‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 142 sur 1284 · LA GRANGE, DU CROISY · texte numérisé non relu

LA GRANGE, DU CROISY

DU CHOISY

Seigneur la Grange....

LA GRANGE

Quoi ?

DU CEOISY.

Regardez-moi un peu sans rire.

LA GRANGE

Eh bien?

DU CROISY

Que dites-vous de notre visite? En êtes-vous fort satisfait .'

LA GRANGE

A votre avis, avons-nous sujet de l'être tous deu.\?

DU CROISY

Pas tout à fait , à dire vrai.

LA GRANGE

Pour moi , je \ous avoue que j'en suis tout scandalisé. A-t-on jamais vu, dites-moi, deux pecques ' provinciales faire plus les renchéries que celles-là, et deux hommes traités avec plus de mépris que nous.^ A peine ont-elles pu se résoudre à nous faire donner des sièges. Je n'ai jamais vu tant parler à l'oreille qu'elles ont fait entre elles, tant bâiller, tant se frotter les yeux , et demander tant de fois , Quelle heure est-il? Ont-elles répondu que oui et non à tout ce que nous avons pu leur dire? Et ne in'avouerezvous pas enfin que, quand nous aurions été les der-

' Le Ducliat donne à ce mot la même signification qu'au mot pécore. Ne viendrait-il pas du mot italien pecca, vice, défaut, ou du mol latin /)ii'i(s, dont on a (ail pécore? ( B. )

nières personnes du monde , on ne pouvait nous faire pis qu'elles ont fait?

DU CROISY

Il me semble que vous prenez la chose fort à coeur.

LA GRANGE

Sans doute, je l'y prends, et de telle façon, que je me veux venger de cette impertinence. Je connais ce qui nous a fait mépriser. L'air précieux n'a pas seulement infecté Paris, il s'est aussi répandu dans les provinces , et nos donzelles ridicules en ont humé leur bonne part. En un mot, c'est un ambigu' de précieuse et de coquette que leur personne. Je vois ce qu'il faut être pour en être bien re(;u; et, si vous m'en croyez, nous leur jouerons tous deux une pièce qui leur fera voir leur sottise, et pourra leur apprendre à connaître un peu mieux leur inonde.

DU CROISY

Et comment , encore?

LA GRANGE

J'ai un certain valet, nommé IMascarille, qui passe, au sentiment de beaucoup de gens, pour une manière de bel esprit ; car il n'y a rien à meilleur marché que le bel esprit maintenant. C'est un extravagant qui s'est mis dans la tête de vouloir faire l'homme de condition. Il se pique ordinairement de galanterie et de vers, et dédaigne les autres valets, jusqu'à les appeler brutaux.

DU CROISY

Eh bien ! qu'en prétendez-vous faire ?

LA GRANGE

Ce que j'en prétends faire ? Il faut... Mais sortons d'ici auparavant.

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