‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 526 sur 1284 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MM. TOMES, DESFONANDRÈS, MACROTON,

BAiiiS'; sganar?:lle, I.ISETTK.

SGANABELLE.

Eli bien, messieurs?

M. TOMES

Nous avons vu suffisamment la malade, et sans doute qu'il y a beaucoup d'impuretés en elle.

SGANAHELLE.

Ma fille est impure ?

M. TOMES

.le veux dire qu'il y a beaucoup d'impuretés dans son corps, quantité d'iiumeurs corrompues.

SGANABELLE.

Ail! je vous entends.

M. TOMES

Mais... Nous allons consulter ensemble.

SGANABELLE.

Allons , faites donner des sièges.

LISETTE, à M. Tomes.

Ah! monsieur, vous en êtes!

SGANABELLE , à Lisette.

De quoi donc connaissez-vous monsieur?

De l'avoir vu l'autre jour chez la bonne amie de madame votre nièce.

M. TOMES

Comment se porte son cocher?

LISETTE

Fort bien. Il est mort.

' Sons ces noms grecs, Molière osa jouer, devant le roi, les quatre premiers médecins de la cour : Desfougerais , Esprit , Guenaul , et Dacquln. Comme Molière voulait dcfjuiser leurs noms, il pria M. Despréaux de leur en faire do coinonaliles. Il eu fit en effet qui étaient tirés du grec , et qui marquaient le caractère de chacun de ces médecins. Il donua à M. Desfougerais le nom de Desfonaiidrès , qui signitie tiivur d' hommes ; à M. Esprit, qui bredouillait, celui de Baliis, qui &\gmt\e, jappant , ahcnjant; Macroton fut le nom qu'il donna à M. Gucnaut, parce qu'il pariait fort lentement ; et enlin celui de Tomes , qui signilie un sair/ncur, à M. Dacquin , qui aimait beaucoup la saignée. ( Ciceirm Rival, page 20. ) Il suffit de lire les lettres de Gui Patin, pour .se convaincre que Molière n'a rien exagéréen peignant les médecins de son siècle.

ACTii 11,

SCtNE III.

M. TOMES

Mort?

LISETTE

Oui.

Cela ne se peut.

LISETTE

Je ne sais pas si cela se peut; mai.s je sais bien que cela est.

M. TOMES

Il ne peut pas être mort , vous dis-je.

LISETTE

Et moi , je vous dis qu'il est mort et enterré.

M. TOMES

Vous vous trompez.

LISETTE

.le l'ai vu.

M. TOMES

Cela est impossible. Hippocrate dit que ces sortes de maladies ne se terminent qu'au quatorze ou au vingt-un ; et il n'y a que six jours qu'il est tombé malade.

LISETTE

Uippocratedirace qu'il lui plaira; mais le cocher est mort.

SOANABELLE.

Paix ! discoureuse. Allons, sortonsd'ici. Messieurs, je vous supplie de consulter de la bonne manière. Quoique ce ne soit pas la coutume de payer auparavant, toutefois , de peur que je ne l'oublie, et afin que ce soit une affaire faite, voici...

( Illeur donne de l'argent, et chacun, en le recevant, fait un geste différent. )

MM. DESFONANDRÈS, TOMES, MACROTON, BAUIS.

( Ils s'asseyent et totissent. )

M. DESF0N.4NDBÈS.

Paris est étrangement grand, et il faut faire de longs trajets quand la pratique donne un peu.

M. TOMÈS.

Il faut avouer que j'ai une mule admirable pour cela, et qu'on a peine à croire le chemin que je lui fais faire tous les jours.

M. DESFONANDEÈS.

J'ai un cheval merveilleux, et c'est un animal infatigable.

M. TOMÈS.

Savez-vous le chemin que ma mule a fait aujourd'hui? J'ai été, premièrement, tout contre l'Arsenal ; de l'Arsenal , au bout du faubourg Saint-Ger-

LâMOUR MEDECIN,

inain ; du faubourg Saint-Germain, au fond du Marais; du fond du Marais, à la porte Saint-Honoré; de la porte Saint-Honoré, au faubourg Saint- Jacques; du faubourg Saint- Jacques , à la porte de Richelieu' ; de la porte de Richelieu, ici; et d"ici je dois aller encore à la place Royale.

M. DESFONANDBÈS.

Mon cheval a fait tout cela aujourd'hui ; et de plus j'ai été à Ruel voir un malade.

Mais, à propos, quel parti prenez-vous dans la querelle des deux médecins Théophraste et Artémius ? car c'est une affaire qui partage tout notre corps.

M. DESFOXAXDBÈS.

Moi, je suis pour Artémius.

M. TOMES

Et moi aussi. Ce n'est pas que son avis, comme on a vu, n'ait tué le malade, et que celui de Théophraste ne fût beaucoup meilleur assurément; mais enfin il a tort dans les circonstances, et il ne devait pas être d'un autre avis que son ancien. Qu'en dites-vous ?

M. DESFONAXDBÈS.

Sans doute. Il faut toujours garder les formalités , quoi qu'il puisse arriver.

M. TOMES

Pour moi , j'y suis sévère en diable , à moins que ce soit entre amis; et l'on nous assembla, un jour, trois de nous autres , avec un médecin de dehors , pour une consultation où j'arrêtai toute l'affaire, et ne voulus point endurer qu'on opinât, si les choses n'allaient dans l'ordre. Les gens de la maison faisaient ce qu'ils pouvaient, et la maladie pressait; mais je n'en voulus point démordre , et la malade mourut bravement pendant cette contestation.

M. DESFONANDEÈS.

C'est fort bien fait d'apprendre aux gens à vivre, et de leur montrer leur bec jaune '.

M. TOMÈS.

Un homme mort n'est qu'un homme mort , et ne fait point de conséquence; mais une formalité négligée porte un notable préjudice à tout le corps des médecins.

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