‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 126 sur 1284 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

A ma sotte maîtresse. Ardez' le beau museau, Pour nous donner envie encore de sa peau! Moi , j'aurais de l'amour pour ta chieime de face? IMoi , je te chercherais? Ma foi ! l'on t'en frieasse Des filles comme nous.

GKOS-BENK.

Oui! tu le prends par là?

Tiens, tiens , sans y chercher tant de façon, voilà Ton beau galant ' de neige, avec ta nonpareille ; Il n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille.

MABINETTE.

Et toi , pour te montrer que tu m'es à mépris , Voilà ton denii-cent d'épingles de Paris , Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.

GROS-BENÉ

Tiens encor ton couteau. La pièce est riche et rare; Il te coûta six blancs lorsque tu m'en fis don.

MABINETTE.

Tiens tes ciseaux , avec ta chaîne de laiton.

GBOS-BENÉ.

J'oubliais d'avant-liier ton morceau de fromage. Tiens. Je voudrais pouvoir rejeter le potage Que tu me fis manger, pour n'avoir rien à toi.

MABINETTE.

Je n'ai point maintenant de tes lettres sur moi ; Mais j'en ferai dufeu jusques à la dernière.

GBOS-BENÉ.

Et des tiennes tu sais ce que j'en saurai faire.

MABINETTE.

Prends garde à ne venir jamais me reprier.

GBOS-BENÉ.

Pour couper tout chemin à nous rapatrier. Il faut rompre la paille. Une paille rompue Rend , entre gens d'honneur, une affaire conclue '. Ne fais point les doux yeux ; je veux être fâché.

MABINETTE.

Ne me lorgne point , toi ; j'ai l'esprit trop touché.

GBOS-BENÉ.

Romps; voilà le moyen de ne s'en plus dédire; Romps. Tu ris , bonne bête !

' Arder, abréviation de regardtT.

' Du temps de Molière on disait un galant, pour tin nœud (te ruban,

3 L'usage de briser une paille , pour exprimer que tous les serments sont rompus, remonte aux premiers temps de la monarchie. On >oit , dès 922, les seigneurs français , convoques au champ de mai par Charles le Simple, lui reprocher les concessions faites à Raoul , chef des Normands , puis s'avancer au pied du trône, et brisant des pailles qu'ils tenaient dans leurs mains, déclarer par cette seule action que Charles avait cessé d'être leur roi. Bellingen a trouvé l'origine de cet usage dans le droit civil romain. Un homme qui faisait l'abandon de son bien à ses créanciers, était obligé de rompre un fétu de paille sur leseuU de sa maison , ce qui voulait dire qu'il faisait fau\ bond aux marchands , affront à ses amis , honte à ses parents , et rompait a vec tous.

LE DEPIT AMOUREUX

MARINETTE

Oui , car tu me fais rire.

GBOS-RENÉ.

La peste soit ton ris ! voilà tout mon courroux Déjà duleifié. Qu'en dis-tu? romprons-nous, Ou ne romprons-nous pas?

MAHINETTE.

Vois.

GEOS-KENÉ.

Vois, toi.

MABINETTE.

Vois toi-même.

GEOS-BENÉ.

Est-ce que tu consens que jamais je ne t'aime?

MABINETTE.

Moi ? ce que tu voudras.

GEOS-BENÉ.

Ce que tu voudras , toi .

Dis.

MABINETTE.

Je ne dirai rien.

GEOS-BENÉ.

Ni moi non plus.

MABINETTE.

Ni moi.

GROS-BENÉ

Ma foi , nous ferons mieux de quitter la grimace. Touche, je te pardonne.

MARINETTE

Et moi , je te fais grâce.

GBOS-BENÉ.

Mon Dieu ! qu'à tes appas je suis accoquiné !

MABINETTE.

Que Marinette est sotte après son Gros-René !

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