‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 356 sur 1284 · CL1MÉ>E · texte numérisé non relu

CL1MÉ>E

Mon Dieu, non. Ali!

URAME.

Quel est donc votre mal? et depuis quand vous a-

t-il pris?

CLlMIiNE.

11 y a (dus de trois heures, et je l'ai rapporté du Palais-Royal '.

UBANIE.

l'.oinment?

CLIMÈNE

Je viens de voir , pour mes péchés, cette méchante rapsodie de l'Kcole des femmes. Je suis encore en défaillance du mal de cœur que cela m'a donné, et je pense que je n'en reviendrai de plus de quinze jours.

ÉLISE

Voyez un peu conuiie les maladies arrivent sans qu'on y songe.

LiBAME.

Je ne sais pas de quel tempérament nous sonnnes , ma cousine et moi; mais nous fûmes avant-hier h la

' la Iroupe de Molière jouait alors sut le Uiéàlrc du Palaii-

Roval.

LA CRITIQUE DE LÉCOLE DES FEMMES, SCÈiXE III.

même pièce , et nous en revînmes toutes deux saines et gaillardes.

CLIMÈNE

Quoi ! vous l'avez vue?

uhanie.

Oui ; et écoutée d'un bout à l'autre.

CLIMÈNE

Et vous n'en avez pas étéjusques aux convulsions, ma elière?

URANIE

Je ne suis pas si délicate. Dieu merci; et je trouve, pour moi, que cette comédie serait plutôt capable de guérir les gens que de les rendre malades.

CLIMIÎNE.

Ah, mon Dieu! que dites-vous là? Cette proposition peut-elle être avancée par une personne qui ait du revenu en sens commun? Peut-on impunément, comme vous faites, rompre en visière à la raison? et, dans le vrai de la chose, est-il un esprit si affamé de plaisanterie, qu'il puisse tûter des fadaises dont cettecomédie est assaisonnée? Pour moi, je vous avoue que je n'ai pas trouvé"le moindre grain de sel dans tout cela. Les enfants\iMr forciUe m'ont paru d'un goiit détestable; la larie à la crème m'a affadi le cœur ; et j'ai pensé vomir au potarje.

ÉLISE

Mon Dieu ! que tout cela est dit élégamment! .l'aurais cru que cette pièce était bonne ; mais madame a une. éloquence si persuasive, elle tourne les choses d'une manière si agréable, qu'il faut être de son sentiment, malgré qu'on en ait.

UBANIE.

Pour moi , je n'ai pas tant de complaisance ; et , pour dire ma pensée , je tiens cette comédie une des plus plaisantes que l'auteur ait produites.

CLIMÈNE

Ah! vous me faites pitié, de parler ainsi ; et je ne saurais vous souffrir cette obscurité de discernement. Peut-on, ayant de la vertu, trouver de l'agrément tians une pièce qui lient sans cesse la pudeur en alarme, et salit à tout moment l'imagination?

ÉLISE

Les jolies façons de parler que voilà! que vous êtes, madame, une rude joueuse en critique, et que je plains le pauvre .Molière de vous avoir pour ennemie!

CLIMÈNE

Croyez-moi, ma chère, corrigez de bonne foi votre jugement; et, pour votre honneur, n'allez point dire par le monde que cette comédie vous ait plu.

UEANIE.

IMoi, je ne sais pas re que vous y avez trouvé qui blesse la pudeur.

CLIMENE.

Hélas ! tout; et je mets en fait qu'unelionnête fenmie ne la saurait voir sans confusion, tant j'y ai découvert d'ordures et de saletés.

UBANIE.

Il faut donc que pour les ordures vous ayez des lumières que les autres n'ont pas; car, pour moi , je n'y en ai point vu.

CLIMÈNE

C'est que vous ne voulez pas y en avoir \-u , assurément; car enfin toutes ces ordures. Dieu merci , y sont à visage découvert. Elles n'ont pas la moindre enveloppe qui les couvre, et les yeux les plus hardis sont effrayés de leur nudité.

ÉLISE

Ah!

CLIMÈNE

liai , liai, hai.

UEANIE.

l\rais encore, s'il vous plaît, marquez-moi une de ces ordures que vous dites.

CLIMÈNE

Ilélas ! est-il nécessaire de vous les marquer?

URANIE

Oui. .Te vous demande seulement un endroit qui vous ait fort choquée.

CLIMÈNE

En faut-il d'autre que la scène de cette Agnès, lorsqu'elle dit ce que l'on lui a pris?

UnANIE.

Kli bien ! que trouvez-vous là de sale ?

CLIMÈNE

Ah!

De grâce.

Fi!

Mais encore?

CLIMÈNE

•le n'ai rien à vous dire.

UEANIE.

Pour moi , je n'y entends point de mal.

CLIMÈNE

Tant pis pour vous.

UBAME.

Tant mieux plutôt, ce me semble. Je regarde les choses du côté qu'on me les montre , et ne les tourne point pour y chercher ce qu'il ne faut pas voir.

CLIMÈNE

L'honnêteté d'une femme...

UEANIE.

L'honnêteté d'une femme n'est pas dans les griin;»ces. Il sied mal de vouloir être plus sage que celles

UBANIE.

UBANIE.

LA ClUTiyUK DK L'IiCOLK DKS FEMMKS, SCÈNE III.

<iui sont sages. L'aftVclation en cette matière est pire qu'en toute autre, et je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes paroles, et s'offense de l'ombre des choses. Croyez-moi, celles qui font tant de façons n'en sont pas estimées plus femmes de bien. Au contraire, leur sévérité mystérieuse, et leurs grimaces affectées, irritent la censure de tout le monde contre les actions de leur vie. On est ravi de découvrir ce qu'il peut y avoir à redire; et, pour tomber dans l'exemple, il y avait l'autre jour des femmes 5 cette comédie, vis-àvis de la loge où nous étions, qui, par les mines qu'elles affectèrent durant toute la pièce, leurs détournements de tctc et leurs cachements de visage, firent dire de tous côtés cent sottises de leur conduite, que l'on n'aurait pas dites sans cela; et quelqu'un même des lacjuais cria tout haut qu'elles étaient plus chastes des oreilles que de tout le reste du corps.

CLIMÈME.

Enfin il faut être aveugle dans cette pièce, et ne pas faire semblant d'y voir les choses.

CHANIE.

Il ne faut pas y vouloir voir ce qui n'y est pas.

CLIMÈNE

Ah ! je soutiens , encore un coup , que les saletés y crèvent les yeux.

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