I,E FESTI>J DE P[ERRE, ACTE IV, SCÈNE XF
DON JUAN, bas, à Scjanarelle.
Tu pleures , je pense ?
SGANABELLE.
Pardonnez-moi.
DONE ELVIRE
'C'est ce parfait et pur amour tpii nie conduit ici pour votre bien, pour vous faire part d'un avis du ciel , et tâcher de vous retirer du précipice où vous courez. Oui, don Juan, je sais tous les dérèglements de votre vie ; et ce même ciel , qui m'a touclié le cœur et fait jeter les yeux sur les égarements de ma conduite, m'a inspiré de vous venir trouver, et de vous dire de sa part que vos offenses ont épuisé sa miséricorde, que sa colère redoutable est près de tomber sur vous, qu'il est en vous de l'éviter par un prompt repentir, et que peut-être vous n'avez pas encore un jour à vous pouvoir soustraire au plus grand de tous les malheurs. Pour moi , je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde. Je suis revenue, grâces au ciel , de toutes mes folles pensées ; ma retraite est résolue, et je ne demande qu'assez de vie pour pouvoir expier la faute que j'ai faite, tt mériter,par une austère pénitence , le pardon de l'aveuglement où 'm'ont plongée les transports d'une passion condamnable. Mais, dans cette retraite, j'aurais une douleur extrême qu'une personne que j'ai chérie tendrement devînt un exemple funeste de la justice du ciel ; et ce me sera une joie incroyable , si je puis vous porter à détourner de dessus votre tête l'épouvantable coup qui vous menace. De grâce, don Juan, accordez-moi pour dernière faveur cette douce consolation; ne me refusez point votre salut , que je vous demande avec larmes; et si vous n'êtes point touché de votre intérêt , soyez-le au moins de mes prières , et m'épargnez le cruel déplaisir de vous voir condamner à des supplices éternels.
SGANAEELLE, à part.
Pauvre femme !
DONE ELVIRE
Je vous ai aimé avec une tendresse extrême, rien au monde ne m'a été si cher que vous , j'ai oublié mon devoir pour vous; j'ai fait toutes choses pour vous; et toute la récompense que je vous en demande, c'est de corriger votre vie, et de prévenir votre perte. Sauvez-vous , je vous prie , ou pour l'amour de vous, ou pour l'amour de moi. Encore une fois, don Juan, je vous le demande avec larmes; et si ce n'est assez des larmes d'une personne que vous avez aimée, je vous en conjure par tout ce qui est le plus capable de vous toucher.
SGANABELLE, à part, regardant don Juan.
Cœur de tigre !
DONE ELVIBE.
Je m'en vais, après ce discours; et voilà tout ce que j'avais à vous dire.
DON JUAN
Madame, il est tard, demeurez ici. On vous y logera le mieux qu'on pourra.
DONE ELVIRE
Non, don Juan, ne me retenez pas davantage.
DON JUAN
Madame , vous me ferez plaisir de demeurer , je vous assure.
DONE ELVIRE
Non, vous dis-je; ne perdons point de temps en discours superflus. Laissez-moi vite aller, ne faites aucune instance pour me conduire, et songez seulement à proOter de mon avis.