‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 710 sur 1284 · ORGON, ELJIIRE, MARIANE, CLÉANTE, DORINE · texte numérisé non relu

ORGON, ELJIIRE, MARIANE, CLÉANTE, DORINE

ORGON

Ah ! je me réjouis de vous voir assemblés.

LE TARTUFFK, ACTK IV, SCE^E III.

(àMariane.) Je porte en ce contrat de quoi vous faire rire, i;t vous savez déjà ee que cela veut dire.

MABiANJî, aux (joiou.r il'Orf/oii.

Mon père, au nom du ciel qui cojinaît ma douleur, Kt par tout ce qui peut émouvoir votre cœur, Kelàchez-vous un peu des droits de la naissance, Kt dispensez mes vœux de cette obéissance. Ne me réduisez point, par cette dure loi, .lusqu'à me plaindre au ciel de ce que je vous doi ; Kt cette vie, hélas, que vous m'avez donnée , IN'e me la rendez pas, mon père, infortunée. Si , contre un doux espoir que j'avais pu former. Vous me défendez d'être à ce que j'ose aimer. Au moins, par vos bontés qu'à vos genoux j'implore, Sauvez-rnoi du tourment d'être à ce que j'abhorre ; Et ne me portez point à quelque désespoir, Kn vous servant sur moi de tout votre pouvoir.

OUGON, se sentant attendrir.

Allons, ferme, mon cœur! point de faiblesse hu- MAniANE. [maine!

Vos tendresses pour lui ne me font point de peine; Faites-les éclater, donnez-lui votre bien. Et , si ce n'est assez , joignez-y tout le mien ; J'y consens de bon cœur, et je vous l'abandonne : Mais, au moins, n'allez pas jusques à ma personne; Et souffrez qu'un couvent, dans les austérités. Use les tristes jours que le ciel m'a comptés.

ORGON

Ah ! voilà justement de mes religieuses , Lorsqu'un père combat leurs flammes amoureuses ! Debout. Plus votre cœur répugne à l'accepter. Plus ce sera pour vous matière à mériter. Mortifiez vos sens avec ce mariage , VA ne me rompez pas la tête davantage.

DORINE

Mais quoi !...

OKGON.

Taisez-vous , vous. Parlez à votre écot '. Je vous défends, tout net, d'oser dire un seul mot.

CLÉANTE

Si par quelque conseil vous souffrez qu'on réponde...

OBGON.

Mon frère , vos conseils sont les meilleurs du monde; Ils sont bien raisonnes , et j'en fais un grand cas : Mais vous trouverez bon que je n'en use pas.

EL511EE , à Orgon.

A voir ce que je vois , je ne sais plus que dire ; Et votre^veuglement fait que je vous admire. C'est être bien coiffé, bien prévenu de lui , (Jue de nous démentir sur le fait d'aujourd'hui !

' Parif: à votre cent , expression proverbiale qui veul dire : Parle/, à ceux qui sont de voire éCot , de voire compagnie. ( P. )

OBGO.N.

Je suis voire valet, et crois les apparences. Pour mon fripon de (ils je sais vos complaisances , Et vous avez eu peur de le désavouer Du trait qu'à ce pauvre homme il a voulu jouer. Vous étiez trop tranquille , enfin , pour être crue; Et vous auriez paru d'autre manière émue.

ELMIIIF..

Est-ce qu'au simple aveu d'un amoureux transport Il faut que notre honneur se gendarme si fort ? Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche, Que le feu dans les yeux , et l'injure à la bouche ? Pour moi , de tels propos je me ris simplement; Et l'éclat, là-dessus , ne me plaît nullement. J'aime qu'avec douceur nous nous montrions sages Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages Dont l'honneur est armé de griffes et de dents , Et veut au moindre mot dévisager les gens. Jle préserve le ciel d'une telle sagesse ! Je veux une vertu qui ne soit point diablesse; Et crois que d'un refus la discrète froideur N'en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

ORGON

Enfin je sais l'affaire , et ne prends point le change.

ELMIRE

J'admire , encore un coup, cette faiblesse étrange : Mais que me répondrait votre incrédulité Si je vous faisais voir qu'on vous dit vérité?

ORGON

Voir!

ELMIRE

Oui.

ORGOM.

Chansons.

ELMIRE

IMais quoi ! si je trouvais manière.

De vous le faire voir avec pleine lumière.'...

Contes en l'air.

ELMIRE

Quel homme! Au moins, répondez-moi.

Je ne vous parle pas de nous ajouter foi ; Mais supposons ici que , d'un lieu qu'on peut prendre On vous fit clairement tout voir et tout entendre : • Que diriez-vous alors de votre homme de bien.'

ORGON

En ce cas , je dirais que... Je ne dirais rien , Car cela ne se peut.

ELMIRE

L'erreur trop longtemps dure.

Et c'est trop condamner ma bouche d'imposture. Il faut que , par plaisir, et sans aller plus loin , De tout ce qu'on vous dit je vous fasse témoin.

OBGON. [se,

Soit. Je vous prends au mot. ^'ous verrons votre adres- Et comment vous pourrez remplir cette promesse.

ELMIKE, a Durine.

Faites-le-moi venir.

nOBiXE , à Elmire.

Son esprit est rusé, Et peut-être à surprendre il sera malaisé.

ELMIRE , à Dorine.

Non ; on est aisément dupé par ce qu"on aime , F.t l'araour-propre engage à se tromper soi-même.

(o Cléante età Mariane. ) Faites-le-moi descendre. Et vous , retirez-vous.

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