‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 240 sur 1284 · L'ÉCOLE DES MARIS, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DES MARIS, ACTE II, SCÈNE III

VALERE

Puis-je être assez heureux pour vous rendre service?

SGA?JAnELLE.

Kon.Maisjc prétends, moi, vous rendre un bon ofliop; Et c'est ce qui chez vous prend droit de m'amcncr,

VALÈllE.

Chez moi , monsieur?

SCANARELLE.

Chez vous ? Faut-il tant s'étonner?

VALÎCBE.

J'en ai bien du sujet; et mon Ame ravie ])e l'honneur...

SeiANAnELLE.

Laissons là cet honneur, je vous prie.

VALiîEE.

■Voulez-vous pas entrer ?

SGANAHELLE.

H n'en est pas besoin.

VALÈBE.

Monsieur, de grâce.

SGANAKELLE.

Non, je n'irai pas plus loin.

VALÈBE.

Tant que vous serez là , je ne puis vous entendre.

SGANARELLE

Moi , je n'en veux bouger.

VALÈBE.

Eh bien ! il faut se rendre :

Vite, puisque monsieur à cela se résout , Donnez un siège ici.

Je veux parler debout.

VALÈBE.

Vous souffrir de la sorte!...

SGANARELLE

Ah ! contrainte effroyable !

VALÈBE.

Cette incivilité serait trop condamnable.

SGANARELLE

C'en est une que rien ne saurait égaler.

De n'ouïr pas les gens qui veulent nous parler.

VALÈBE.

Je vous obéis donc.

SGANABELLE.

Vous ne sauriez mieux faire.

{Hsfont de grandes cérémonies pour se couvrir.) Tant de cérémonie est fort peu nécessaire. Voulez-vous m'écouter?

VALÈBE.

Sans doute , et de grand cœur.

SGANABELLE.

Savez-vous, dites-moi , que je suis le tuteur D'une fille assez jeune et passablement belle. Qui loge en ce quartier, et qu'on nomme Isabelle?

VALEBE.

SGANABELLE.

.Si vous le savez , je ne vous l'apprends pas. Mais savez-vous aussi, lui trouvant des appas. Qu'autrement qu'en tuteur sa personne me touche, Et qu'elle est destinée à fhonneur de ma couche?

VALÈBE.

Kon.

SGANABELLE.

Je VOUS l'apprends donc; et qu'il est à propos Que VOS feax , s'il vous plaît , la laissent en repos.

VALÈBE.

Qui ? moi , monsieur !

SGANARELLE

Oui, vous. Mettons bas toute feinte.

VALÈBE.

Qui vous a dit que j'ai pour elle l'âme atteinte ?

SGANABELLE.

Des gens à qui l'on peut donner quelque crédit.

VALÈBE.

Maisencor?

SGANARELLE

Elle-même.

Elle?

SGANABELLE.

Elle. Est-ce assez dit ?

Comme une Clle honnête , et qui m'aime d'enfance, Elle vient de m'en faire entière confidence ; Et , de plus, m'a chargé de vous donner avis Que , depuis que par vous tous ses pas sont suivis , Son cœur, qu'avec excès votre poursuite outrage , ]\'a que trop de vos yeux entendu le langage; Que vos secrets désirs lui sont assez connus. Et que c'est vous donner des soucis superflus De vouloir davantage expliquer une flamme Qui choque l'amitié que me garde son âme.

VALÈBE.

C'est elle , dites-vous , qui de sa part vous fait...

SG.ANABELLE.

Oui , vous venir donner cet avis franc et net ;

Et qu'ayant vu l'ardeur dont votre ànie est blessée ,

Elle vous eût plus tôt fait savoir sa pensée,

Si son cœur avait eu , dans son émotion ,

A qui pouvoir donner cette commission ;

Mais qu'enfin les douleurs d'une contrainte extrême

L'ont réduite à vouloir se servir de moi-même,

Pour vous rendre averti , comme je vous ai dit,

Qu'à tout autre que moi son cœur est interdit ,

Que vous avez assez joué de la prunelle.

Et que, si vous avez tant soit peu de cervelle,

Vous prendrez d'autres soins. Adieu , jusqu'au revoir.

Voilà ce que j'avais à vous faire savoir.

L'ÉCOLE DES MARIS

VALÈRE , bas.

Ergaste, que dis-tu d'une telle aventure? SGANAKELLE, bas , à part.

Le voilà bien surpris !

EEGASTE, bas, à J'alère.

Selon ma conjecture , Je tiens qu'elle n'a rien de déplaisant pour vous , Qu'un mystère assez fin est caché là-dessous , Et qu'enfin cet avis n'est pas d'une personne • Qui veuille voir cesser l'amour qu'elle vous donne. ''.

SGANAEELLE , à part.

Il en tient comme il faut. •"'- >-' •/ < ■' VALÈBE, bas, à Ergaste.

Tu crois mystérieux...

EKGASTE,6a.«.

Oui... Mais il nous observe , ôtons-nous de ses yeux.

Page 1