LE MARIAGE FORCÉ, SCÈNE XVII
SGANAJIELLE.
A quoi bon ?
ALCIDAS.
Monsieur, comme vous refusez d'épouser ma sœur après la parole donnée, je crois que vous ne trouverez pas mauvais le petit compliment que je viens vous faire.
SGANABELLE.
Comment ?
ALCIDAS.
D'autres gens feraient du bruit, et s'emporteraient contre vous; mais nous sommes personnes à traiter les choses dans la douceur; et je viens vous dire civilement qu'il faut, si vous le trouvez bon , que nous nous coupions la gorge ensemble.
SGANAEELLE.
Voilà un compliment fort mal tourné.
ALCIDAS.
Allons, monsieur, choisissez, je vous prie.
SGANABELLE.
Je suis votre valet, je n'ai point dégorgea me couper. ( à part. ) La vilaine façon de parler que voilà !
ALCIDAS.
Monsieur , il faut que cela soit , s'il vous plaît.
SGANABELLE.
Eh! monsieur, rengainez ce compliment, je vous prie.
ALCIDAS.
Dépêchons vite, monsieur. J'ai une petite affaire qui m'attend.
SGANABELLE.
Je ne veux point de cela , vous dis-je.
ALCIDAS.
Vous ne voulez pas vous battre ?
SGANABELLE.
Nenni, ma foi.
ALCIDAS.
Tout de bon?
SGANABELLE.
Tout de bon.
ALCIDAS, après lui avoir donné des coups de bâton.
Au moins , monsieur , vous n'avez pas lieu de vous plaindre; vous voyez que je fais les choses dans l'ordre. Vous nous manquez de parole, je me veux battre contre vous ; vous refusez de vous battre, je vous donne des coups de bâton : tout cela est dans les formes ; et vous êtes trop honnête homme pour ne pas approuver mon procédé.
SGANABELLE, à part.
Quel diable d'homme est-ce ci ?
ALCIDAS lui présente encore les deux épées. Allons , monsieur, faites les choses galamment, et sans vous faire tirer l'oreille.
SGANABELLE.
Encore .'
ALCIDAS.
Monsieur, je ne contrains personne ; mais il faut que vous vous battiez, ou que vous épousiez ma sœur.
Monsieur , je ne puis faire ni l'un ni l'autre, je vous assure.
Assurément ?
Assurément.
ALCIDAS.
SGANABELLE.
ALCIDAS.
Avec votre permission donc...
( Alcidas lui donne encore des coups de bâton. )
SGANABELLE.
Ail! ah! ah!
ALCIDAS.
Monsieur, j'ai tous les regrets du monde d'être obligé d'en user ainsi avec vous ; mais je ne cesserai point, s'il vous plaît, que vous n'ayez promis de vous battre , ou d'épouser ma sœur.
(Jlcidas lève le bâton. )
SGANABELLE.
Eli bien , j'épouserai , j'épouserai.
ALCIDAS.
Ah ! monsieur, je suis ravi que vous vous mettiez à la raison, et que les choses se passent doucement. Car enfin vous êtes l'homme du monde que j'estime le plus , je vous jure ; et j'aurais été au désespoir que vous m'eussiez contraint à vous maltraiter. Je vais appeler mon père, pour lui dire que tout est d'accord.
( Il va frapper à la porte d'Alcantor. )