SCÈNE II
CÉLIE, LA SUIVANTE de célie.
LA. SUIVANTE
Quoi ! refuser, madame , avec cette rigueur, [cœur !
Ce que tant d'autres gens voudraient de tout leur
A des offres d'hymen répondre par des larmes,
Et tarder tant à dire un oui si plein de charmes !
Hélas 1 que ne veut-on aussi me marier !
Ce ne serait pas moi qui se ferait prier :
Et loin qu'un pareil oui me donnât de la peine,
Croyez que j'en dirais bien vite une douzaine.
Le précepteur qui fait répéter la leçon
A votre jeune frère a fort bonne raison
Lorsque , nous discourant des choses de la terre ,
Il dit que la femelle est ainsi que le lierre.
Qui croit beau tant qu'à l'arbre il se tient bien serré ,
Et ne profite point s'il en est séparé.
Il n'est rien de plus vrai , ma très-chère maîtresse ,
Et je l'éprouve en moi , chétive pécheresse.
Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin !
Mais j'avais , lui vivant , le teint d'un chérubin ,
L'embonpoint merveilleux, l'œil gai, l'âme contente;
Et je suis maintenant ma commère dolente.
Pendant cet heureux temps , passé comme un éclair,
Je me couchais sans feu dans le fort de l'hiver;
Sécher même les draps me semblait ridicule,
Et je tremble à présent dedans la canicule.
Enfin il n'est rien tel, madame, croyez-moi.
Que d'avoir un mari la nuit auprès de soi ,
LE COCL LMAGLNAIKE, SCii>E IV.
Ne filt-ce que pour l'heur d'avoir qui vous salue U'un, Dieu vous soit en aide, alors qu'on éternue.
CELFE.
Peux-tu me conseiller de commettre un forfait, D'abandonner Lélie, et prendre ce mal fait.'
LA. SUIVA.>TE.
Votre Lélie aussi n'est , ma foi , qu'une bête, l'uisque si hors de temps son vovage l'an été; Kl la jiraiide longueui- de son éloignement Me le fait soupi.onrier de quelque chaiisement. CELIE, lui moutiunt te portrait de Létle. Ah ! ne m'accable point par ce triste présage. Vois attentivement les traits de ce visage, Ils jurent à mon cœur d'éternelles ardeurs ; Je veux croire, après tout, qu'ils iiesont pas menteurs, Et que , comme c'est lui que l'art y représente, Il conserve à mes feux une amitic constante.
LA SUIVANTE
Il est vrai que ces traits marquent un digne amant. Et que vous avez lieu de l'aimer tendrement.
CELIE
Et cependant il faut... Ah I soutiens-moi.
{Elle laisse tomber leportraitde Lille.)
LA Sl)IVA?iTE.
Madame,
D'oîi vous pourrait venir... Ah! bonsdieux! elle pâme! Hé! vite, holà! quelqu'un.