‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 705 sur 1284 · ORGON, DAMIS, TARTUFFE · texte numérisé non relu

ORGON, DAMIS, TARTUFFE

OBfjON.

Ce que je viens d'entendre , ô ciel ! est-ii croyable .'

TABTUFFE.

Oui , mon frère , je suis un méchant , un coupable , Un malheureux pécheur, tout plein d'iniquité , Le plus grand scélérat qui jamais ait été. Chaque instant de ma vie est chargé de souillures ; Elle n'est qu'un amas de crimes et d'ordures ; Et je vois que le ciel , pour ma punition , Me veut mortifier en cette occasion.

De quelque grand forfait qu'on me puisse reprendre , Je n'ai garde d'avoir l'orgueil de m'en défendre. Croyez ce qu'on vous dit, armez votre courroux , Et comme un criminel chassez-moi de chez vous ; Je ne saurais avoir tant de honte en partage , Que je n'en aie encor mérité davantage.

ORGON , à son fils.

Ah ! traître , oses-tu bien , par cette fausseté , Vouloir de sa vertu ternir la pureté ?

Quoi ! la feinte douceur de cette âme hypocrite Vous fera démentir...

OBGON.

Tais-toi, peste maudite!

TARTUFFE

Ah, laissez-le parler ; vous l'accusez à tort , Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport. Pourquoi sur un tel fait m'étre si favorable ? Savez-vous , après tout , de quoi je suis capable .' Vous fiez-vous , mon frère , à mon extérieur .' Et, pour tout ce qu'on voit, me croyez-vous meilleur? Non, non : vous vous laissez tromper à l'apparence; Et je ne suis rien moins , hélas ! que ce qu'on pense. Tout le monde me prend pour un homme de bien ; Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.

{s'adressant à Damis. ) Oui , mon cher fils, parlez ; traitez-moi de perfide D'infâme , de perdu , de voleur, d'homicide ; Accablez-moi de noms encor plus détestés : Je n'y contredis point , je les ai mérités ; Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie , Comme une honte due aux crimes de ma vie.

OBGON.

( à Tartuffe. ) ( à son fils. )

Mon frère , c'en est trop. Ton cœur ne se rend point , Traître !

BAMIS.

Quoi! ses discours vous séduiront au point...

ORGON

( relevant Tartuffe ) . Tais-toi, pendard ! Mon frère, hé ! levez-vous, de grSce !

{à son fils.) Infâme !

DAUIS.

Il peut...

ORGON

Tais-toi.

DAMIS

J'enrage. Quoi! je passe...

ORGON

Si tu dis un seul mot , je te romprai les bras.

TARTUFFE

IMon frère, au nom de Dieu, ne vous emportez pas! J'aimerais mieux souffrir la peine la plus dure , Qu'il eût reçu pour moi la moindre égratignure.

ORGON, à son fils.

Ingrat !

TARTUFFE

Laissez-le en paix. S'il faut , à deux genoux , Vous demander sa grâce...

ORGON , se jetant aussi à genoux, et embrassant Tartuffe.

Hélas ! vous moquez-vous ?

( à son fils. ) Coquin! vois sa bonté!

DAMIS

Donc...

Paix!

DAMIS

Quoi! je...

ORGON

Paix , dis-je :

Je sais bien quel motif à l'attaquer t'oblige , Vous le haïssez tous ; et je vois aujourd'hui Femme, enfants et valets, déchaînés contre lui. On met impudemment toute chose en usage Pour ôter de chez moi ce dévot personnage : Mais plus on fait d'efforts afin de l'en bannir. Plus j'en veux employer à l'y mieux retenir ; Et je vais me hâter de lui donner ma fille, Pour confondre l'orgueil de toute ma famille.

DAMIS

A recevoir sa main on pense l'obliger?

ORGON

Oui , traître , et dès ce soir, pour vous faire enrager. Ah ! je vous brave tous , et vous ferai connaître Qu'il faut qu'on m'obéisse , et que je suis le maître. Allons , qu'on se rétracte , et qu'à l'instant , fripon , On se jette à ses pieds pour demander pardon.

DAMIS

Qui ? moi ! de ce coquin , qui par ses impostures.. .

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