‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 518 sur 1284 · LUCRÈCE · texte numérisé non relu

LUCRÈCE

Et moi , je tiens que votre fille n'est point du tout propre pour le mariage. Elle est d'une complexion

trop délicate et trop peu saine, et c'est la vouloir envoyer bientôt en l'autre monde, que de l'exposer, comme elle est , à faire des enfants. Le monde n'e.'^l point (lu tout son fait, et je vous conseille de la mettre dans un couvent, où elle trouvera des divertissements qui seront mieux de son humeur.

SGANABELLE.

Tous ces conseils sont admirables assurément ; mais je les liens un peu intéressés, et trouve que vous me conseillez fort bien pour vous. Vous êtes orfèvre, monsieur Josse; et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de .sa marchandise. Vous vendez des tapisseries, monsieur Guillaume, et vous avez la mine d'avoir quelque tenture qui vous incommode. Celui que vous aimez, ma voisine, a dit-on, quelque inclination pour ma fille; et vous ne seriez pas fâchée de la voir la femme d'un autre. Et quant à vous, ma chère nièce, ce n'est pas mon dessein , comme on sait , de marier ma fille avec qui que ce soit, et j'ai mes raisons pour cela; mais le conseil que vous me donnez de la faire religieuse est d'une femme qui pourrait bien souhaiter charitablement d'être mon héritière universelle. Ainsi, messieurs et mesdames, quoique tous vos conseils soient les meilleurs du monde, vous trouverez bon , s'il vous plaît , que je n'en suive aucun, {seul. ) Voilà de mes donneurs de conseils à la mode.

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