‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 166 sur 1284 · LA FEMME DE SGANARELLE · texte numérisé non relu

LA FEMME DE SGANARELLE

11 s'est subitement éloigné de ces lieux ,

Et sa fuite a trompé mon désir curieux :

l\Iais de sa trahison je ne suis plus en doute ,

Et le peu que j'ai vu me la découvre toute.

Je ne m'étonne plus de l'étrange froideur

Dont je le vois répondre à ma pudique ardeur :

Il réserve, l'ingrat, ses caresses à d'autres,

Et nourrit leurs plaisirs par le jeûne des nôtres.

Voilà de nos maris le procédé commun ;

Ce qui leur est permis leur devient importun.

Dans les commencements ce sont toutes merveilles;

Ils témoignent pour nous des ardeurs nonpareilles ;

Mais les traîtres bientôt se lassent de nos feux ,

Et portent autre part ce qu'ils doivent chez eux.

Ah ! que j'ai de dépit que la loi n'autorise

A changer de mari comme on fait de chemise !

Cela serait commode; et j'en sais telle ici

Qui , comme moi , ma foi , le voudrait bien aussi.

( En ramassantleporlraitijue Cclieavaillaissétomber. )

Mais quel est ce bijou que le sort me présente?

L'émail en est fort beau, la gravure charmante.

Ouvrons.

SGANARELLE, LA FEMME de sganarelle.

SGANAHELLE , se croijant seul.

On la croyait morte, et ce n'était rien. Il n'en faut plus qu'autant , elle se porte bien. Mais j'aperçois ma femme.

LA FEMME DE sùAHARt-LLi-. , se croi/aut seu!e. Ociel! c'est miniature!

Et voilà d'un bel homme une vive peinture ! SGANAEELLE , à part, et regardant par-dessus répaule de sa femme.

Que considère-t-elle avec attention ?

Ce portrait , mon honneur , ne nous dit rien de bon. D'un fort vilain soupçon je me sens l'Sme émue.

AlKE, SCENE VI. 103

LA FEMME DE SGAKABELLE, saiis apercevoir son

mari.

.îamais rien de plus beau ne s'offrit à ma vue ; Le travail plus que l'or s'en doit encor priser. Oh ! que cela sent bon !

SG ANABELLE , à part.

Quoi! peste, le baiser!

Ah! j'en tiens!

LA FEMME DE SG ANABELLE /JOWSW'/.

Avouons qu'on doit être ravie Quand d'un homme ainsi fait on se peut voir servie , Et que s'il en contait avec attention , Le penchant serait grand à la tentation. Ah! que n'ai-je un mari d'une aussi bonne mine! Au lieu de mon pelé , de mon rustre...

SGAN AEELLE , M arrachant le portrait.

Ah , mâtine !

Nous vous y surprenons en faute contre nous, Et diffamant l'honneur de votre cher époux. Donc, à votre calcul, ô ma trop digne femme, [me } Monsieur, tout bien compté , ne vaut pas bien madu- Et , de par Belzébut , qui vous puisse emporter , Quel plus rare parti pourriez-vous souhaiter? Peut-on trouver en moi quelque chose à redire ? Cette taille , ce port , que tout le monde admire , Ce visage, si propre à donner de l'amour, Pour qui mille beautés soupirent nuit et jour; Bref, en tout et partout , ma personne charmante N'est donc pasun morceau dont vous soyez contente? Et pour rassasier votre appétit gourmand , Il faut joindre au mari le ragoût d'an galant ?

LA FEMME DE SGA^'ABELLE.

J'entends à demi-mot oii va la raillerie, l'u crois par ce moyen...

SGANABELLE.

A d'autres , je vous prier La chose est avérée, et je tiens dans mes mains Un bon certilicat du mal dont je me plains.

LA FEMME DE SGAN AEKLLE.

Mon courroux n'a déjà que trop de violence , Sans le charger encor d'une nouvelle offense. Écoute , ne crois pas retenir mon bijou , Et songe un peu...

SGANARELLE

Je songe à te rompre le cou.

Que ne puis-je , aussi bien que je tiens la copie. Tenir l'original!

Page 1