‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 339 sur 1284 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

Et , pendant tout ce trouble étant moins observée , Du logis aisément elle s'était sauvée ; Mais me trouvant sans mal , elle a fait éclater Un transport diflicile à bien représenter. Que vous dirai-je enfln ? Cette aimable personne A suivi les conseils que son amour lui donne. N'a plus voulu songer à retourner diez soi , Et de tout son destin s'est commise à ma foi. Considérez un peu , par ce trait d'innocence. Où l'expose d'un fou la haute impertinence, Et quels fâcheux périls elle pourrait courir Si j'étais maintenant homme à la moins chérir. Mais d'un trop pur amour mon âme est embrasée ; J'aimerais mieux mourir que l'avoir abusée : Je lui vois des appas dignes d'un autre sort , Et rien ne m'en saurait séparer que la mort. Je prévois là-dessus l'emportement d'un père; Mais nous prendrons le temps d'apaiser sa colère. A des charmes si doux je me laisse emporter; Et dans la vie, enfin , il se faut contenter. Ce que je veux de vous , sous un secret fidèle , C'est que je puisse mettre en vos mains cette belle ; Que dans votre maison, en faveur de mes feux, Vous lui donniez retraite au moins un jour ou deux, Outre qu'aux yeux du monde il faut cacher sa fuite , Et qu'on en pourra faire une exacte poursuite, Vous savez qu'une fille aussi de sa façon Donne avec un jeune homme un étrange soupçon : Et comme c'est à vous, sûr de votre prudence. Que j'ai fait de mes feux entière confidence , C'est à vous seul aussi , comme ami généreux, Que je puis confier ce dépôt amoureux.

ABNOLPHE.

Je suis , n'en doutez point, tout à votre service.

HOBACE.

Vous voulez bien me rendre un si charmant office.'

ABNOLPHE.

Très-volontiers, vous dis-je; et je me sens ravir De cette occasion que j'ai de vous servir. Je rends grâces au ciel de ce qu'il me l'envoie , Et n'ai jamais rien fait avec si grande joie.

HOBACE.

Que je suis redevable à toutes vos bontés ! J'avais de votre part craint des difficultés : Jlais vous êtes du monde: et dans votre sagesse. Vous savez excuser le feu de la jeunesse. Un de mes gens la garde au coin de ce détour.

ABNOLPHE.

Mais comment ferons-nous ? car il fait un peu jour. Si je la prends ici, l'on me verra peut-être ; Et, s'il faut que chez moi vous veniez à paraître, Des valets causeront. Pour jouer au plus sih-, Il faut me l'amener dans un lieu plus obscur. aion allée est commode, et je l'y vais attendre.

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