‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 235 sur 1284 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

VALÈRE, SGANARELLE, ERGASTE

VALÈBE , dans le fond clic théâtre.

Ergaste , le voilà cet argus que j'abhorre , Le sévère tuteur de celle que j'adore.

SGANABELLE, se croijant seul.

N'est-ce pas quelque chose enfin de surprenant Que la corruption des mœurs de maintenant ?

VALÈBE.

Je voudrais l'accoster, s'il est en ma puissance. Et tâcher de lier avec lui connaissance.

SGANARELLE, se croijani seul.

Au lieu de voir régner cette sévérité Qui composait si bien l'ancienne honnêteté, La jeunesse en ces lieiLX , libertine , absolue , Ne prend...

( J'alère salue Sganarelle de loin. )

VALÈRE

Il ne voit pas que c'est lui qu'on salue.

ERGASTE

Son mauvais œil peut-être est de ce côté-ci. Passons du côté droit.

SGANABELLE , SB croyant seul.

Il faut sortir d'ici.

Le séjour de la ville en moi ne peut produire Que des...

VALÈBE , en s' approchant peu à peu.

Il faut chez lui tâcher de m'introduire. SGANARELLE, entendant quelque bruit.

Hé! j'ai cru qu'on parlait.

( se croijant seul. ) Aux champs , grâces aux cieux , Les sottises du temps ne blessent point mes yeux.

ERGASTE, à f'alére.

Abordez-le.

SGANARELLE , entendant encore du bruit.

1 Plaît-il?

L'ECOLE DES MARIS

[n'entendant plus rien. ) Les oreilles me cornent, (se croyant seul. ) Là, tous les passe-temps de nos filles se bornent...

( Il aperçoit f'alère, qui le salue.) Est-ce à nous .'

EitrrASTE,à f'alére.

Approchez.

SGANABELLE, sans jjrendre garde à l'alère. Là , nul godelureau ' ( ralère le salue encore. ) Ne vient... Que diable!...

{llscreUmrne, etvoit Ergaste, gtii lesaiue de l'autre cûlé.) Encor ? Q)ue de coups de chapeau !

VALÈRE

Monsieur, un tel abord vous interrompt peut-être ?

SGANAEELLE.

Cela se peut.

VALÈBE.

Mais quoi! l'honneur de vous connaître M'est un si grand bonheur, m'est un si doux plaisir. Que de vous saluer j'avais un grand désir.

SGANABELLE.

Soit.

Kt de vous venir, mais sans nul artifice , Assurer que je suis tout à votre service.

SGANABELLE.

Je le crois.

VALÈBE.

J'ai le bien d'être de vos voisins , Et j'en dois rendi'e grâce à mes heureux destins.

SGANABELLE.

C'est bien fait.

VALÈBE.

Mais, monsieur, savez-vous les nouvelles Que l'on dit à la cour, et qu'on tient pour fidèles ?

SGANABELLE.

Que m'importe? v

VALÈBE.

Il est vrai ; mais pour les nouveautés On peut avoir parfois des curiosités.

Vous irez voir, monsieur, cette magnificence Que de notre dauphin prépare la naissance ' ?

SGANABELLE.

Si je veux.

" Godelureau , un jeune galant. Ce mot est du style familier : suivant Ménage, il vient du mot latin gaiidcre, se réjouir.

' 11 s'agit ici du dauphin , lils de Louis XIV, appelé Monseigneur, qui naquit à Fontainebleau le 1" novembre lOCl, et mourut à Meudon le 14 avril 171 1. Le dauphin étant ne cinq mois après la première représentation de l'Ecole des Mnris , qui eut lieu au commencement de juin IGCI , ces vers , ou il est question des fêles de sa naissance , furent ajoutés après coup par Molière. (A.)

, ACTE I, SCÈ.\E VI. /"

VALÈBE. ^,N

Avouons que Paris nous fait part Décent plaisirs charmants qu'on n'a point autre part. Les provinces auprès sont des lieux solitaires- A quoi donc passez-vous le temps ?

SGANABELLE.

A mes affaires.

VALÈBE.

L'esprit veut du relâche, et succombe parfois Par trop d'attachement aux sérieux emplois. Que faites-vous les soirs avant qu'on se retire .'

SGANABELLE.

Ce qui me plaît.

VALÈBE.

Sans doute : on ne peut pas mieux dire; Cette réponse est juste , et le bon sens paraît A ne vouloir jamais faire que ce qui plaît. Si je ne vous croyais l'âme trop occupée. J'irais parfois chez vous passer l'après-soupée.

SGANABELLE.

Serviteur.

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