DON GARCIE, DONE ELVIRE, DONEIGNÉS
déguisée en homme ; ÉLISE.
DON GARCIE
Madame, avec quel front faut-il que je m'avance. Quand je viens vous offrir l'odieuse présence...
DONE ELVIBE.
Prince, ne parlons plus de mon ressentiment. Votre sort dans mon âme a fait du changement ; Et par le triste état où sa rigueur vous jette , Ma colère est éteinte , et notre paix est faite. Oui , bien que votre amour ait mérité les coups Que fait sur lui du ciel éclater le courroux ; Bien que ces noirs soupçons aient offensé ma gloire Par des indignités qu'on aurait peine à croire, .l'avoùrai toutefois que je plains son malheur Jusqu'à voir nos succès avec quelque douleur; Que je hais les faveurs de ce fameux service. Lorsqu'on veut de mon cœur lui faire un sacrifice ; Et voudrais bien pouvoir racheter les moments Oii le sort contre vous n'armait que mes serments : IMais enfin vous savez comme nos destinées Aux intérêts publics sont toujours enchaînées , Et que l'ordre des cieux , pour disposer de moi , Dans mon frère qui vient me va montrer mon roi. Cédez comme moi , prince, à cette violence Oij la grandeur soumet celles de ma naissance ; Et si de votre amour les déplaisirs sont grands , Qu'il se fasse un secours de la part que j'y prends, Et ne se serve point, contre un coup qui l'étonné. Du pouvoir qu'en ces lieux votre valeur vous donne : Ce vous serait, sans doute, un indigne transport De vouloir dans vos maux lutter contre le sort ; Et lorsque c'est en vain qu'on s'oppose à sa rage, La soumission prompte est grandeur de courage. Ne résistez donc point à ses coups éclatants; Ouvrez les murs d'Astorgue au frère que j'attends , Laissez-moi rendre aux droits qu'il peut sur moi pré- Ce que mon triste cœur a résolu de rendre; [tendre
t32 T)Oy GARCIE DE NAVA
Et c* fatal lionimage , où mes vœux sont forces , Peut-être n'ira pas si loin que vous pensez.
DON GABCIE.
C'est faire voir, madame, une bonté trop rare.
Que vouloir adoucir le coup qu'on me prépare ;
Sur moi sans de tels soins vous pouvez laisser choir
Le foudre rigoureux de tout votre devoir.
En l'état où je suis je n'ai rien à vous dire.
J'ai mérité du sort tout ce qu'il a de pire ;
Et je sais, quelques maux qu'il me faille endurer,
Que je me suis ôté le droit d'en murmurer.
l'ar où pourrai-je, hélas! dans ma vaste disgrâce,
Vers vous de quelque plainte autoriser l'audace?
I\Ion amour s'est rendu mille fois odieux ;
Il n'a fait qu'outrager vos attraits glorieux;
Et lorsque, par un juste et fameux sacrifice,
Mon bras à votre sang cherche à rendre un service ,
Mon astre m'abandonne au déplaisir fatal
De me voir prévenu par le bras d'un rival.
Madame, après cela je n'ai rien à prétendre.
Je suis digne du coup que l'on me fait attendre;
Et je le vois venir, sans oser contre lui
Tenter de votre cœur le favorable appui.
Ce qui peut me rester dans mon malheur extrême.
C'est de chercher alors mon remède en moi-même,
Et faire que ma mort , propice à mes désirs ,
Affranchisse mon cœur de tous ses déplaisirs.
Oui , bientôt dans ces lieux don Alphonse doit être ,
Et déjà mon rival commence de paraître;
De Léon vers ces murs il semble avoir volé
Pour recevoir le prix du tyran immolé.
Ne craignez point du tout qu'aucune résistance
Fasse valoir ici ce que j'ai de puissance;
11 n'est effort humain que, pour vous conserver,
Si vous y consentiez , je ne pusse braver ;
Mais ce n'est pas à moi , dont on hait la mémoire ,
A pouvoir espérer cet aveu plein de gloire;
Et je ne voudrais pas , par des efforts trop vains ,
Jeter le moindre obstacle à vos justes desseins.
Non. je ne contrains point vos sentiments, madame ;
Je vais en liberté laisser toute votre âme
Ouvrir les murs d'Astorgue à cet heureux vainqueur,
Et subir de mon sort la dernière rigueur.