‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 693 sur 1284 · LE TARTUFFE, ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LE TARTUFFE, ACTE II, SCÈNE IV

MABIANE.

Mais que veux-tu? si j'ai de la timidité...

DOBIME.

Mais l'amour dans un cœur veut de la fermeté.

MARIANE

Mais n'en gardé-je pas pour les feux de Valère? Et n'est-ce pas à lui de ui'obtenir d'un père.'

DOEINE.

■Riais quoi! si votre père est un bourru fieffé, Qui s'est de son Tartuffe entièrement coiffé , El manque à l'union qu'il avait arrêtée, T-a faute à votre ainant doit-elle être imputée?

MARIANE

Mais , par un liaut refus et d'éclatants mépris , Ferai-je , dans mon choix , voir un cœur trop épris ? Sortirai-je pour lui , quelque éclat dont il brille , Ue la pudeur du sexe , et du devoir de fille ? Et veux-tu que mes feux par le monde étalés ?...

DORINE

Non , non , je ne veux rien. Je vois que vous voulez f.treàmonsieurTartuffe; etj'aurais, quand j'y pense, Tort de vous détourner d'une telle alliance. Quelle raison aurais-je à combattre vos vœux? Le parti de soi-même est fort avantageux. [pose ? Monsieur Tartuffe ! oh! oh! n'est-ce rien qu'on pro- Certes , monsieur Tartuffe , à bien prendre -la chose , N'est pas un homme , non , qui se mouche du pie<l ; Et ce n'est pas peu d'heur que d'être sa moitié. Tout le monde déjà de gloire le couronne ; 11 est noble chez lui, bien fait de sa personne; 11 a l'oreille rouge et le teint bien fleuri : Vous vivrez trop contente avec un tel mari.

MABIANE.

TVIonDieu!...

DORIN'E.

Quelleallégresseaurez-vousdans votre âme.

Quand d'un époux si beau vous vous verrez la femme!

MABIANE.

Ah! cesse, je te prie, un semblable discours ;

Et contre cet hymen ouvre-moi du secours.

C'en est fait , je me rends , et suis prête à tout faire.

Non, il faut qu'une fille obéisse à son père.

Voulût-il lui donner un singe pour époux.

Votre sort est fort beau : de quoi vous plaignez-vous?

Vous irez par le coche en sa petite ville.

Qu'en oncles et cousins vous trouverez fertile ,

Kt vous vous plairez fort à les entretenir.

D'abord chez le beau monde on vous fera venir.

Vous irez visiter, pour votre bienvenue,

Madame la baillive et madame l'élue.

Qui d'un siège pliant vous feront honorer.

Là, dans le carnaval , vous pourrez espérer

Le bal et la grand'bande, à savoir, deux musettes,

Et parfois Fagotin et les marionneHes; Si pourtant votre époux...

HABIANE.

Ah! tu me fais mourir.

De tes conseils plutôt songe à me secourir.

DOBINE.

Je suis votre servante.

MABIANE.

Hé! Dorine, de grâce...

DOBI.NE.

Il faut, pour vous punir, que cette affaire passe.

MABIA.NE.

Ma pauvre Qlle!

DORIKE.

Non.

MARIANE

Si mes vœux déclarés...

DORINE

Point. Tartuffe est votre homme, et vous en tdterez.

MABIANE.

Tu sais qu'à toi toiyours je me suis confiée : Fais-moi...

DORINE

Non , vous serez , ma foi , tartufiiée.

MABIANE.

Eh bien! puisque mon sort ne saurait t'émouvoir. Laisse-moi désormais toute à mon désespoir : C'est de lui que mon cœur empruntera de l'aide ; Et je sais de mes maux l'infaillible remède.

{Mariane veut s'en aller.)

DOBISE.

lié! la , la, revenez. Je quitte mon courroux. Il faut , nonobstant tout , avoir pitié de vous.

MARIANE

Vois-tu, si l'on m'expose à ce cruel martyre, Je te le dis, Dorine, il faudra que j'expire.

Ne vous tourmentez point. On peut adroitement Empêcher... Mais voici Valère, votre amant.

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