LES FEMMES SAVANTES, ACTE IV, SCENE III
C'est de vous voir au ciel élever des sornettes Que vous dcsavoûriez , si vous les aviez faites.
PHILAMINTE
Si voiisjuf^ezde lui tout autrement que noiis, C'est que nous le voyons par d'autres yeu.x que vous.
Et l'on ne s'aperçoit jamais qu'on ait un corps.
CLIT ANDRE
Pour moi , par un malheur, je m'aperçois , madame ,
Qiiej'ai, ne vous drplaise, un corps tout comme une
Je sens qu'il y tient trop pour le laisser à part, [rtme;
De ces détachements je ne connais point l'art;
I,e ciel m'a dénié cette philosophie,
Et mon Ame et mon corps marchent de compagnie.
Il n'est rien de plus beau , comme vous avez dit ,
Que ces vœux épurés qui ne vont qu'à l'esprit ,
Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées,
Du commerce des sens si bien débarrassées.
Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés ;
Je suis un peu grossier comme vous m'accusez ;
J'aime avec tout moi-même; et l'amour qu'on me donne
En veut, je le confesse, à toute la personne.
Ce n'est pas là matière à de grands châtiments;
Et, sans faire de tort à vos bons sentiments.
Je vois que, dans le monde, on suit fort ma méthode,
Et que le mariage est assez à la mode,
Passe pour un lien assez honnête et doux ,
Pour avoir désiré de me voir votre époux ,
Sans que la liberté d'une telle pensée
Ait dû vous donner lieu d'en paraître offensée.
ARMANDE
Eh bien! monsieur, eh bien! puisque sans m'écouter, Vos sentiments brutaux veulent se contenter ; Puisque, pour vous réduire à des ardeurs fidèles. Il faut des nœuds de chair, des chaînes corporelles , Si ma mère le veut , je résous mon esprit A consentir pour vous à ce dont il s'agit.
Il n'est plus temps, madame, une autre a pris la place ; Et , par un tel retour, j'aurais mauvaise grAce De maltraiter l'asile et blesser les bontés Où je me suis sauvé de toutes vos fiertés.
PHILAMINTE
Mais enfin comptez-vous, monsieur, sur mon suffrage, Quand vous vous promettez cet autre mariage ? Et , dans vos visions , savez-vous , s'il vous plaît , Que j'ai pour Henriette un autre époux tout prêt?
CLITANDRE
Hé! madame, voyez votre choix, je vous prie; Exposez-moi, de grâce, à moins d'ignominie, Et ne me rangez pas à l'indigne destin De me voir le rival de monsieur Trissotin. [traire, L'amour des beaux esprits , qui chez vous m'est con- Ne pouvait m'opposer un moins noble adversaire. Il en est , et plusieurs, que, pour le bel esprit. Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit ; Mais monsieur Trissotin n'a pu duper personne. Et chacun rend justice aux écrits qu'il nous donne. Hors céans , on le prise en tous lieux ce qu'il vaut ; Et ce qui m'a vingt fois fait tomber de mon haut ,