LÉANDRE, SGANARELLE
LÉANDBE.
Monsieur, il y a longtemps que je vous attends; et je viens implorer votre assistance.
SGANABELLE, lui tâtant le pouls.
Voilà un pouls cfui est fort mauvais.
LEANDBE.
Je ne suis point malade, monsieur; et ce n'est pas pour cela que je viens à vous.
SGANABELLE.
Si vous n'êtes pas malade, que diable ne le ditesvous donc?
LEANDBE.
Non. Pour vous dire la chose en deux mots, je m'appelle Léandre, qui suis amoureux deLucinde, que vous venez de visiter; et comme, par la mauvaise humeur de son père, toute sorte d'accès m'est fermé auprès d'elle, je me hasarde à vous prier de vouloir servir mon amour, et de me donner lieu d'e.xécuter un stratagème que j'ai trouvé pour lui pouvoir dire deux mots d'oii dépendent absolument mon bonheur et ma vie.
SGANARELLE
Pour qui me prenez-vous? Comment! oser vous adresser à moi pour vous servir dans votre amour, et vouloir ravaler la dignité de médecin à des emplois de cette nature !
LÉANDBE.
Monsieur, ne faites point de bruit.
SGANARELLE, en le faisant rcculer.
J'en veux faire, moi. Vous êtes un impertinent!
LÉANDBE.
Eh! monsieur, doucement.
SGANARELLE
Un malavisé!
LÉANDBE.
De grâce !
SGANABELLE.
Je vous apprendrai que je ne suis point homme à cela, et que c'est une insolence e.\trême... LÉANDBE , tirant une bourse.
Monsieur...
De vouloir m'employer... ( recevant la bourse. ) Je ne parle pas pour vous, car vous êtes honnête homme ; et je serais ravi de vous rendre senice : mais il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre
LE MÉDECIN MALGllÉ LUI, ACTE III, SCÈNE II.
les gens pour ce qu'ils ne sont pas; et je vous avoue que cela nie met en colère.
LÉANDBE.
.re vous demande pardon, monsieur, de la liberté que...
SGANAKELLE.
Vous vous moquez. De quoi est-il question?
LÉANDUE.
Vous saurez donc, monsieur, que cette maladie que vous voulez guérir est une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut; et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédait, qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie : mais il est certain que l'amour en est la véritable cause, et que Lucinde n'a trouvé cette maladie que pour se délivrer d'un mariage dont elle était importunée. Mais, de crainte qu'on ne nous voie ensemble, retirons-nous d'ici ; et je vous dirai en marchant ce que je souhaite de vous.
SGANAnELLE.
Allons, monsieur : vous m'avez donné pour votre amour une tendresse qui n'est pas concevable ; et j'y perdrai toute ma médecine, ou la malade crèvera, ou bien elle sera à vous.