MONSIEUR DE BONNEFOI
La coutume y résiste. Si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourrait faire : mais à Paris, et dans les pays coutumiers, au moins dans la plupart, c'est ce qui ne se peut; et la disposition serait nulle. Tout l'avantage qu'homme et femme conjoints par maiiage se peuvent faire l'un à l'autre , c'est un don mutuel entre vifs : encore faut-il qu'il n'y ait enfants
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l.K MALADE IMAGINAIRK, ACTK I, SCÈNE IX.
soit des deirt conjoints, ou dn Piiii d'eux, lors du décès du premiftr mourant ■ .
ABGAN.
Voilà une coutume bien iniportinciito, qu'un mari ne puisse rien laisser h une fenuiic dont il est aimé tendrement, et qui prend de lui tant de soin! J'aurais envie do consulter mon avocat , pour voir comment je pourrais faire.
MONSIEUB DE BONNEFOI.
Ce n'est point à des avocats qu'il faut aller; car ils sont d'ordinaire sévères là-dessus, et s'imaginent que c'est un grand crime que de disposer en fraude de la loi : ce sont gens de difficultés , et qui sont ignorants des détours de la conscience. Il y a d'autres personnes à consulter, qui sont bien plus acconunodantes, qui ont des expédients pour passer doucement par-dessus la loi, et rendre juste ce qui n'est pas permis ; qui savent aplanir les difficultés d'une affaire, et trouver des moyens d'éluder la coutume par quelque avantage indirect. Sans cela , oij en serions-nous tous les jours? Il faut de la facilité dans les choses ; autrement nous ne ferions rien , et je ne donnerais pas un sou de notre métier.
AKGAN.
Ma femme m'avait bien dit, monsieur, que vous étiez fort habile et fort honnête homme. Comment puis-je faire , s'il vous plaît , pour lui donner mon bien et en frustrer mes enfants ?