‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 137 sur 1284 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ALBERT, POLIDORE, ASCAGNE, LUCILE, ÉRASTE, VALÈRE, FROSINE , MARI- NETTE, GROS-RENÉ, JIASCARILLE.

VALÈBE.

Il ne le fera pas , Quand il joindrait au sien encor vingt autres bras. Je le plains de défendre une sœur criminelle ; Mais puisque son erreur me veut faire querelle, Nous le satisferons, et vous, mon brave, aussi.

ÉBASTE.

Je prenais intérêt tantôt à tout ceci ;

Mais enfin, comme Ascagne a pris sur lui l'affaire.

Je ne veux plus en prendre, et je le laisse faire.

VALÈRE

C'est bien fait ; la prudence est toujours de saison.

Mais...

ERASTE

Il saura pour tous vous mettre à la raison.

LE DÉPIT AMOUREUX

VALÈRE

Lui?

POLIDORE

Ne t'y trompe pas , tu ne sais pas encore Quel étrange garçon est Ascagne.

Il l'ignore; Mais il pourra dans peu le lui faire savoir.

VALÈBE.

Sus donc , que maintenant il me le fasse voir.

MABINETTE.

Aux yeux de tous.'

GROS-BENÉ

Cela ne serait pas honnête.

VALÈBE.

Se nioque-t-on de moi? Je casserai la tête A quelqu'un des rieurs. Enfin, voyons l'effet.

ASCAGNE

Non , non , je ne suis pas si méchant qu'on me fait ;

Et , dans cette aventure où chacun m'intéresse ,

Vous allez voir plutôt éclater ma faiblesse ,

Connaître que le Ciel , qui dispose de nous ,

Ne me fit pas un cœur pour tenir contre vous ,

Et qu'il vous réservait , pour victoire facile ,

De finir le destin du frère de Lucile.

Oui , bien loin de vanter le pouvoir de mon bras,

Ascagne va par vous recevoir le trépas :

Mais il veut bien mourir, si sa mort nécessaire

Peut avoir maintenant de quoi vous satisfaire,

En vous donnant pour femme , en présence de tous ,

Celle qui justement ne peut être qu'à vous.

VALÈBE.

Non , quand toute la terre , après sa perfidie Et les traits effrontés...

ASCAGNE

Ah! souffrez que je die, Valère , que le cœur qui vous est engagé D'aucun crime envers vous ne peut être chargé; Sa flamme est toujours pure et sa constance extrême; Et j'en prends à témoin votre père lui-même.

POLIDOKE.

Oui , mon fils , c'est assez rire de ta fureur , Et je vois qu'il est temps de te tirer d'erreur. Celle à qui par serment ton âme est attachée Sous l'habit que tu vois à tes yeux est cachée; Un intérêt de bien , dès ses plus jeunes ans , Fit ce déguisement qui trompe tant de gens , Et depuis peu l'amour en a su faire un autre Qui t'abusa , joignant leur famille à la nôtre. Ne va point regarder à tout le monde aux yeux, .le te fais maintenant un discours sérieux. Oui , c'est elle , en un mot , dont l'adresse subtile , La nuit , reçut ta foi sous le nom de Lucile , Et qui , par ce ressort qu'on ne comprenait pas ,

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