‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 620 sur 1284 · LE MÉDECIN MALGRÉ LUI, ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

LE MÉDECIN MALGRÉ LUI, ACTE III, SCÈNE VI

tant que l'incongruité des humeurs opaques, qui se rencontrent au tempérament naturel des femmes , étant cause que la partie brutale veut toujours prendre empire sur la sensitive , on voit que l'inégalité de leurs opinions dépend du mouvement oblique du cercle de la lune ; et comme le soleil , qui darde ses rayons sur la concavité de la terre , trouve... LHCINDE, à Léandre.

Non, je ne suis point du tout capable de changer de sentiment.

GÉRONTE

Voilà ma fille qui parle ! O grande vertu du remède ! ô admirable médecin ! Que je vous suis obligé, monsieur , de cette guérison merveilleuse ! et que puis-je faire pour vous après un tel service .' SGANABELLE, se promenant sur le théâtre et s'éventant avec son chapeau.

Voilà une maladie qui m'a bien donné de la peine!

LUCINDE

Oui, mon père, j'ai recouvré la parole ; mais je l'ai recouvrée pour vous dire que je n'aurai jamais d'autre époux que Léandre, et que c'est inutilement que vous voulez me donner Horace.

GÉHONTE.

Mais...

LUCINDE

Rien n'est capable d'ébranler la résolution que j'ai prise.

GBBONTE.

yuoi...

LUCINDE

Vous m'opposerez en vain de belles raisons.

GÉHOîiTB.

Si...

LUCINDE

Tous vos discours ne serviront de rien.

GÉBONTE.

Je...

LUCINDE

C'est une chose où je suis déterminée.

GÉRONTE

Mais...

LUCINDE

Il n'est puissance paternelle qui me puisse obliger à me marier malgré moi.

GÉRONTE

J'ai...

LUCINDE

Vous avez beau faire tous vos efforts.

GÉHONTE.

LUCINDE

Mon cœur ne saurait se soumettre à cette tyrannie.

GÉBONTE.

LUCINDE

Et je me jetterai plutôt dans un couvent, que d'épouser un honune que je n'aime point.

GÉBOKTE.

Mais...

LUCINDE , avec vivacité.

Non. En aucune façon. Point d'affaires. Vous perdez le temps. Je n'en ferai rien. Cela est résolu.

GÉBONTE.

Ah ! quelle impétuosité de paroles ! U u'y a pas moyen d'y résister, (à Sganarelle.) Monsieur , je vous prie de la faire redevenir muette.

SGANABELLE.

C'est une chose qui m'est impossible. Tout ce que je puis faire pour votre service est de vous rendre sourd , si vous voulez.

GÉRONTE

Je vous remercie. ( à Lucinde. ) Penses-tu donc...

LUCINDE

Non, toutes vos raisons ne gagneront rien sur mon âme.

Tu épouseras Horace dès ce soir.

LUCINDE

J'épouserai plutôt la mort.

SGANABELLE, à Gérante.

Mon Dieu ! arrêtez-vous , laissez-moi médicamenter cette affaire ; c'est une maladie qui la tient , et je sais le remède qu'il y faut apporter.

GÉBONTE.

Serait-il possible, monsieur, que vous pussiez aussi guérir cette maladie d'esprit?

SGANABELLE.

Oui ; laissez-moi faire, j'ai des remèdes pour tout ; et notre apothicaire nous servira pour cette cure. (« Léandre. ) Un mot. Vous voyez que l'ardeur qu'elle a pour ce Léandre est tout à fait contraire aux volontés du père; qu'il n'y a point de temps à perdre; que les humeurs sont fort aigries; et qu'il est nécessaire de trouver promptement un remède à ce mal , qui pourrait empirer par le retardement. Pour moi , je n'y en vois qu'un seul, qui est ime prise de fuite purgative, que vous mêlerez comme il faut avec deux dragmes de matrimonium en pilules. Peut-être ferat-elle quelque difficulté à prendre ce remède ; mais comme vous êtes habile homme dans votre métier , c'est à vous de l'y résoudre, et de lui faire avaler la chose du mieux que vous pourrez. Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin , afin de préparer les humeurs, tandis que j'entretiendrai ici son père: mais surtout ne perdez point de temps. Au remède, vite, au remède spécifique !

Page 1