ACTE II, SCENE IV
Et je déclare, moi, que je prétends le faire, Puisque vous m'en donnez le conseil salutaire.
Ne vous excusez point sur mes intentions. Vous aviez pris déjà vos résolutions; Et vous vous saisissez d'un prétexte frivole Pour vous autoriser à manquer de parole.
MARIANE
Il est vrai , c'est bien dit.
VALÈRE
Sans doute; et votre coeur N'a jamais eu pour moi de véritable ardeur.
MARIANE
Hélas! permis à vous d'avoir cette pensée.
VALÈRE
Oui , oui, permis à moi ; mais mon âme offensée Vous préviendra peut-être en un pareil dessein ; Et je sais où porter et mes vœux et ma main.
MARIANE
AJi ! je n'en doute point ; et les ardeurs qu'excite Le mérite...
VALÈHE.
Mon Dieu! laissons là le mérite; J'en ai fort peu, sans doute; et vous en faites foi. Mais j'espère aux bontés qu'une autre aura pour moi , Et j'en sais de qui l'âme, à ma retraite ouverte, Consentira sans honte à réparer ma perte.
MARIANE
La perte n'est pas grande; et de ce changement Vous vous consolerez assez facilement.
VALÈHE.
J'y ferai mon possible ; et vous le pouvez croire.
Un cœur qui nous oublie engage notre gloire;
Il faut à l'oublier mettre aussi tous nos soins ;
Si l'on n'en vient à bout , on le doit feindre au moins
Et cette lâcheté jamais ne se pardonne ,
De montrer de l'amour pour qui nous abandonne.
MARIANE
Ce sentiment , sans doute , est noble et relevé.
VALÈHE.
Fort bien ; et d'un chacun il doit être approuvé. Eh quoi ! vous voudriez qu'à jamais dans mon âme Je gardasse pour vous les ardeurs de ma flamme , Et vous visse, à mes yeux, passer en d'autres bras, Sans mettre ailleurs uncœurdont vous ne voulez pas ?
MARIANE
Au contraire ; pour moi , c'est ce que je souhaite ; Et je voudrais déjà que la chose fût faite.
VALÈRE
Vous le voudriez ?
MARIANE
Oui.
VALÈRE
C'est dssez m'insulte?,
3!»0 LK TAHTUIFE, AC
Madame ; et , de ce pas , je vais vous contenter.
( //fait un pas pour s'en aller.)
MARIAGE
Fort bien.
y ALtuE , revenant.
Souvenez-vous au moins que c'est vous-niàne Qui contraignez mon cœur à cet effort extrême.
MARIANE
Oui.
VALÈBE, revenant encore.
Et que le dessein que mon âme conçoit iN'i'st rien qu'à votre exemple.
MAHIANE.
A mon exemple , soit.
V ALÈBE , en sortant.
.Suffit : vous allez être à point nommé servie.
MARIANE
Tant mieux.
\A.i,TiRE, revenant encore.
Vous me voyez , c'est pour toute ma vie.
MABIAISE.
A la bonne heure.
VALÈRE , se retournant lorsqu'il est prêt à sortir. Hé.'
MARIANE
Quoi?
VALÈRE
Ke m'appelez-vous pas?
MARIANE
I\Ioi ! Vous rêvez.
VALÈBE.
Eh bien ! je poursuis donc mes pas.
Adieu, madame.
( // s'en va lentement. )
MARIAIN'E.
Adieu, monsieur.
SOBINE , à Mariane.
Pour moi , je pense Que vous perdez l'esprit par cette axtravagance : F.t je vous ai laissés tout du long quereller. Pour voir où tout cela pourrait enfin aller, llolà! seigneur Valère.
( Elle arrête l 'alère par le bras. ) VALÈRE , feignant de résister.
Hé ! que veux-tu , Dorine !
DORINE
Venez ici.
VALÈRE
Non , non , le dépit me domine :
Ke me détourne point de ce qu'elle a voulu.
nORIJIE.
Arrêtez.
VALÈBE.
Non, vois-tu, c'est un point résolu.
Tli II, SCENE IV.
DORINE
Ail!
MARIANE, «/)ar<.
Il souffre à me voir, ma présence le chasse; Et je ferai bien mieux de lui quitter la place. DORINE, quittant f 'alère, et courant après Mariane. A l'autre! Où courez-vous?
MABIANE.
Laisse.
DORIXE.
Il faut revenir.
MARIANE
Non, non, Dorine; en vain tu veux me retenir.
VALÈRE, à /jor/.
.le vois bien que ma vue est pour elle un supplice ; Et sans doute il vaut mieux que je l'en affranchisse. jiORiîiJi, quittant .Mariane, et courant après T'alêre. Encor ! Diantre soit fait de vous ! Si , je le veux. Cessez ce badinage, et venez çà tous deux. {Elle prcndYalèreet Mariane par lu main,etlesramine.)
VALÈRE, o Dorine.
Mais quel est ton dessein?
MARIANE, à Dorine.
Qu'est-ce que tu veux faire?
Vous bien remettre ensemble, et vous tirer d'affaire.
(à f 'alère.) Êtes-vous fou d'avoir un pareil démêlé?
VALÈRE
N'as-tu pas entendu comme elle m'a parlé?
DORINE, à Mariane.
Êtes-vous folle, vous, de vous être emportée?
MARIANE
N'as-tu pas vu la chose, et comme il m'a traitée ?
DORINE
(à f alère.) Sottise des deux parts. Elle n'a d'autre soin Que de se conserver à vous , j'en suis témoin.
{à Mariane.) Il n'aime que vous seule, et n'a point d'autre envie Que d'être votre époux ; j'en réponds sur ma vie.
MARIANE, à J alère.
Pourquoi donc me donner un semblable conseil ?
VALÈRE , à Mariane.
Pourquoi m'en demander sur un sujet pareil ?
DORINE
Vous êtes fous tous deux. Çà, la main l'un et l'autie.
(o I alère.) Allons , vous.
VALÈBE, en donnant sa main à Dorine.
A quoi bon ma main?
DOBINE, à Mariane.
Ah çà! la vôtre.