LES FOURBERIES DE SCAPIN, ACTE II, SCÈNE II
SCAPIN
JNous trouverons moyen d'accommoder les choses. HYACINTHE, à Zerbiiiefte.
La ressemblance de nos destins doit contribuer encore à faire naître notre amitié ; et nous nous voyons toutes deux dans les mêmes alarmes, toutes deux exposées à la même infortune.
ZEBBINETTE.
Vous avez cet avantage au moins , que vous savez de qui vous êtes née , et que l'appui de vos parents, que vous pouvez faire connaitre, est capable d'ajuster tout, peut assurer votre bonheur, et faire donner un consentement au mariage qu'on trouve fait. Mais , pour moi , je ne rencontre aucun secours dans ce que je puis être; et l'on me voit dans im état qui n'adoucira pas les volontés d'un père qui ne regarde que le bien.
HYACINTHE
Mais aussi avez-vous cet avantage, que l'on ne tente point par un autre parti eélut que vous aimez.
ZEBBINETTE.
Le changement du cœur d'un amant n'est pas ce qu'on peut le plus craindre. On se peut naturellement croire assez de mérite pour garder sa conquête ; et ce que je vois de plus redoutable dans ces sortes d'affaires, c'est la puissance paternelle, auprès de qui tout le mérite ne sert de rien.
HYACINTHE
Hélas ! pourquoi faut-il que de justes inclinations se trouvent traversées ! I,a douce chose que d'aimer , lorsque l'on ne voit point d'obstacle à ces aimables chaînes dont deux cœurs se lient ensemble!
SCAPIN
Vous vous moquez : la tranquillité en amour est un calme désagréable. Un bonheur tout uni nous devient ennuyeux; il faut du haut et du bas dans la vie; et les difficultés qui se mêlent aux choses réveillent les ardeurs, augmentent les plaisirs.
ZEBBINETTE.
Mon Dieu, Scapin, fais-nous un peu ce récit, qu'on m'a dit qui est si plaisant , du stratagème dont tu t'es avisé pour tirer de l'argent de ton vieillard avare. Tu sais qu'on ne perd point sa peine lorsqu'on me fait un conle , et que je le paye assez bien par la joie qu'on m'y voit prendre.
SCAPIN
Voilà Silvestre qui s'en acquittera aussi bien que moi. J'ai dans la tête certaine petite vengeance dont je vais goûter le plaisir.
SILVESTBE.
Pourquoi , de gaieté de cœur, veu.vtu chercher à l'attirer de méchantes affaires ? 'y: ^'-^'■'*^. '^^'■
SCAPIN
Je me plais à tenter des entreprises hasaideuse^.
SILVESTBE.
Je te l'ai déjà dit, tu quitterais le dessein que lu as, si .tu m'en voulais croire.
SCAPIN
Oui : mais c'est moi que j'en croirai.
SILVESTBE.
A quoi diable te vas-tu amuser.'
SCAPIN
De quoi diable te mets-tu en peine?
SILVESTBE.
C'est que je vois que, sans nécessité, tu vas courir risque de t'attirer une venue de coups de bùlon ' .
SCAPIN
Eh bien! c'est au\- dépens de mon dos, et non pas du tien.
SILVESTBE.
Il est vrai que tu es maître de tes épaules, et lu en disposeras comme il te plaira.
SCAPIN
Ces sortes de périls ne m'ont jamais arrêté; et je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoi les suites des choses, n'osent rien entreprendre.
ZEBBINETTE , à ScUpin.
Nous aurons besoin de tes soins.
SCAPIN
Allez. Je vous irai bientôt rejoindre. Il ne sera pas dit qu'impunément on m'ait mis en état de me trahir moi-même , et de découvrir des secrets qu'il était hou qu'on ne sût pas.