I.KS FF.MMES SWXNTF.S, ACTK V, SCÈNE II
Mais on voil que l'amour se gouverne autrcmenl. I,aissez-nioi , je vous prie, h mon aveuglement . V'.l ne vous servez point de cette violence (Jue i)Our vous on veut faire à mon obéissance. Quand on est honnête homme , on ne veut rien devoir A ce que des parents ont sur nous de pouvoir. On répugne a se faire inuiioler ee qu'on aime , Kt l'on veut n'obtenir un cœur que de lui-même. Ne poussez point ma mère à vouloir, par son choix , Kxercer sur mes vreu.\ la rigueur de ses droits. Otez-moi votre amour, et portez à quelque autre Les hommages d'un cœur aussi cher que le vôtre.
TRISSOTirV.
T.e moyen que ce cœur puisse vous contenter ?
Imposez-lui des lois qu'il puisse exécuter.
r>e ne vous point aimer peut-il être capable ,
A moins que vous cessiez, madame, d'être aimable,
Kt d'étaler aux yeux les célestes appas?...
HENRIETTE
né! monsieur, laissons là ce galimatias. Vous avez tant d'Iris, de Phiiis , d'Amarantes ■ , Que partout dans vos vers vous peignez si charmantes, j'^t pour qui vous jurez tant d'amoureuse ardeur...
TEISSOTIN.
C'est mon esprit qui parle, et ce n'est pas mon cœur. D'elles on ne me voit amoureux qu'en poëte; Mais j'aime tout de bon l'adorable Henriette.
HENRIETTE
lié ! de grûce , monsieur. . .
THISSOTIN.
Si c'est vous offenser.
Mon offense envers vous n'est pas prête à cesser. Cette ardeur, jusqu'ici de vos yeux ignorée , Vous consacre des vœux d'éternelle durée. Uien n'en peut arrêter les aimables transports ; Et , bien que vos beautés condamnent mes efforts . .Te ne puis refuser le secours d'une mère Qui prétend couronner une flamme si chère; Kt, pourvu que j'obtienne un bonheur si charmant, Pourvu que je vous aie, il n'importe comment.
HENRIETTE
Mais savez-vous qu'on risque un peu plus qu'on ne A vouloir sur un cœur user de violence ; [pen^e , Qu'il ne fait pas bien silr, à vous le trancher net , D'épouser une fdle en dépit qu'elle en ait ; Kt qu'elle peut aller, en se voyant contraindre , A des ressentiments que le mari doit craindre ?
TRISSOTIN
Un tel discours n'a rien dont je sois altéré;
' Cotin avait en effet chanté, sous les noms d'Iris , de Pliilis, d'.\marante, loS pius prandes dames de la cour; et ces dames imaginaient, de la meilleure foi du monde, que rien n'était plus galant que le style de CoUn.
A tous événements le sage est préparé.
Guéri par la raison , des faii)les.ses vuL'aires , 1! se met au-dessus de ces sortes d'affaires , Kt n'a garde de prendre aucune ombre d'ennui De tout ce qui n'est pas pour dépendre de lui.
HENRIETTE
Kn vérité , monsieur, je suis de vous ravie ; Kt je ne pensais pas (jue la philosophie Filt si belle qu'elle est , d'instruire ainsi les gens A porter constanunent de pareils accidents. Cette fermeté d'Ame, à vous si singulière, Mérite qu'on lui donne une illustre matière , Kst digne de trouver qui prenne avec amour Les soins continuels de la mettre en son jour; Kt, comme à dire vrai, je n'oserais me croire Bien propre à lui donner tout l'éclat de sa gloire . Je le laisse à quelque autre, et vousjure, entre nous, Que je renonce au bien de vous voir mon époux.
TEISSOTIN, en sortant.
Nous allons voir bientôt comment ira l'affaire ; Kt l'on a là dedans fait venir le notaire.