SCÈNE II
LELIE.
Voici bien des affaires; J'ai dans ma passion toutes choses contraires : Léandre aime Célie , et , par un trait fatal , Malgré mon changement , est toujours mon rival. .
MASCARILLE
Léandre aime Célie !
LÉLIE
Ill'adore, tedis-je.
MASCARILLE
Tant pis.
LÉLIE
Eh , oui , tant pis ; c'est là ce qui m'afflige. Toutefois j'aurais tort de me désespérer; Puisque j'ai ton secours , je puis me rassurer; Je sais que ton esprit , en intrigues fertile , N'a jamais rien trouvé qui lui fût difficile; Qu'on te peut appeler le roi des serviteurs ; Et qu'en toute la terre.. .
MASCARILLE
Eh ! trêve de douceurs.
Quand nous faisons besoin , nous autres misérables , Nous sommes les chéris et les incomparables ; Et dans un autre temps , dès le moindre courroux , Nous sommes les coquins qu'il faut rouer de coups.
LÉLIE
Ma foi ! tu me fais tort avec cette invective. Mais enfin discourons un peu de ma captive : Dis si les plus cruels et plus durs sentiments ■ Ont rien d'impénétrable à des traits si charmants. Pour moi, dans ses discours, comme dans son visage, Je vois pour sa naissance un noble témoignage; Et je crois que le ciel dedans un rang si bas Cache son origine , et ne l'en tire pas.
■ Est-il un cœur assez dur pour ne pas l'aimer? voilà ce que Molière voulait dire. Le sens de ces deux vers mal écrits se présente difficilement. ( B. )