SCENE III
ADRASTE, DEUX LAQV A\S , portant chacun un flambeau; HALI.
ADRASTE
Est-ce toi, llali?
HALI
Et qui pourrait-ce être que moi , à ces heures de nuit? Hors vous et moi, monsieur, je ne crois pas que personne s'avise de courir maintenant les rues.
ADHASTE.
Aussi ne crois-je pas qu'on puisse voir personne qui sente dans son cœur la peine que je sens. Car enfin, ce n'est rien d'avoir à combattre l'indifférence ou les rigueurs d'une beauté qu'on aime; on a toujours au moins le plaisir de la plainte, et la liberté des soupirs; mais ne pouvoir trouver aucune occasion de parler à ce qu'on adore, ne pouvoir savoir d'une belle si l'amour qu'inspirent ses yeux est pour lui plaire, ou lui déplaire, c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes, et c'est oîi nie réduit l'incommode jaloux qui veille avec tant de souci sur ma charmante Grecque, et ne fait pas un pas sans la traîner à ses côtés.
HALI
Mais il est , en amour, plusieurs façons de se parler; et il me semble, à moi, que vos yeux et les siens, depuis près de deux mois, se sont dit bien des choses.
ADRASTE
Il est vrai qu'elle et moi souvent nous nous sommes parlé des yeux; mais comment reconnaître, que chacun de notre côté, nous ayons, comme il faut, expliqué ce langage? Et quesais-je, après tout, si elle entend bien tout ce que mes regards lui disent, et si les siens me disent ce que je crois parfois entendre?
HALI
Il faut chercher quelque moyeu de se parler d'auue manière.