‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 123 sur 1284 · ACTE IV, SCENE IH · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IH

Ce que de votre cœur a possédé le mien.

Un courroux si constant pour l'ombre d'une offense

M'a trop bien éclairci de votre indifférence.

Et je dois vous montrer que les traits du mépris

Sont sensibles surtout aux généreux esprits.

Je l'avoûrai , mes yeux observaient dans les vôtres

Des charmes qu'ils n'ont point trouvés dans tous les

Et le ravissement où j'étais de mes fers [autres.

Les aurait préférés à des sceptres offerts.

Oui, mon amour pour vous sans doute était extrême,

Je vivais tout en vous; et je l'avoilrai même,

Peut-être qu'après tout j'aurai, quoique outragé,

Assez de peine encore à m'en voir dégagé :

Possible que, malgré la cure qu'elle essaie,

Mon âme saignera longtemps de cette plaie.

Et qu'affranchi d'un joug qui faisait tout mon bien ,

Il faudra me résoudre à n'aimer jamais rien.

Mais enfin il n'importe; et puisque votre haine

Chasse un cœur tant de fois que l'amour vous ramène.

C'est la dernière ici des importunités

Que vous aurez jamais de mes vœux rebutés.

LUCILE

Vous pouvez faire aux miens la griice tout entière , Monsieur, et m'cpargner encor cette dernière.

ERASTE

Eh bien ! madame, eh bien ! ils seront satisfaits. Je rnmps avecque vous, et j'y romps pour jamais, Puisque vous le voulez. Que je perde la vie Lorsque de vous parler je reprendrai l'envie!

LUCILE

Tant mieux; c'est m'obliger.

ÉRASTE

Non , non , n'ayez pas peur Que je fausse parole ; eussé-je un faible cœur Jusques à n'en pouvoir effacer votre image , Croyez que vous n'aurez jamais cet avantage Dénie voir revenir.

LUCILE

Ce serait bien en vain.

ÉBASTE.

Sloi-même de cent coups je percerais mon sein , Si j'avais jamais fait cette basses.se insigne De vous revoir après ce traitement indigne.

Soit, n'en parlons donc plus.

ÉRASTE

Oui , oui , n'en parlons plus ; Et pour trancher ici tous propos superflus , Et vous donner, ingrate, une preuve certaine Que je veux sans retour sortir de votre chaîne, Je ne veux rien garder qui puisse retracer Ce que de mon esprit il me faut effacer. Voici votre portrait ; il présente à la vue Cent charmes merveilleux dont vous êtes pourvue;

LE DÉPIT AMOUREUX

Mais il cache sous eux cent défauts aussi grands, Et c'est un imposteur enfin que je vous rends.

GBOS-RENB.

Bon!

LLXILE.

Et moi, pour vous suivre audesseinde tout rendre, Voilà le diamant que vous«i'aviez fait prendre.

MABINETTE.

Fort bien !

ÉEASTi:.

Il est à vous encor ce bracelet.

tUCILE.

Et cette agate à vous , qu'on fit mettre en cachet. ÉBASTE lit.

Il Vous m'aimez d'une amour extrême, « Éraste , et de mon coeur voulez être éelairci ;

« Si je n'aime Éraste de même , o Au moins aimé-je fort qu'Éraste m'aime ainsi.

n LUCILE. »

Vous m'assuriez par là d'agréer mon service ; C'est une fausseté digne de ce supplice.

( // déchire la lettre. ) LUCILE lit.

« J'ignore le destin de mon amour ardente, « Et jusqu'à quand je souffrirai ; « Mais je sais , ô beauté charmante , >' Que toujours je vous aimerai.

« ÉBASTE. »

Voilà qui m'assurait à jamais de vos feux ; Et la main et la lettre ont menti toutes deux.

( Elle déchire la lettre. )

GBOS-BEJiÉ.

Poussez.

ÉBASTE.

Elle est de vous. Suffit, même fortune.

MAJtlNEITE , à Lucile.

Ferme.

LUCILE

J'aurais regret d'en épargner aucune.

GKOS-BENÉ , à Éraste.

N'ayez pas le dernier.

MABisETTE , à Lucile.

Tenez bon jusqu'au bout.

LCCILE.

Enfin voilà le reste.

ÉBASTE.

Et , grâce au ciel , c'est tout.

Je sois exterminé , si je ne tiens parole!

LUCILE

Me confonde le ciel , si la mienne est frivole !

ÉRASTE

Adieu donc.

LUCILE

Adieu donc.

MAKINETTE , a Lucik.

Voilà qui va des mieux.

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