ACTE IV, SCENE IV
A ma sotte maîtresse. Ardez' le beau museau, Pour nous donner envie encore de sa peau! Moi , j'aurais de l'amour pour ta chieime de face? IMoi , je te chercherais? Ma foi ! l'on t'en frieasse Des filles comme nous.
GKOS-BENK.
Oui! tu le prends par là?
Tiens, tiens , sans y chercher tant de façon, voilà Ton beau galant ' de neige, avec ta nonpareille ; Il n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille.
MABINETTE.
Et toi , pour te montrer que tu m'es à mépris , Voilà ton denii-cent d'épingles de Paris , Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.
GROS-BENÉ
Tiens encor ton couteau. La pièce est riche et rare; Il te coûta six blancs lorsque tu m'en fis don.
MABINETTE.
Tiens tes ciseaux , avec ta chaîne de laiton.
GBOS-BENÉ.
J'oubliais d'avant-liier ton morceau de fromage. Tiens. Je voudrais pouvoir rejeter le potage Que tu me fis manger, pour n'avoir rien à toi.
MABINETTE.
Je n'ai point maintenant de tes lettres sur moi ; Mais j'en ferai dufeu jusques à la dernière.
GBOS-BENÉ.
Et des tiennes tu sais ce que j'en saurai faire.
MABINETTE.
Prends garde à ne venir jamais me reprier.
GBOS-BENÉ.
Pour couper tout chemin à nous rapatrier. Il faut rompre la paille. Une paille rompue Rend , entre gens d'honneur, une affaire conclue '. Ne fais point les doux yeux ; je veux être fâché.
MABINETTE.
Ne me lorgne point , toi ; j'ai l'esprit trop touché.
GBOS-BENÉ.
Romps; voilà le moyen de ne s'en plus dédire; Romps. Tu ris , bonne bête !
' Arder, abréviation de regardtT.
' Du temps de Molière on disait un galant, pour tin nœud (te ruban,
3 L'usage de briser une paille , pour exprimer que tous les serments sont rompus, remonte aux premiers temps de la monarchie. On >oit , dès 922, les seigneurs français , convoques au champ de mai par Charles le Simple, lui reprocher les concessions faites à Raoul , chef des Normands , puis s'avancer au pied du trône, et brisant des pailles qu'ils tenaient dans leurs mains, déclarer par cette seule action que Charles avait cessé d'être leur roi. Bellingen a trouvé l'origine de cet usage dans le droit civil romain. Un homme qui faisait l'abandon de son bien à ses créanciers, était obligé de rompre un fétu de paille sur leseuU de sa maison , ce qui voulait dire qu'il faisait fau\ bond aux marchands , affront à ses amis , honte à ses parents , et rompait a vec tous.
LE DEPIT AMOUREUX
MARINETTE
Oui , car tu me fais rire.
GBOS-RENÉ.
La peste soit ton ris ! voilà tout mon courroux Déjà duleifié. Qu'en dis-tu? romprons-nous, Ou ne romprons-nous pas?
MAHINETTE.
Vois.
GEOS-KENÉ.
Vois, toi.
MABINETTE.
Vois toi-même.
GEOS-BENÉ.
Est-ce que tu consens que jamais je ne t'aime?
MABINETTE.
Moi ? ce que tu voudras.
GEOS-BENÉ.
Ce que tu voudras , toi .
Dis.
MABINETTE.
Je ne dirai rien.
GEOS-BENÉ.
Ni moi non plus.
MABINETTE.
Ni moi.
GROS-BENÉ
Ma foi , nous ferons mieux de quitter la grimace. Touche, je te pardonne.
MARINETTE
Et moi , je te fais grâce.
GBOS-BENÉ.
Mon Dieu ! qu'à tes appas je suis accoquiné !
MABINETTE.
Que Marinette est sotte après son Gros-René !