‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 199 sur 1284 · DONE ELVIRE, DON GARCIE · texte numérisé non relu

DONE ELVIRE, DON GARCIE

DONE ELVIBE.

Vous avez bien voulu que je vous fisse attendre.'

DON o\RLiE,bas,à part.

Ah! qu'elle cache bien...

DONE ELVIHE.

On vient de nous apprendre Que le roi votre père approuve vos projets. Et veut bien que son fils nous rende nos sujets ; Et mon âme en a pris une allégresse extrême.

Oui , madame, et mon cœur s'en réjouit de même ; Mais...

DONE ELVIHE.

Le tyran sans doute aura peine à parer Les foudres que partout il entend murmurer ; Et j'ose me flatter que le même courage Qui put bien me soustraire à sa brutale rage. Et dans les murs d'Astorgue arrachée à ses mains , Me faire un sûr asile à braver ses desseins , Pourra , de tout Léon achevant la conquête , Sous ses nobles efforts faire choir cette tête.

DON GABCIE.

Le succès en pourra parler dans quelques jours. Jlais, de grâce , passons à quelque autre discours. Puis-je, sans trop oser, vous prier de me dire A qui vous avez pris, madame, soin d'écrire, Depuis que le destin nous a conduits ici ?

DONE ELVIBE.

Pourquoi cette demande , et d'oii vient ce souci .'

DON GABCIE.

D'un désir curieux de pure fantaisie.

DONE ELVIBE.

La curiosité naît delà jalousie.

DON GARCIE

Non, ce n'est rien du tout de ce que vous pensez; Vos ordres de ce mal nie défendent assez.

DONE ELVIBE.

Sans chercher plus avant quel intérêt vous presse. J'ai deux fois à Léon écrit à la comtesse, Et deux fois au marquis don Louis, à Burgos. Avec cette réponse ètes-vous en repos .'

Vous n'avez point écrit à quelque autre personne ,

Madame ?

DONE ELVIBE.

Non , sans doute , et ce discours m'étonne.

DON GABCIE.

De grâce , songez bien , avant que d'assurer :

DON GARCIE DE NAVARRK, ACTE II, SCÈiNE \I.

En manquant de mémoire, on peut se parjurer.

DONE ELVIKE.

Ma bouche, sur ce point, ne peut être parjure.

DON GARCIE

Elle a dit toutefois une haute imposture.

DONE ELVIKE.

Prince !

DON GÂBCIE.

Madame !

DONE ELVIKE.

O ciel ! quel est ce mouvement ?

Avez-vous , dites-moi , perdu le jugement?

Oui , oui , je l'ai perdu , lorsque dans votre vue J'ai pris , pour mon malheur, le poison qui me tue , Et que j'ai cru trouver quelque sincérité Dans les traîtres appas dont je fus enchanté.

DONE ELVIRE

De quelle trahison pouvez-vous donc vous plaindre ?

DON GARCIE

Ah ! que ce cœur est double et sait bien l'art de fei adre ! Mais tous moyens de fuir lui vont être soustraits. Jetez ici les yeux , et connaissez vos traits : Sans avoir vu le reste, il m'est assez facile De découvrir pour qui vous employez ce style.

DONE ELVIRE

Voilà donc le sujet qui vous trouble l'esprit?

DON GARCIE

Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit?

DONE ELVIRE

L'innocence à rougir n'est point accoutumée.

DON GARCIE

Il est vrai qu'en ces lieux on la voit opprimée. Ce billet démenti pour n'avoir point de seing...

DONE ELVIRE

Pourquoi le démentir , puisqu'il est de ma main ?

DON GARCIE

Encore est-ce beaucoup que , de franchise pure , Vous demeuriez d'accord que c'est votre écriture ; Mais ce sera , sans doute , et j'en serais garant , Un billet qu'on envoie à quelque indifférent ; Ou du moins ce qu'il a de tendresse évidente Sera pour une amie , ou pour quelque parente.

DONE ELVIRE

Non , c'est pour un amant que ma main l'a formé : Et, j'ajoute de plus, pour un amant aimé.

DON GARCIE

Et je puis, ô perfide...

DONE ELVIRE

Arrêtez, prince indigne, De ce lâche transport l'égarement insigne. Bien que de vous mon coeur ne prenne point de loi , Et ne doive en ces lieux aucun compte qu'à soi , Je veux bien me purger , pour votre seul supplice ,

Du crime que m'impose un insolent caprice. Vous serez éclairci , n'en doutez nullement, .l'ai ma défense prête en ce même moment. Vous allez recevoir une pleine lumière.

Mon innocence ici paraîtra tout entière; Et je veux, vous mettant juge en votre intérêt. Vous faire prononcer vous-même votre arrêt.

DON GARCIE

Ce sont propos obscursqu'on ne saurait comprendre.

DONE ELVIRE

Bientôt à vos dépens vous me pourrez entendre. Élise, holà!

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