‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 521 sur 1284 · LUCINDE, LISETTE · texte numérisé non relu

LUCINDE, LISETTE

LISETTE

Oiulit bien vrai, qu'il n'y a point de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.

LUCINDE

Eli bien, Lisette, j'avais tort de cacher mon déplaisir, et je n'avais qu'à parler pour avoir tout ce que je souhaitais démon père! Tu le vois.

LISETTE

Par ma foi, voilà un vilain homme; et je vous avoue que j'aurais un plaisir extrême à lui jouer (pielque tour, ftlais d'où vient donc, madame, que jusqu'ici vous m'avez caché votre mal?

LUCINDE

Uélas! de quoi m'aurait servi de te le découvrir plus tôt? el n'aurais-je pas autant gagné à le tenir caché toute ma vie? Crois-tu que je n'aie pas bien prévu tout ce que tu vois maintenant , que je ne susse pas à fond tous les sentiments de mon père , et que le refus qu'il a fait porter à celui qui m'a demandée par un ami n'ait pas étouffé dans mon âme toute sorte d'espoir?

LISETTE

Quoi! c'est cet inconnu qui vous a fait demander , pour qui vous...

LUCINDE

Peut-être n'est-il pas honnête h une fllle de s'expliquer si librement; mais enDn je t'avoue que s'il m'était permis de vouloir quelque chose , ce serait lui que je voudrais. Nous n'avons eu ensemble aucune conversation, et sa bouche ne m'a point déclaré la passion qu'il a pour moi ; mais, dans tous les lieux oij il m'a pu voir, ses regards et ses actions m'ont toujours parlé si tendrement, et la demande qu'il a fait faire de moi m'a paru d'un si honnête homme, que mon cœur n'a pu s'empêcher d'être sensible à ses ardeurs ; et cependant tu vois où la dureté de mon père réduit toute cette tendresse.

LISETTE

Allez, laissez-moi faire. Quelque sujet que j'aie de me plaindre de vous du secret que vous m'avez fait, je ne veux pas laisser de servir votre amour; et pourvu que vous ayez assez de résolution...

LUCINDE

.Mais que veux-tu que je fasse contre l'autorité d'un père? et s'il est inexorable à mes vœux...

LISETTE

Allez , allez , il ne faut pas se laisser mener comme un oison ; et pourvu que l'honneur n'y soit pas offensé , on peut se libérer un peu de la tyrannie d'un pore. Que prétend-il que vous fassiez ? N'êtes-vous

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