‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 581 sur 1284 · ACTE V, SCENE L · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE L

De ce côté déjà vous n'avez rien à craindre :

Et pour votre procès, dont vous pouvez vous plaindre,

Il vous est en justice aisé d'y revenir,

Et contre cet arrêt...

ALCESTE

Non , je veux m'y tenir.

Quelque sensible tort qu'un tel arrêt me fasse , Je me garderai bien de vouloir qu'on le casse; On y voit trop à plein le bon droit maltraité. Et je veux qu'il demeure à la postérité Comme une marque insigne, un fameux témoignage De la méchanceté des hommes de notre âge. Ce sont vingt mille francs qu'il m'en pourra coûter ; Mais pour vingt mille francs j'aurai droit de pester Contre l'iniquité de la nature humaine , Et de nourrir pour elle une immortelle haine.

PHILINTE

Mais enfin...

ALCESTE

Mais enfin vos soins sont superflus.

Que pouvez-vous, monsieur, me dire là-dessus? Aurez-vous bien le front de me vouloir, en face, Excuser les horreurs de tout ce qui se passe ?

PHILINTE

Non , je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaît.

Tout marche par cabale et par pur intérêt;

Ce n'est plus que la ruse aujourd'hui qui l'emporte,

Et les hommes devraient être faits d'autre sorte.

IVIais est-ce une raison que leur peu d'équité

Pour vouloir se tirer de leur société?

Tous ces défauts humains nous donnent, dans la vie,

Des moyens d'exercer notre philosophie :

C'est le plus bel emploi que trouve la vertu ;

Et si de probité tout était revêtu ,

Si tous les cœurs étaient francs , justes , et dociles ,

La plupart des vertus nous seraient inutiles ,

Puisqu'on en met l'usage à pouvoir , sans ennui ,

Supporter dans nos droits l'injustice d'autrui ;

Et , de même qu'un cœur d'une vertu profonde...

Je sais que vous parlez, monsieur, le mieux du monde- ¥m beaux raisonnements vous abondez toujours ; Mais vous perdez le temps et tous vos beaux discours. La raison, pour mon bien, veut que je me retire : Je n'ai point sur ma langue un assez grand empire; De ce que je dirais je ne répondrais pas , Et je me jetterais cent choses sur les bras. Laissez-moi, sans dispute, attendre Célimène. Il faut qu'elle consente au dessein qui m'amène ; Je vais voir si son cœur a de l'amour pour moi ; Et c'est ce moment-ci qui doit m'en faire foi.

PHILINTE

Montons chez Élianle, attendant sa venue.

LE MISANTHROPE, ACTE V, SCfiXE III.

ai.<:kste.

ISoii , de Irup de souci je me sens l'âiiie émue. Allez-vous-en la voir, et me laissez enfin Dans oe petit coin sombre avec mon noir chagrin.

l'MILINTE.

C'est une compagnie étrange pour attendre; Kt je vais obliger Éliante à descendre.

Page 1