MASCARILLE, DEUX PORTEURS
MASCARILLE
Holà! porteurs, holà! Là, là, là, là, là, là. Je pense que ces marauds-là ont dessein de me briser , à force de heurter contre les murailles et les pavés.
PREMIER PORTEUR
Dame ! c'est que la porte est étroite. Vous avez voulu aussi que nous soyons entrés jusqu'ici.
MASCARILLE
Je le crois bien. Voudriez-vous , faquins , que j'exposasse l'embonpoint de mesi plumes aux inclémences de la saison pluvieuse, et que j'allasse imprimer mes souliers en boue? Allez , ôtez votre chaise d'ici.
DEUXIÈME PORTEUR
Payez-nous donc , s'il vous plaît, monsieur.
MASCARILLE
Hein?
DEUXIÈME PORTEUR
Je dis , monsieur , que vous nous donniez de l'argent , s'il vous plaît.
MASCARILLE , lui donnant un soufflet.
Comment, coquin! demander de l'argent aune personne de ma qualité!
DEUXIÈME PORTEUR
Est-ce ainsi qu'on paye les pauvres gens? et votre qualité nous donne-t-elle à dîner?
MASCARILLE
Ah! ah! je vous apprendrai à vous connaître! Ces canailles-là s'osent jouer à moi !
PREMIER PORTEUR, prenant un des bâtons de sa chaise.
Çà , payez-nous vitement.
MASCARILLE
Quoi?
PREMIER PORTEUR
Je dis que je veux avoir de l'argent tout à l'heure.
MASCARILLE
Il est raisonnable, celui-là.
PREMIER PORTEUR
Vite donc !
MASCARILLE
Oui-da ! tu parles comme il faut , toi ; mais l'autre est un coquin qui ne sait ce qu'il dit. Tiens, es-tu content?
n'y a de vraie religion que celle des chrétiens, il n'y a aussi que leur langage qui doive cire entendu. ( Le Dit.h. )
LES PRÉCIEUSES RIDICULES, SCÈNE X
PREMIER PORTEUR
Non, je ne suis pns content; vous avez donné un soufflet à mon camarade, et. ..{levant son bâton. )
MASCARILLE
Doucement ! tiens , voilà pour le soufflet. On obtient tout de moi quand on s'y prend de la bonne fac.on. Allez, venez me reprendre tantôt pour aller au Louvre, au petit coucher.