LUCILE, ALBERT, VALÈRE, MASCARILLE
MASCARILLE
Seigneur Albert, au moins silence. Enfin, madame, Toute chose conspire au bonheur de votre âme; Et monsieur votre père, averti de vos feux , Vous laisse votre époux , et confirme vos vœux , Pourvu que, bannissant toutes craintes frivoles , Deux mots de votre aveu confirment nos paroles.
LUCILE
Que me vient donc conter ce coquin assuré?
Bon ! me voilà déjà d'un beau titre honoré.
LUCILE
Sachons un peu, monsieur, quelle belle saillie Fait ce conte galant qu'aujourd'hui l'on publie?
VALÈBE.
Pardon , charmant objet ! un valet a parlé ,
LE DEPIT AMOUREUX
Et j'ai vu , malgré moi , notre hymen révélé.
LUCILE
Notre hymen?
VALKBE.
On sait tout , adorable Lucile , Et vouloir déguiser est un soin inutile.
LUCILE
Quoi ! l'ardeur de mes feux vous a fait mon époux ?
VALÈBE.
C'est un bien qui me doit faire mille jaloux : Mais j'impute bien moins ce bonheur de ma flamme A l'ardeur de vos feux qu'aux bontés de votre âme. .Te sais que vous avez sujet de vous fâcher, Que c'était un secret que vous vouliez cacher, Et j'ai de mes transports forcé la violence A ne point violer votre expresse défense; Mais...
Eh bien ! oui , c'est moi ; le grand mal que voilà !
LUCILE
Est-il une imposture égale à celle-là?
Vous l'osez soutenir en ma présence même ,
Et pensez m' obtenir par ce beau stratagème?
O le plaisant amant, dont la galante ardeur
Veut blesser mon honneur au défaut de mon cœur.
Et que mon père , ému de l'éclat d'un sot conte ,
Paye avec mon hymen qui me couvre de honte!
Quand tout contribilrait à votre passion ,
Mon père, les destins, mon inclination.
On me verrait combattre, en ma juste colère,
Mon inclination, les destins, et mon père.
Perdre même le jour, avant quedem'unir
A qui par ce moyen aurait cru m'obtenir.
Allez ; et si mon sexe avecque bienséance
Se pouvait emporter à quelque violence ,
Je vous apprendrais bien à nie traiter ainsi.
VALÈBE , à Mascarille.
C'en est fait , son courroux ne peut être adouci.
MASCABILLE.
Laissez-moi lui parler. Eh ! madame , de grâce , A quoi bon maintenant toute cette grimace? Quelle est votre pensée, et quel bourru transport Contre vos propres vœux vous fait roidir si fort? Si monsieur votre père était homme farouche, 'Passe; mais il permet que la raison le touclie; Et lui-même m'a dit qu'une confession Vous va tout obtenir de son affection.
Vous sentez , je crois bien , quelque petite honte A faire un libre aveu de l'amour qui vous dompte ; Mais s'il vous a fait prendre un peu de liberté, Par un bon mariage on voit tout rajusté; Et quoi que l'on reproche au feu qui vous consomme Le mal n'est pas si grand que de tuer un homme. On sait que la chair est fragile quelquefois.