‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 690 sur 1284 · MAKI AXE · texte numérisé non relu

MAKI AXE

Qui voulez-vous , mon père , que je dise Qui me touche le cœur, et qu'il me serait doux De voir, par votre choix , devenir mon époux ?

OBGON.

Tartuffe.

UABIANE.

Il n'en est rien, mon père, je vous jure. Pourquoi me faire dire une telle imposture?

OBGON.

Mais je veux que cela soit une vérité;

Et c'est assez pour vous que je l'aie arrêté.

MABIAN'E.

Quoi! vous voulez, mon père?...

OBGOX.

Oui , je prétends, ma fille, Fnir, par votre hymen , Tartuffe à ma famille. 11 sera votre époux , j'ai résolu cela ;

(apercevant Dorine. ) Et comme sur vos vœux je... Que faites-vous là? La curiosité qui vous presse est bien forte , Ma mie, à nous venir écouter de la sorte.

DOBISE.

Vraiment , je ne sais pas si c'est un bruit qui part De quelque conjecture, ou d'un coup de hasard ; Mais de ce mariage on m'a dit la nouvelle , Et j'ai traité cela de pure bagatelle.

OBGON.

Quoi donc ! la chose est-elle incroyable ?

DOBINE.

\ tel point

NOLIÈRc.

Que vous-même, monsieur, je ne vous en croîs ponit.

OBGON.

Je sais bien le moyen de vous le faire croire.

DOBINE.

Oui , oui , vous nous contez une plaisante histoire !

OKGON.

Je conte justement ce qu'on verra dans peu.

DOKINE.

Chansons !

OBGON.

Ce qxie je dis , ma Olle , n'est point jeu.

DOKINE.

Allez, necroyezpoint à monsieur votre père ; Il raille.

OBGOS.

Je vous dis...

DOBINE.

Kon , vous avez beau faire , On ne vous croira point.

OBGON.

A la fin mon courroux...

DOKINE.

F.h bien ! on vous croit donc ; et c'est tant pis pour vous. Quoi! se peut-il, monsieur, qu'avec l'air d'homme sage. Et cette large barbe au milieu du visage, Vous soyez assez fou pour vouloir?...

OBGON.

Écoutez :

Vous avez pris céans certaines privautés Qui ne me plaisent point ; je vous le dis , ma mie.

DOBINE.

Parlons sans nous fâcher, monsieur, je vous supplie.

Vous moquez-vous des gens d'avoir fait ce complot ?

Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot :

Il a d'autres emplois auxquels il faut qu'il pense.

Et puis, que vous apporte une telle alliance?

A quel sujet aller, avec tout votre bien ,

Choisir un gendre gueux?...

OBGON.

Taisez-vous. S'il n'a rien, Sachez que c'est par là qu'il faut qu'on le révère. Sa misère est sans doute une honnête misère ; Au-dessus des grandeurs elle doit l'élever, Puisqu'enfin de son bien il s'est laissé priver Par son trop peu de soin des choses temporelles , Et sa puissante attache aux choses éternelles. Mais mon secours pourra lui donner les moyens De sortir d'embarras, et rentrer dans ses biens : Ce sont fiefs qu'à bon titre au pays on renomme; Et, tel que l'on le voit, il est bien gentilhomme.

DOKINE.

Oui, c'est lui qui le dit; et cette vanité. Monsieur, ne sied pas bien avec la piété. Qui d'une sainte vie embrasse l'innocence

LE TARTUFFE, ACTK H, SCÈ.Mi 11.

Ne (luit puint tant prôner son nom et sa naissance; l'".t riiiiiiiMr promit' de la dévotion SouflVc mal les ('•clats de cette ambition. A (|iioil)onoct orgueil?.. .ÎMaisccdiscours vous blesse: Parlons de sa personne, et laissons sa noblesse. Ferez-vous possesseur, sans quelque peu d'ennui , D'une lille comme elle un homme eonnne lui ? Et ne devez-vous pas songer aux bienséances , F.t (le cette union prévoir les conséquences.' Sachez que d'une lille on risque la vertu, Lorsque dans son hymen son goût est combattu; Que le dessein d'y vivre en honnête personne Dépend des qualités du mari qu'on lui donne , Kl que ceux dont partout on montre au doigt le front Font leurs femmes souvent ce qu'on voit qu'elles sont. Il est bien difficile enfin d'être fidèle A de certains maris faits d'un certain modèle; Kt (pii donne à sa fille un homme qu'elle hait r.st responsable au ciel des fautes qu'elle fait. Songez à quels périls votre dessein vous livre.

ORGON

Je vous dis qu'il me faut apprendre d'elle à vivre !

DORINE

A'ous n'en feriez que mieux de suivre mes leçons.

OKGON.

Ne nous amusons point, ma fille, à ces chansons; .(e sais ce qu'il vous faut , et je suis votre père. J'avais donné pour vous ma parole à Valère ; Mais , outre qu'à jouer on dit qu'il est enclin , Je le soupçonne encor d'être un peu libertin ; Je ne remarque point qu'il hante les églises.

DOllIXE.

Voulez-vous qu'il y coure à vos heures précises , Comme ceux qui n'y vont que pour être aperçus.'

ORGOX.

Je ne demande pas votre avis là-dessus. Enfin avec le ciel l'autre est le mieux du monde, Et c'est une richesse à nulle autre seconde. Cet hymen de tous biens comblera vos désirs, Il sera tout confit en douceurs et plaisirs. Ensemble vous vivrez , dans vos ardeurs fidèles , Comme deux vrais enfants, comme deux tourterelles : j\ nul fâcheux débat jamais vous n'en viendrez; Et vous ferez de lui tout ce que vous voudrez.

DOKINE,

Elle? Elle n'en fera qu'un sot, je vous assure.

Ouais ! quels discours !

DOEIXE.

Je dis qu'il en a l'encolure , Et que son ascendant , monsieur, l'emportera Sur toute la vertu que votre fille aura.

ORGON

<^essez de m'iiiterrompre, et songez à vous taire,

Sans mettre votre nez où vous n'avez que faire.

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