‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 467 sur 1284 · LE FESTIN DE PIERRE , ACTE I , SCÈNE II · texte numérisé non relu

LE FESTIN DE PIERRE , ACTE I , SCÈNE II

11 est vrai. Je conçois qiie cela est fort agréable et fort divertissant, et je m'en accommoderais assez , moi , s'il n'y avait point de mal ; mais , monsieur, se jouer ainsi d'un mystère sacré , et...

DON JUAN

\a , va , c'est une affaire entre le ciel et moi , et nous la démêlerons bien ensemble sans que tu t'en mettes en peine.

SGANABELLE.

Ma foi, monsieur , j'ai toujours oui dire que c'est une méchante raillerie que de se railler du ciel , et que les libertins ne font jamais une bonne fin.

DON JUAN

Holà ! maître sot. Vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances.

SGANAKELLE.

Je ne parle pas aussi à vous , Dieu m'en garde ! Vous savez ce que vous faites, vous; et , si vous oe croyezLcien , vous avez vos raisons : mais il y a de certains petits impertinents dans le monde qui sont libertins sans savoir pourquoi , qui font les esprits forts , parce qu'ils croient que cela leur sied bien ; et si j'avais un maître comme cela, je lui dirais fort nettement, le regardant eu face : Osez-vous bien ainsi vous jouer du ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme vous faites.d^s choses les plus saintes.' C'est bienàjvoà^jiétit ver Se' terre , petit myrmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit ), c'est bien à vousà vouloir vousmêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent ? Pensez-vous que pour être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit hieiijdoré, et des rubans couleur de feu ( ce n'est pas à vous que ie oarle , c'est à'I'autre), pensez-vous, dis-je, que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soitpermis, et qu'on n'ose vous dire vos vérités ? Apprenez de moi, qui suis votre valet, que le ciel punit tôt ou tard les impies , qu'une méchante vie amène une méchante mort , et que...

DON JUAN

Paix!

SGANABELLE. - ,

Dequoi est-il question? UH- c*A- », <U.w<au.' •

DON JUAN

H est question de te dire qu'une beauté me tient au cœur, et qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie jusqu'en cette ville.

SGANABELLE.

Et n'y craignez-vous rien, monsieur, de la mort de ce commandeur que vous tuâtes il y a six mois?

DON JUAN

Et pourquoi craindre ? ne l'ai-je pas bien tué ?

SGANABELLE.

Fort bien , le mieux du monde ; et il aurait tort de se plaindre.

DON JUAN

J'ai eu ma grâce de cette affaire.

SGANABELLE.

Oui ; mais cette grâce n'éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis, et...

Ah ! n'allons pas songer au mal qui nous peut arriver , et songeons seulement à ce qui nous peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser; et le hasard me fit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contentes l'une de l'autre, et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l'émotion; j'en fus frappé au cœur, et mon amour commença par la jalousie. Oui , je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes désirs, et je me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence , et rompre cet attachement , dont la délicatesse de mon cœur se tenait offensée; mais jusques ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au dernier remède. Cet époax prétendu doit aujourd'hui régaler sa maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j'ai une petite barque et des gens , avec quoi fort facilement je prétends enlever la belle.

SGANABELLE.

Ah! monsieur...

DON JUAN

Hein?

SGANABELLE.

C'est fort bien fait à vous , et vous le prenez comme il faut. Il n'est rien tel en ce monde que de se contenter.

DON JUAN

Prépare-toi donc à venir avec moi , et prends soin toi-même d'apporter toutes mes armes, afin que... ( apercevant done Elvire. ) Ah ! rencontre fâcheuse. Traître , tu ne m'avais pas dit qu'elle était ici ellemême.

SGANABELLE.

Monsieur , vous ne me l'avez pas demandé.

^^ 5. ; - DON JUAN

Est-elle folle, de n'avoir pas changé d'habit, et de venir en ce lieu-ci avec son équipage de campagne?

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