‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 195 sur 1284 · DON GARCIE DE NAVARRE, ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

DON GARCIE DE NAVARRE, ACTE I, SCÈNE III

Et qu'ils osent briguer, par d'illustres services , D'un frère et d'un État les suffrages propices.

DONE ELVIBE. [droits,

.Te sais que vous pouvez, prince, en vengeant nos Faire pour votre amour parler cent beaux exploits : Mais ce n'est pas assez pour le prix qu'il espère. Que l'aveu d'un État et la faveur d'un frère. Done Elvire n'est pas au bout de cet effort , Et je vous vois à vaincre un obstacle plus fort.

DON GAKCIE.

Oui , madame , j'entends ce que vous voulez dire. Je sais bien que pour vous mon cœur en vain soupire ; Et l'obstacle puissant qui s'oppose à mes feux , Sans que vous le nommiez , n'est pas secret pour eux.

DO?iE ELVIBE.

Souvent on entend mal ce qu'on croit bien entendre ; Et par trop de cbaleur, prince, on se peut méprendre. Mais , puisqu'il faut parler , désirez-vous savoir Quand vous pourrez me plaire, et prendre quelque

DON GARCIE. [CSpoir?

Ce me sera, madame, une faveur extrême.

DONE ELVIBE.

Quand vous saurez m'aimer comme il faut que l'on DON GABCIE. [aime.

Eh! que peut-on , hélas ! observer sous les cieux Qui ne cède à l'ardeur que m'inspirent vos yeux ?

DONE ELVIBE.

Quand votre passion ne fera rien paraître Dont se puisse indigner celle qui l'a fait naître.

DON GABCIE.

C'est là son plus grand soin.

DONE ELVIBE.

Quand tous ses mouvements Ne prendront point de moi de trop bas sentiments.

DON GABCIE.

Ils vous révèrent trop.

DONE ELVIBE.

Quand d'un injuste ombrage Votre raison saura me réparer l'outrage. Et que vous bannirez enfin ce monstre affreux Qui de son noir venin empoisonne vos feux , Cette jalouse humeur dont l'importun caprice Aux vœux que vous m'offrez rend un mauvais office. S'oppose à leur attente , et contre eux , à tous coups , Arme les mouvements de mon juste courroux.

DON GABCIE.

Ah ! madame, il est vrai , quelque effort que je fasse, Qu'un peu de jalousie en mon cœur trouve place. Et qu'un rival , absent de vos divins appas , Au repos de ce cœur vient livrer des combats. Soit caprice ou raison , j'ai toujours la croyance Que votre âme en ces lieux souffre de son absence, Et que, malgré mes soins, vos soupirs amoureux Vont trouver à tous coups ce rival trop heureux.

Mais si de tels soupçons ont de quoi vous déplaire, Il vous est bien facile, hélas! de m'y soustraire; Et leur bannissement , dont j'accepte la loi , Dépend bien plus de vous qu'il ne dépend de moi ; Oui , c'est vous qui pouvez , par deux mots pleins de Contre la jalousie armer toute mon âme , [llamme , Et, des pleines clartés d'un glorieux espoir. Dissiper les horreurs qiie ce monstre y fait choir. Daignez donc étouffer le doute qui m'accable, Et faites qu'un aveu d'une bouche adorable Me donne l'assurance , au fort de tant d'assauts , Que je ne puis trouver dans le peu que je vaux.

DONE ELVIBE.

Prince , de vos soupçons la tyrannie est grande : Au moindre mot qu'il dit, un cœur veut qu'on l'eii- Et n'aime pas ces feux dont l'importunité [tende . Demande qu'on s'explique avec tant de clarté. Le premier mouvement qui découvre notre âme Doit d'un amant discret satisfaire la flamme ; Et c'est à s'en dédire autoriser nos vœux , Que vouloir plus avant pousser de tels aveux, .le ne dis point quel choix , s'il m'était volontaire , Entre don Sylve et vous mon âme pourrait faire ; Riais vouloir vous contraindre à n'être point jaloux Aurait dit quelque chose à tout autre que vous ; Et je croyais cet ordre un assez doux langage , Pour n'avoir pas besoin d'en dire davantage. Cependant votre amour n'est pas encor content ; Il demande un aveu qui soit plus éclatant; Pour l'ôter de scrupule , il me faut à vous-même , En des termes exprès , dire que je vous aime ; Et peut-être qu'encor , pour vous en assurer. Vous vous obstineriez à m'en faire jurer.

Eh bien! madame, eh bien! je suis trop téméraire : De tout ce qui vous plaît je dois me satisfaire. Je ne demande point de plus grande clarté; Je crois que vous avez pour moi quelque bonté , Que d'un peu de pitié mon feu vous sollicite , Et je me vois heureux plus que je ne mérite. C'en est fait, je renonce à mes soupçons jaloux ; L'arrêt qui les condamne est un arrêt bien doux , Et je reçois la loi qu'il daigne me prescrire. Pour affranchir mon cœur de leur injuste empire.

DONE ELVIBE.

Vous promettez beaucoup , prince, etje doute fort Si vous pourrez sur vous faire ce grand effort.

DON GARCIE

Ah! madame, il suffit, pour me rendre croyable. Que ce qu'on vous promet doit être inviolable , Et que l'heur d'obéir à sa divinité Ouvre aux plus grands efforts trop de facilité. Que le ciel me déclare une éternelle guerre. Que je tombe à vos pieds d'un éclat de tonnerre;

DON GARCrE DE iNAVARRE, ACTE 1, SCÈNE V.

( )u , pour périr encor par de plus rudes coups , Puissc-je voir sur moi fondre votre eoiirroux , Si jamais mon amour descend à la faiblesse De manquer au devoir d'une telle promesse; Si jamais dans mon âme aucun jaloux transport Tait...

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