SCENE XVI
DU CROISY, LA GRANGE, JIA DELON, CA- THOS, CELIMÈNE, LUCILE, MASCARILLE, JODELET, MAROTTE , VIOLONS.
LA GRANGE
Ma foi, marauds, vous ne vous rirez pas de nous, je vous promets. Entrez, vous autres.
( Trois ou quatre spadassins entrent. )
MADELON
Quelle est donc cette audace, de venir nous troubler de la sorte dans notre maison ?
DU CROisy.
Comment, mesdames, nous endurerons que nos laquais soient mieux reçus que nous; qu'ils viennent vous faire l'amour à nos dépens, et vous donner le bal?
MADELON
Vos laquais ?
LA GRANGE
Oui , nos laquais : et cela n'est ni beau ni honnête de nous les débaucher comme vous faites.
O ciel ! quelle insolence !
LA GRANGE
Mais ils n'auront pas l'avantage de se servir de nos habits pour vous donner dans la vue; et si vous les voulez aimer, ce sera, ma foi, pour leurs beaux yeux. Vite, qu'on les dépouille sur-le-champ.
JODELET
Adieu notre braverie.
MASCARILLE
Voilà le marquisat et la vicomte à bas.
DU CROISV.
Ah ! ah ! coquins , vous avez l'audace d'aller sur nosbrisées ! vous irez chercher autre part de quoi vous rendre agréables aux yeux de vos belles , je vous en assure.
LA G RANGE
C'est trop que de nous supplanter, et de nous supplanter avec nos propres habits.
MASCARILLE
O fortune ! quelle est ton inconstance !
DU CBOISY.
Vite, qu'on leur ôte jusqu'à la moindre chose.
LA GRANGE
Qu'on emporte toutes ces bardes, dépêchez. Maintenant, mesdames, en l'état qu'ils sont, vous pouvez continuer vos amours avec eux tant qu'il vous plaira ; nous vous laissons toute sorte de liberté pour cela , et nous vous protestons , monsieur et moi , que nous n'en serons aucunement jaloux.
LES PRÉCIEUSES RIDICULES, SCENE XLX