SCÈNE XI
SGANARELLE , I.SABELLE.
SGANABELLE.
Jamais amant n'a fait tant de trouble éclater Au poulet renvoyé sans le décacheter ; Il perd toute espérance enfin, et se retire; Mais il m'a tendrement conjuré de te dire : n Que du moins en t'aimant il n'a jamais pensé " A rien dont ton honneur ait lieu d'être offensé, '< Et que, ne dépendant que du choix de son âme, '< Tous ses désirs étaient de t'obtenir pour femme , » Si les destins, en moi qui captive ton cœur, n N'opposaient un obstacle à cettejuste ardeur; " Que, quoi qu'on puisse faire, il ne te faut pas croire " Que jamais tes appas sortent de sa mémoire; " Que, quelque arrêt des cieux qu'il lui faille subir, " Son sort est de t'aimer jusqu'au dernier soupir; « Et que si quelque chose étouffe sa poursuite, « C'est le juste respect qu'il a pour mon mérite. » Ce sont ses propres mots; et , loin de le blâmer, Je le trouve honnête homme, et le plains de t'aimer.
ISABELLE, bas.
Ses feux ne trompent point ma secrète croyance. Et toujours ses regards m'en ont dit l'Innocence.
SGANABELLE.
Que dis-tu ?
ISABELLE
Qu'il m'est dur que vous plaigniez si fort Un homme que je hais à l'égal de la mort ; Et que si vous m'aimiez autant que vous le dites. Vous sentiriez l'affront que me font ses poiirsiiiies.
lu
L'ÉCOLE Di:S MAIIIS, ACTE II, SCENE XIII.
Mais il ne savait pas tes inclinations ; Kt, par rhonnÉtelé de ses intentions, Son amour ne mérite...
ISABELLE
Est-ce les avoir lionnes , Diles-moi , de vouloir enlever les personnes.' Est-ce être homme d'honneur de former des desseins Pour m'épouser de force en m'ôtant de vos mains? Comme si j'étais fille à supporter la vie Après qu'on m'aurait fait une telle infamie.
SGAIVAnELLB.
Comment?
ISABELLE
Oui , oui ; j'ai su que ce traître d'amant Parle de m'obtenir par un enlèvement; Et j'ignore, pour moi , les pratiques secrètes Qui l'ont instruit si tôt du dessein que vous faites Ue me donner la main dans huit jours au plus tard. Puisque ce n'est que d'hier que vous m'en fîtes part ; Mais il veut prévenir, dit-on, cette journée (Jui doit à votre sort unir ma destinée.
SGANAKELLE.
yVoilà qui nevautjrien.
ISABELLE
Oh ! que pardonnez-moi !
C'est un fort honnête homme, et qui ne sent pour sganauelle. [moi...
Il a fort ; et ceci passe la raillerie.
ISABELLE
Allez , votre douceur entretient sa folie ;
S'il vous eilt vu tantôt lui parler vertement ,
Il craindrait vos transports et mon ressentiment.
Car c'est encor depuis sa lettre méprisée
Qu'il a dit ce dessein qui m'a scandalisée;
Et son amour conserve, ainsi que je l'ai su ,
La crovance qu'il est dans mon cœur bien reçu ;
Oue je fuis votre hymen, quoi que le monde en croie,
Et me verrais tirer de vos mains avec joie.
SGANAKELLE.
Jl est fou.
ISABELLE
Devant vous il sait se déguiser, Et son intention est de vous amuser.
Croyez par ces beaux mots que le traître vous joue. Je suis bien malheureuse, il faut que je l'avoue, (lu'avecque tous mes soins pour vivre dans l'honneur Et rebuter les vœux d'un lâche suborneur, 11 faille être exposée aux fâcheuses surprises De voir faire sur moi d'infâmes entreprises !
SGANABELLE.
Va, ne redoute rien.
ISABELLE
Pour moi , je vous le di ,
Si vous n'éclatez fort contre un trait si liardi, Et ne trouvez bientôt moyen de me défaire Des persécutions d'un pareil téméraire, J'abandonnerai tout , et renonce à l'ennui De souffrir les affronts que je reçois de lui.
SGASABELLE.
Ne t'afllige point tant ; va , ma petite femme, Je m'en vais le trouver, et lui chanter sa gamme.
ISABELLE
Dites-lui bien au moins qu'il le nîrait en vain , Que c'est de bonne part qu'on m'a dit son dessein; Et qu'après cet avis , quoi qu'il puisse entreprendre, J'ose le délier de me pouvoir surprendre; Enfin, que, sans plus perdre et soupirs et moments. Il doit savoir pour vous quels sont mes sentiments ; Et que, si d'un malheur il ne veut être cause. Il ne se fasse pas deux fois dire une chose.
SGANAEELLE.
Je dirai ce qu'il faut.
ISABELLE
Mais tout cela d'un ton Qui marque que mon cœur lui parle tout de bon.
SGANAKELLE.
Va, je n'oublîrai rien , je t'en donne assurance.
ISABELLE
J'attends votre retour avec impatience ; Hâtez-le, s'il vous plaît, de tout votre pouvoir. Je languis quand je suis un moment sans vous voir.
SGASABELLE.
Va , pouponne , mon cœur, je reviens tout à l'heure.