ACTE II, SCENE V. t
Qu'ayant, pour prendre l'air, la tête à ma fenêtre. J'ai vu dans ce détour un jeune homme paraître, Qui d'abord , de la part de cet impertinent , Est venu me donner un bonjour surprenant , Et m'a , droit dans ma chambre , une boîte jetée Qui renferme une lettre en poulet cachetée. J'ai voulu sans tarder lui rejeter le tout ; Mais ses pas de la rue avaient gagné le bout , Et je m'en sens le cœur tout gros de fâcherie.
SGANAKELLE.
Voyez un peu la ruse et la friponnerie !
ISABELLE
Il est de mon devoir de faire promptement Reporter boîte et lettre à ce maudit amant ; Et j'aurais pour cela besoin d'une personne... Car d'oser à vous-même...
SGANARELLE
Au contraire , mignonne ; C'est me faire mieux voir ton amour et ta foi , Et mon cœur avec joie accepte cet emploi; Tu m'obliges par là plus que je ne puis dire.
ISABELLE
Tenez donc.
SGANARELLE
Bon. Voyons ce qu'il a pu t'écrire.
ISABELLE
Ah ciel ! gardez-vous bien de l'ouvrir.
SaANABELLE.
Et pourquoi ?
ISABELLE
Lui voulez-vous donner à croire que c'est moi? Une fille d'honneur doit toujours se défendre De lire les billets qu'un homme lui fait rendre. La curiosité qu'on fait lors éclater Marque un secret plaisir de s'en ouïr conter : Et je trouve à propos que, toute cachetée. Cette lettre lui soit promptement reportée , Afin que d'autant mieux il connaisse aujourd'hui Le mépris éclatant que mon cœur fait de lui ; Que ses feux désormais perdent toute espérance , Et n'entreprennent plus pareille extravagance.
SGANAKELLE.
Certes , elle a raison lorsqu'elle parle ainsi. Va, ta vertu me charme, et ta prudence aussi : Je vois que mes leçons ont germé dans ton âme. Et tu te montres digne enfin d'être ma femme.
ISABELLE
Je ne veux pas pourtant gêner votre désir.
La lettre est en vos mains , et vous pouvez l'ouvrir.
SGANARELLE
Non, je n'ai garde ; hélas ! tes raisons sonttrop bonnes; Et je vais m'acquitter du soin que tu me donnes : A quatre pas de là dire ensuite deux mots , Et rèTeiiir ici te remettre en repos.
L'ECOLE DES MARIS