‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 133 sur 1284 · ASCAGNE, FROSINE · texte numérisé non relu

ASCAGNE, FROSINE

ASCAGNE

Est-il bien vrai , Frosine , et ne rêvé-je point.' De grâce, contez-moi bien tout de point en point.

FBOSI^E.

Vous en saurez assez le détail , laissez faire.

Ces sortes d'incidents ne sont , pour l'ordinaire ,

Que redits trop de fois de moment en moment.

Suffit que vous sachiez qu'après ce testament

Qui voulait un garçon pour tenir sa promesse,

De la femme d'Albert la dernière grossesse

K'accoucha que de vous , et que lui , dessous main ,

Ayant depuis longtemps concerté son dessein ,

Fit son fils de celui d'Ignés la bouquetière,

Qui vous donna pour sienne à nourrir à ma mère.

La mort ayant ravi ce petit innocent

Quelque dix mois après , Albert étant absent ,

La crainte d'un époiLx et l'amour'maternelle ,

Firent l'événement d'une ruse nouvelle.

Sa femme en secret lors se rendit son vrai sang ,

Vous devîntes celui qui tenait votre rang;

Et la mort de ce fils mis dans votre famille

Se couvrit pour Albert de celle de sa fille.

Voilà de votre sort un mystère éclairci ,

Que votre feinte mère a caché jusqu'ici ;

Elle en dit des raisons , et peut en avoir d'autres ,

Par qui ses intérêts n'étaient pas tous les vôtres.

Enfin cette visite, où j'espérais si peu,

Plus qu'on ne pouvait croire a servi votre feu.

Cette Ignés vous relâche , et , par votre autre affaire ,

L'éclat de son secret devenu nécessaire.

Nous en avons nous deux votre père informé;

Un billet de sa femme a le tout confirmé ;

Et poussant plus avant encore notre pointe ,

Quelque peu de fortune à notre adresse jointe ,

Aux intérêts d'Albert , de Polidore , après ,

Nous avons ajusté si bien les intérêts ,

' Ce motsignilie l'affectation d'ane conteDance humble, douce et fl.îttcuse , pour tromper quelqu'un , ou pour aUraper quelque chose. C'est un composé de C(7/«, chatte ^ et de mitts, doux Rien ne pouvait mieux exprimer une mine douce et flatteuse que ces deux mots joints ensemble. ( Mém. )

, ACTE V, SCÈNE VIL es

Si doucement à lui déployé ces mystères , Pour n'effaroucher pas d'abord trop les affaires ; Enfin , pour dire tout , mené si prudemment Son esprit pas à pas à l'accommodement , Qu'autant que votre père il montre de tendresse A confirmer les nœuds qui font votre allégresse.

ASCAGRE.

Ah! Frosine, la joie où vous m'acheminez... Eh ! que ne dois-je point à vos soins fortunés !

FROSINE

Au reste , le bon homme est en humeur de rire , Et pour son fils encor nous défend de rien dire.

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