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LE FESTIN DE PIERRE, ACTE III, SCENE IV

SGANARELLE

seul ilaiis ce bois depuis dix ans, et- je ne manquerai pas de prier le ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.

DON JUAN

Eh! prie le ciel qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.

SGANABELLE.

Vous ne connaissez pas monsieur, bon homme; il ne croit qu'en deux et deux sont quatre , et en quatre et quatre sont huit.

DON JUAN

Quelle est ton occupation parmi ces arbres.'

LE PAUVBE.

De prier le ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.

DON JUAN

Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise?

LE PAUVBE.

Hélas! monsieur, je suis dans la plus grande néressité du monde.

DON JUAN

Tu te moques : un homme qui prie le ciel tout le jour ne peut pas manquer d'être bien dans ses affaires.

LE PAUVRE

Je vous assure, monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.

DON JUAN

Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins. Ah ! ah ! je m'en vais te donner un louis d'or tout à l'heure, pourvu que tu veuilles jurer.

LK PAUVBE.

Ah! monsieur, voudriez-vousqucje commisse un tel péché?

DON JUAN

Tu n'as qu'à voir si tu veux gagner un louis d'or, ou non; en voici un que je te donne, si tu jures. Tiens, il faut jurer.

LE PAUVKE.

Monsieur...

DON JUAN

A moins de cela, tu ne l'auras pas.

SCANAEELLE.

Va, va, jure un peu; il n'y a pas de mai.

DON JUAN

Prends, le voilà, prends, te dis-je; mais jure donc.

LE PAUVBE.

Non, monsieur, j'aime mieux mourir de faim.

Va, va, je te le donne pour l'amour de l'humanité. {regardant clans fa forêt.) Mais que vois-je là? un homme attaqué par trois autres ! la partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté. (Il met l'f'jjde à la main , cl court au lieu du combat. )

Mon maître est un vrai enragé d'aller se présenter à un péril qui ne le cherche pas. Mais, ma foi, le secours a servi, et les deux ont fait fuir les trois.

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