‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 587 sur 1284 · CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ALCESTE · texte numérisé non relu

CÉLIMÈNE, ÉLIANTE, ALCESTE

ALCESTE, à Célimène.

Eh bien! je me suis tu, malgré ce que je voi. Et j'ai laissé parler tout le monde avant moi. Ai-je pris sur moi-même un assez long empire? Et puis-je maintenant...

CÉLlSliiSE.

Oui , vous pouvez tout dire; Vous en êtes en droit , lorsque vous vous plaindrez , Et de me reprocher tout ce que vous voudrez. J'ai tort , je le confesse : et mon âme confuse Ne cherche à vous payer d'aucune vaine excuse. J'ai des autres ici méprisé le courroux ; Mais je tombe d'accord de mon crime envers vous. Votre ressentiment, sans doute, est raisonnable; Je sais combien je dois vous paraître coupable , Que toute chose dit que j'ai pu vous trahir, Et qu'enfin vous avez sujet de me haïr. Faites-le, j'y consens.

ALCESTE

Eh ! le puis-je, traîtresse?

Puis-je ainsi triompher de toute ma tendresse? Et, quoique avec ardeur je veuille vous haïr, Trouvé-je un cœur en moi tout prêt à m'obéir?

( à Éliante et à Philinte. ) Vous voyez ce que peut une indigne tendresse, Et je vous fais tous deax témoins de ma faiblesse. Mais , à vous dire vrai , ce n'est pas encor tout , Et vous allez me voir la pousser jusqu'au bout , Montrer que c'est à tort que sages on nous nomme, Et que dans tous les cœurs il est toujours de l'homme-

( à Célimène. ) Oui , je veux bien , perfide , oublier vos forfaits ; J'en saurai , dans mon âme , excuser tous les traits , Et me les couvrirai du nom d'une faiblesse Où le vice du temps porte votre jeunesse, Pourvu que votre cœur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains , Et que dans mon désert , où j'ai fait vœu de vivre. Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre. C'est par là seulement que , dans tous les esprits , Vous pouvez réparer le mal de vos écrits , Et qu'après cet éclat qu'un noble cœur abhorre. Il peut m'être permis de vous aimer encore.

CÉLIMÈNE

Moi , renoncer au monde avant que de vieilliri

LE MlSAiNTHROPE , Et dans votre désert aller in'ensevelir !

ALCESTE

Et s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde, Que vous doit importer tout le reste du monde? Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents ?

CÉLIMÈNE

La solitude effraie une âme de vingt ans. Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte. Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. Si le don de ma main peut contenter vos vœux , Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds ; Et l'hymen...

ALCESTE

Non. IMon cœur à présent vous déteste.

Et cerefus lui seul fait plus que tout le reste. Puisque vous n'êtes point , en des liens si doux , Pour trouver tout en moi , comme moi tout en vous , Allez , je vous refuse ; et ce sensible outrage De vos indignes fers pour jamais me dégage.

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