‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 595 sur 1284 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

VALÈRE, LUCAS, IVLARTINE.

LUCAS, à l'alère, sans voir Martine.

Parguienne! j'avons pris là tous deux une guéble de commission; et je ne sais pas, moi, ce que je pensons attraper.

VALÈBE , à Lucas, sans voir Martine.

Que veux-tu, mon pauvre nourricier ? il faut bien obéir à notre maître : et puis , nous avons intérêt , l'un et l'autre , à la santé de sa fille , notre maîtresse ; et sans doute son mariage, différé par sa maladie, nous vaudra quelque récompense. Horace, qui est libéral, a bonne part aux prétentions qu'on peut avoir sur sa personne ; et quoiqu'elle ait fait voir de l'amitié pour un certain Léandre, tu sais bien que son père n'a jamais voulu consentir à le recevoir pour son gendre ' .

MAHTINE, rêvant à part, se croyant seule.

Ne puis-je point trouver quelque invention pour me venger .'

LUCAS, à f'alère.

Mais quelle fantaisie s'est-il boutée là dans la tête, puisque les médecins y avont tous pardu leur latin ? VALÈRE, à Lucas.

On trouve quelquefois, à force de chercher, ce qu'on ne trouve pas d'abord; et souvent en de simples lieux...

MARTINE, se croyant toujours seule.

Oui, il faut que je me venge à quelque prix que ce soit. Ces coups de bâton me reviennent au cœur, jenelessauraisdigérer; et.... {heurtant f'alère et Lucas.) Ah! messieurs, je vous demande pardon; je

' Dans la liste des personnages , Vatère est qualifié de domestique de Géronte. Ce mot vient da latin domus, maison, famille , et siguilie qui est de la maison , qui est de la famille. On lui a laissé cette acception dans ces phrases : la vie domestique, le bonheur domestique , c'est-à-dire la vie de famille, le bonheur de la famille. Il est probable que Valère est attaché à Géronte en qualité d'intendant ou de secrétaire.

ne vous voyais pas , et cherchais dans ma tête quelque chose qui m'embarrasse.

VALÈRE

Chacun a ses soins dans le monde, et nous cherchons aussi ce que nous voudrions bien trouver.

MARTINE

Serait-ce quelque chose où je vous puisse aider ?

VALÈBE.

Cela se pourrait faire; et nous tâchons de rencontrer quelque habile homme, quelque médecin particulier, qui pilt donner quelque soulagement à la fille de notre maître , attaquée d'une maladie qui lui a ôté tout d'un coup l'usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur science après elle . mais on trouve parfois des gens avec des secrets admirables, de certains remèdes particuliers, qui font le plus souvent ce que les autres n'ont su faire ; et c'est là ce que nous cherchons.

MARTINE, bas,àpart.

Ah ! que le ciel m'inspire une admirable invention pour me venger de mon pendard! {haut.) Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser pour rencontrer ce que vous cherchez; et nous avons un homme, le plus merveilleux homme du monde pour les maladies désespérées.

VALÈRE

Eh ! de grâce, oîi pouvons-nous le rencontrer ?

MARTINE

Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s'amuse à couper du bois.

LUCAS

Un médecin qui coupe du bois !

VALÈRE

Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire!

MARTINE

Non ; c'est un homme extraordinaire qui se plaît à cela, fantasque, bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il va vêtu d'une façon extravagante , affecte quelquefois de paraître ignorant , tient sa science renfermée , et ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du ciel pour la médecine.

VALÈBE.

C'est une chose admirable, que tous les grands hommes ont toujours du caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science.

MARTINE

La folie de celui-ci est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va parfois jusqu'à vouloir être battu pour demeurer d'accord de sa capacité; et je vous donne avis que vous n'en viendrez pas à bout, qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin , s'il se le met en fantaisie, que vous ne preniez chacun un bâton, et

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