'en trouvera nulle part un plus sincère et plus ardent que Malek Adhel. » La chaleur avec laquelle ce prince prononça ces paroles , émut tous les assistais et me toucha au point de me faire verser quelques larmes. — Peutêtre ; continua l'archevêque, en s'adressant à la reine , votre majesté trouverat-elle que la modestie aurait dû fermer , ma bouche sur de pareils éloges ; mais I c'est bien moins la vanité que le désir de I vous faire connaître Malek-Adhel qui :,l m'engage à les répéter. — Mais, mon 1 pore, interrompit vivement Mathilde, A comment n'avez -vous pas profité de il votre séjour auprès de ce prince pour!

ouvrir ses yeux à la lumière ? — Jegl'ai A tente" plus d'une fois, ma fille, reprit Guillaume: mais sans doute l'instant ni marqué par Dieu n'était pas arrivé en-l Corc : je veux croire qu'il viendra, et'j qu'une âme si magnanime ne resterai pas éternellement dans les ténèbres. ![| ~— Mon père, continua la princesse , ne'l /.-vous pas quelquefois pour sacon-jj:

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version? — Tous les jours, ma fille; car une pareille conversion serait plus utile à la chrétienté que le gain de plusieurs batailles ; et si la reine le permet, chaque matin et chaque soir nous implorerons pour le prince, dans nos prières com infimes, le Dieu des miséricordes. — Bérengère assura qu'elle y consentait de grand cœur, et la princesse ajouta un peu vivement : — Mon père, vous nous continuerez demain votre intéressant récit ; mais maintenant, je crois que l'heure de la prière a sonné. » L'archevêque se leva à ces mots pour commencer les saintes cérémonies ; on assembla tous les chrétiens captifs , qui par leur rang pouvaient être admis en la présence de la reine. On voyait près de l'autel le vieux duc de Norfolk : courbé par le poids des ans , il ne demandait à Dieu qu'assez de vie pour aller mourir dans le camp des chrétiens ; plus loin, quelques femmes éplorées élevaient leurs mains et leurs coeurs vers celui qui pouvait sevil mettre (in à leur esclavage j un peu pins loin, le jeune Josselin de Montmorency,

pâle , faible encore, jetait un regard timide sur la fille des rois , et s'étonnait que le ciel , qui se l'était réservée , eût permis qu'elle tombât sous le joug des infidèles. La reine , prosternée devant son prie-dieu sur des coussins de velours, occupée d'un sentiment unique, I ne pouvait parler et prier que pour un seul objet; tandis qu'agenouillée sur un marbre , Matbilde , du fond d'une conscience tranquille , faisait monter vers le ciel pour la conversion du prince, des prières innocentes et pures qui au l'aient pu se mêler avec celles de»

an ces.

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