‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 222 sur 1284 · DON GARCIE, DONE ELVIRE, DONEIGNÉS · texte numérisé non relu

DON GARCIE, DONE ELVIRE, DONEIGNÉS

déguisée en homme ; ÉLISE.

DON GARCIE

Madame, avec quel front faut-il que je m'avance. Quand je viens vous offrir l'odieuse présence...

DONE ELVIBE.

Prince, ne parlons plus de mon ressentiment. Votre sort dans mon âme a fait du changement ; Et par le triste état où sa rigueur vous jette , Ma colère est éteinte , et notre paix est faite. Oui , bien que votre amour ait mérité les coups Que fait sur lui du ciel éclater le courroux ; Bien que ces noirs soupçons aient offensé ma gloire Par des indignités qu'on aurait peine à croire, .l'avoùrai toutefois que je plains son malheur Jusqu'à voir nos succès avec quelque douleur; Que je hais les faveurs de ce fameux service. Lorsqu'on veut de mon cœur lui faire un sacrifice ; Et voudrais bien pouvoir racheter les moments Oii le sort contre vous n'armait que mes serments : IMais enfin vous savez comme nos destinées Aux intérêts publics sont toujours enchaînées , Et que l'ordre des cieux , pour disposer de moi , Dans mon frère qui vient me va montrer mon roi. Cédez comme moi , prince, à cette violence Oij la grandeur soumet celles de ma naissance ; Et si de votre amour les déplaisirs sont grands , Qu'il se fasse un secours de la part que j'y prends, Et ne se serve point, contre un coup qui l'étonné. Du pouvoir qu'en ces lieux votre valeur vous donne : Ce vous serait, sans doute, un indigne transport De vouloir dans vos maux lutter contre le sort ; Et lorsque c'est en vain qu'on s'oppose à sa rage, La soumission prompte est grandeur de courage. Ne résistez donc point à ses coups éclatants; Ouvrez les murs d'Astorgue au frère que j'attends , Laissez-moi rendre aux droits qu'il peut sur moi pré- Ce que mon triste cœur a résolu de rendre; [tendre

t32 T)Oy GARCIE DE NAVA

Et c* fatal lionimage , où mes vœux sont forces , Peut-être n'ira pas si loin que vous pensez.

DON GABCIE.

C'est faire voir, madame, une bonté trop rare.

Que vouloir adoucir le coup qu'on me prépare ;

Sur moi sans de tels soins vous pouvez laisser choir

Le foudre rigoureux de tout votre devoir.

En l'état où je suis je n'ai rien à vous dire.

J'ai mérité du sort tout ce qu'il a de pire ;

Et je sais, quelques maux qu'il me faille endurer,

Que je me suis ôté le droit d'en murmurer.

l'ar où pourrai-je, hélas! dans ma vaste disgrâce,

Vers vous de quelque plainte autoriser l'audace?

I\Ion amour s'est rendu mille fois odieux ;

Il n'a fait qu'outrager vos attraits glorieux;

Et lorsque, par un juste et fameux sacrifice,

Mon bras à votre sang cherche à rendre un service ,

Mon astre m'abandonne au déplaisir fatal

De me voir prévenu par le bras d'un rival.

Madame, après cela je n'ai rien à prétendre.

Je suis digne du coup que l'on me fait attendre;

Et je le vois venir, sans oser contre lui

Tenter de votre cœur le favorable appui.

Ce qui peut me rester dans mon malheur extrême.

C'est de chercher alors mon remède en moi-même,

Et faire que ma mort , propice à mes désirs ,

Affranchisse mon cœur de tous ses déplaisirs.

Oui , bientôt dans ces lieux don Alphonse doit être ,

Et déjà mon rival commence de paraître;

De Léon vers ces murs il semble avoir volé

Pour recevoir le prix du tyran immolé.

Ne craignez point du tout qu'aucune résistance

Fasse valoir ici ce que j'ai de puissance;

11 n'est effort humain que, pour vous conserver,

Si vous y consentiez , je ne pusse braver ;

Mais ce n'est pas à moi , dont on hait la mémoire ,

A pouvoir espérer cet aveu plein de gloire;

Et je ne voudrais pas , par des efforts trop vains ,

Jeter le moindre obstacle à vos justes desseins.

Non. je ne contrains point vos sentiments, madame ;

Je vais en liberté laisser toute votre âme

Ouvrir les murs d'Astorgue à cet heureux vainqueur,

Et subir de mon sort la dernière rigueur.

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